Engie: entre bons résultats et besoin d'un allié de poids

Aidée par des conditions climatiques hivernales rigoureuses qui ont engendré une plus forte consommation d’énergie, Engie a publié le 15 mai des résultats encourageants sur le premier trimestre 2018.

Décollage des renouvelables?

Le groupe présente un Ebitda (bénéfice avant impôt, charges financières, dépréciation et amortissement) en croissance organique de 6,0%, tiré notamment par les renouvelables et les ventes de gaz et d'électricité en France.

A la fin mars 2018, le résultat opérationnel courant se situe à 2,2 milliards d'euros (+5,7% en organique), l’Ebitda à 3,2 milliards et le chiffre d'affaires à 17,5 milliards (+3,0% en organique). Sur l’année, Engie confirme ses objectifs et prévoit toujours un résultat net récurrent part du groupe compris entre 2,45 et 2,65 milliards d'euros avec un Ebitda entre 9,3 et 9,7 milliards.

L’assemblée générale du 18 mai a par ailleurs entériné l’arrivée de Jean-Pierre Clamadieu à la présidence en remplacement de Gérard Mestrallet atteint par la limite d’âge.

Duo Kocher Clamadieu

Ce passage de flambeau était particulièrement scruté dans la mesure où Isabelle Kocher avait tenté en début d’année, sans succès, de récupérer la double fonction présidence et direction générale. Tous les yeux étaient donc rivés sur l’exercice de communication auquel le nouveau président et la directrice générale allaient se livrer. Ce à quoi Isabelle Kocher et Jean-Pierre Clamadieu ont répondu en présentant une image d’entente cordiale, évoquant un « duo » en réponse à ceux qui imaginaient un « duel ».

On peut toutefois noter qu’Isabelle Kocher a tout fait pour ne laisser aucune place à une éventuelle dissonance de la part de son nouveau président. En présentant ses bons résultats le 15 mai, soit trois jours avant l’assemblée générale, elle ne lui laissait guère le choix que d’approuver sa stratégie.

Or, la stratégie sera bien au cœur des discussions entre le président et la directrice générale dans les mois et les années à venir. Si pour l’instant, les deux dirigeants affichent leur entente, la question du rôle et de l’implication du président dans la définition de la stratégie du groupe fera nécessairement, à moyen terme, l'objet d'une forme plus ou moins apaisée de lutte de pouvoir.

Alliance future

D’autant qu’Engie, malgré ses bons résultats au premier trimestre, a laissé passer de belles opportunités d’alliances ces dernières années, avec l’allemand Innogy d’abord qui est resté dans le giron de RWE, avec le portugais EDP ensuite qui fait actuellement l’objet d’une OPA de la part du groupe chinois China Three Gorges et avec Direct Energie enfin, racheté par le groupe Total au mois d’avril. Cette opération permet d’ailleurs au groupe pétrolier de se positionner clairement en tant que principal concurrent d’EDF aux dépens d’Engie.

Ces grands mouvements dans le secteur de l’énergie font dire à certains spécialistes que dans la perspective d’une OPA, Engie pourrait tout aussi bien passer d’une position de prédateur à une position de proie.

La nécessité d’une grosse opération, d’une alliance d’envergure, pour le groupe français va donc se poser avec peut-être plus d’urgence que prévu, comme le confirmait d’ailleurs le président sortant Gérard Mestrallet lors de son dernier discours devant les actionnaires : "Aujourd’hui, Engie incarne ce leader de la transition énergétique que nous avons voulu devenir, mais notre secteur devient de plus en plus concurrentiel, et il faudra vraisemblablement nous engager dans de grands mouvements, et tenter une grande alliance dans les temps à venir".


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