Entreprises vivantes. Ensemble, elles peuvent changer le monde (Extrait n°2)



Cet extrait est tiré de l'article de Raphaël Souchier, intitulé « Réseaux locaux d'entrepreneurs et création de valeur globale en Amérique du Nord » (Chapitre IV). Il est un bon exemple de la manière dont l'entreprise peut créer de la valeur durable pour elle-même et pour les parties prenantes qui l'entourent et ainsi jouer un rôle d'amélioration de la qualité de vie dans sa communauté locale. 

Ensemble, créer de la valeur durable 

L’activité des entreprises est la source de nombreux problèmes contemporains, mais elles peuvent également, par leur action, jouer un rôle plus positif. Il en est ainsi des dizaines de milliers d’entrepreneurs locaux qui, à travers l’Amérique du nord, animent des réseaux locaux tels que Sustainable Connections. Tous travaillent à la création de valeur non exclusivement financière dans l’entreprise, leur communauté locale, voire au-delà.

Leurs stratégies de développement dépassent l’habituelle focalisation sur le court terme pour embrasser le long terme, au service de l’entreprise mais aussi de ce qui l’entoure.Ils créent de la valeur, sous ses diverses formes, au bénéfice de l’ensemble de leurs parties prenantes (personnel, clients, fournisseurs, communauté locale, nature…). Certains vont jusqu’à subordonner formellement le retour financier à la raison d’être fondamentale de l’entreprise.

Les entreprises pollinisatrices 

Ces entreprises se mettent au service de leurs clients, prennent soin de leur personnel et investissent dans le respect de la nature. Ainsi, Aiki Homes prospère sur la base d’une offre co-produite avec ses clients pour répondre à leurs besoins à long terme. Après trois décennies d’activité féconde, Cloud Mountain Farm pousse la logique de sa mission jusqu’à son terme en s’extrayant du marché pour se focaliser sur la formation des futurs acteurs d’un modèle renouvelé d’économie locale, un Système local de nourriture devenu soutenable. Si Bellingham, bourgade cachée aux confins du nord-ouest américain est devenue une icône de la « ville durable », elle le doit, pour une bonne part, à l’initiative de ses PME et TPE qui sont parvenues à définir de façon participative une vision commune de l’avenir du territoire, multipliant les opportunités et impacts positifs pour tous.

Sustainable Connections est un bon exemple de ce que Michael H. Shuman appelle « les entreprises pollinisatrices » . Tous ses programmes sont, en effet, dédiés à la co-création de valeur globale par la mobilisation de l’intelligence collective des entrepreneurs et de leur environnement. Il en va de même, à une autre échelle, pour le mouvement BALLE. En facilitant l’émergence de multiples synergies entre des dizaines de milliers d’acteurs locaux à travers le continent, il participe à la création d’une nouvelle réalité économique et sociétale.

Qu'en est-il en France ? 

Qu’en est-il en France ? Jusqu’à récemment, l’idée même de mettre l’accent sur l’économie locale y avait plutôt mauvaise presse. La demeure que la création de valeur ne peut qu’être le fruit de succès à l’export. Pourtant des signes d’une vision plus équilibrée se font jour ; le « made in France » est mieux en cour ; avec « Produit en Bretagne » , 360 entreprises veulent conjuguer dynamique régionale et développement durable ; « Nos emplettes sont nos emplois », l’ancien slogan des Chambres de commerce, apparaît moins démodé. On commence à se demander : « Combien de familles vivent de mon achat ? Quel est mon impact sur le nombre d’emplois en France ? » . Une charte des Circuits courts économiques et solidaires  vient de voir le jour. Circuits courts qu’un nombre croissant de consommateurs, plus conscients de l’impact de leurs choix, plébiscitent désormais, en partenariat avec des agriculteurs auxquels ils offrent un contact plus direct avec les clients et assurent un meilleur revenu.

Pourtant, parmi les centaines de réseaux d’entreprises que compte notre pays, une démarche de ce type reste encore rare. En Languedoc, l’association Made in Pic Saint-Loup  réunit des professionnels de tous métiers au service de la prospérité et du bien-vivre dans leur terroir viticole. On peut penser qu’un nombre croissant d’entrepreneurs en viendront, eux aussi, à se considérer comme des acteurs légitimes, solidaires et co-responsables de la prospérité de leur territoire ; il leur faudra en outre s’appuyer, comme c’est depuis longtemps le cas outre-Atlantique, sur des études montrant chiffres à l’appui les importants bénéfices financiers, sociaux et environnementaux que peut apporter une localisation accrue de nos économies.

Ceci est un extrait du livre « Entreprise vivante. Ensemble, elles peuvent changer le monde» écrit par Christine Koehler et Manfred Mack, paru aux Éditions l'Harmattan.Prix : 23,50 euros.

Reproduit ici grâce à l'aimable autorisation des auteurs et des Éditions L'Harmattan.


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Christine Koehler et Manfred Mack

Christine Koehler est consultante en développement organisationnel, spécialiste des approches collaboratives uti-lisant l’intelligence collective et l’émergence pour transformer l’entreprise.

Manfred Mack est consultant en stratégie et en organisation avec plus de trente-cinq ans d’expérience, dont dix chez McKinsey & Co. Inc. Intervient comme conférencier et animateur de séminaires et d’ateliers sur la création de valeur globale, sujet auquel il a consacré un ouvrage : Pleine Valeur (Insep Éditions, 2003). Co-fondateur du groupe de réflexion Entreprise & Avenir.

Co-auteurs : Jacques Chaize, Claude Fromageot, Isaac Getz, Guillaume Ginebre, Aymeric Jung, Hubert Landier, Laurent Marbacher, Maud Richet, Raphael Souchier, Damien Thouvenin