Le management en question : la fin des mythes et des tabous

86 %
En 2017, 86 % des managers considéraient qu?ils étaient engagés dans
leur entreprise.

Il est temps de prendre conscience que l'entreprise n'a que trop souffert de l'illusion des apparences, de la mode, des gadgets et de la présence de quelques parasites internes ou externes, gourous reconnus ou mécanos charmeurs, vendeurs de vent ou d'outils enchanteurs.

La duperie a presque toujours bien fonctionné. Complices ou victimes, beaucoup trop d'entreprises et non des moindres se sont laissées abuser, certaines avant de sombrer dans la résignation ou le fatalisme, d'autres en se lançant dans la tentation technocratique.

La fuite en avant face aux réalités, les discours lénifiants, les propos manipulateurs et la langue de bois perfide qui tient lieu de relation de pouvoir n'ont aussi que trop duré. Plus de franchise, plus de réalisme et plus de courage pour imaginer et pour construire ensemble sont indispensables avec tous les acteurs qui se sentent concernés. Cette critique dérangeante peut surprendre. Pourtant, c'est bien dans cette direction qu'il est souhaitable d'aller car le retour rapide à l'activité dans une relative paix sociale et économique est à ce prix.

Soyons enclin à penser qu'aujourd'hui dans la plupart des entreprises, contrairement aux idées reçues, la marge de progrès, en termes d'efficience et de réserves d'activités productrices, donc profitables, est considérable, ou pour le moins suffisante, pour sortir de l'impasse actuelle. Les freins culturels et sociaux, les luttes de pouvoir et d'intérêt, comme le mimétisme réducteur des analystes de la crise, contribuent à obscurcir le tableau, qualifiant la cause de ce lourd handicap de manque de visibilité conjoncturelle. Ce manque ne peut pas à lui seul justifier cette incapacité à avoir une juste vision globale de l'entreprise, indispensable pour décider et agir à bon escient, là où il faut, quand il le faut et comme il le faut. On ne doit pas se tromper de diagnostic, c'est en fait de cécité chronique qu'il s'agit ! Réelle, provoquée ou entretenue, elle est devenue paralysante au point d'aliéner l'imagination.

La complexité dans l’entreprise est directement liée à son statut, à la nature de ses activités, à sa taille, à sa culture, mais aussi à ses réussites et à ses échecs et bien entendu aux mentalités et aux comportements de ses acteurs. Soumise au principe des poupées gigognes, l’entreprises se doit de réduire l'écrantage volontaire ou subi qui la paralyse autant qu'il la protège. Cette notion s'applique à tous ses niveaux structurants dans l’organisation. C’est d’autant plus essentiel que l'évolution de l’entreprise est également liée à des variables externes, difficilement identifiables ou non directement maîtrisables, de plus en plus critiques...

Tout le problème du chef d'entreprise, des dirigeants et des responsables c'est d'être en mesure en permanence de démêler suffisamment cet écheveau qui a une tendance naturelle à se reconstituer. En supposant qu'ils prennent conscience de cette nécessité et qu'ils aient la volonté de le faire, ces responsables ne peuvent y parvenir avec succès que s'ils possèdent à chaque instant une vision globale du système. C’est la fin des mythes et des tabous... Il appartient à chacun des responsables managers d’en être conscient pour aller vers une autre façon d'entreprendre…


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Jacques Martineau

Après un long parcours scientifique, en France et outre-Atlantique, Jacques Martineau occupe de multiples responsabilités opérationnelles au CEA/DAM. Il devient DRH dans un grand groupe informatique pendant 3 ans, avant de prendre ensuite la tête d'un organisme important de rapprochement recherche-entreprise en liaison avec le CNRS, le CEA et des grands groupes du secteur privé. Fondateur du Club Espace 21, il s'est intéressé aux problèmes de l'emploi avec différents entrepreneurs, industriels, syndicalistes et hommes politiques au plus haut niveau sur la libération de l'accès à l'activité pour tous. Il reçoit les insignes de chevalier de l'Ordre National du Mérite et pour l'ensemble de sa carrière, le ministère de la recherche le fera chevalier de la Légion d'Honneur.