Éoliennes en mer : François de Rugy veut-il dépenser 25 milliards d'euros pour RIEN ?

44,97 €
Le tarif de rachat a été fixé à une moyenne de 44,97 euros le
mégawatheure en 2017

OPINION

Le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, vient d’annoncer officiellement à Saint-Nazaire l’attribution de la centrale des 45 éoliennes en mer de Dunkerque à EDF Énergies nouvelles. Alors que des rumeurs concordantes soulignaient toutes que le prix de rachat de l’électricité de cette centrale allait être particulièrement bas, le journal Les Échos nous a annoncé le 18 juin que le tarif de rachat de l’électricité validé par l’état après l’appel d’offres se situait sous le montant des 45 euros le mégawattheure.

Enfin un tarif raisonnable de l’électricité d’origine éolienne

Le tarif de rachat ainsi fixé s’établit donc tout simplement dans le sillage du prix de marché SPOT dévoilé par RTE à une moyenne de 44,97 euros le mégawatheure en 2017. Autant dire que le système d’appel d’offres qui a été mis en œuvre pour cette centrale a été d’une redoutable efficacité et permet enfin la fixation d’un tarif raisonnable de l’électricité d’origine éolienne.

Les collaborateurs de la Commission de régulation de l’énergie, sous la présidence de Jean-François Carenco, ont montré par ce résultat la nécessité absolue de faire jouer une concurrence entre les acteurs de l’éolien en mer, ce qui n’avait pas du tout été le cas lors des appels d’offres de 2011 et 2013 pour les 6 centrales éoliennes situées au bord du littoral français entre le Tréport et Noirmoutier et dont le tarif avait été fixé aux alentours de 200 euros le mégawatheure (hors raccordement).

Ironie du sort, selon nos informations, Jean-François Carenco aurait lui-même participé à la fixation de ce prix élevé de rachat de l’éolien en mer lorsqu’il était directeur de cabinet d’un ministre de l’écologie. Il semble aujourd’hui vouloir rattraper légitimement les erreurs du passé, ce qui est – il faut le reconnaître – exemplaire pour un haut fonctionnaire de l’État.

Il n’en demeure pas moins que l’annonce du tarif attribué à EDF pour la centrale éolienne de Dunkerque conduit mécaniquement à considérer que le tarif d’achat des 6 centrales éoliennes en mer des premiers appels d’offres reste scandaleusement considérable et inapproprié.

Alors que nous avions dénoncé dans ces lignes le tarif fixé à l’époque à 200 euros le mégawatheure (hors raccordement) soit 4 fois le prix habituel SPOT, le gouvernement a décidé il y a un an de renégocier ce tarif de rachat, conscient du risque politique majeur de maintenir un prix de rachat hors marché et financé par les consommateurs et le contribuable sur les factures d’électricité et d’essence.

À l’époque la feuille de route des fonctionnaires était d’obtenir une renégociation autour de 80 à 100 euros le mégawatheure, ce qui n’a pas empêché le président de la république d’outrepasser le travail des équipes du ministère des finances en fixant de son propre chef le tarif à 150 euros le mégawatheure (hors raccordement) après que les promoteurs éoliens eurent été pleurnicher dans la presse sur l’énorme risque pour la filière de l’éolien en mer. (NDLR : en acceptant depuis un tarif à moins de 45 euros, les acteurs de l’éolien en mer se sont totalement discrédités.)

Le maintien d’un prix fixé à 150 euros le mégawatheure pour les 6 centrales éoliennes en mer des deux premiers rounds constitue – depuis cette pseudo-renégociation – un énorme scandale de détournement des fonds publics dans la mesure où plus rien ne justifie de maintenir un tel prix subventionné.

La renégociation du tarif en 2018 très mal finalisée

Le député Julien Aubert a rendu récemment un rapport à la commission des finances de l’assemblée nationale sur le sujet et évoque un véritable gouffre financier. Les conclusions de ce rapport ainsi que celles de la commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables qu’il préside depuis mars devraient à cet égard être particulièrement riches d’enseignements sur les détournements de fonds considérables que subissent les Français au profit des industriels du vent.

En tout état de cause le tarif qui vient d’être fixé par François de Rugy concernant la centrale éolienne de Dunkerque à 45 euros le mégawatheure montre que les 6 centrales éoliennes initiales – considérées aujourd’hui unanimement par les professionnels de l’éolien eux-mêmes comme obsolètes – bénéficient d’un tarif 3 fois supérieur à la normale.

Ces projets disposent donc sans fondement d’une subvention de 105 euros le mégawatheure (150 euros moins 45 euros le mégawatheure). Si on prend en compte la production prévisionnelle annoncée par les promoteurs éoliens à savoir 12 millions de mégawatheures par an conformément au chiffre de 2 millions de mégawatheures produits par centrale éolienne en mer et par an, le montant total des subventions accordées aux promoteurs éoliens en mer est fixé à 25 milliards d’euros.

Cette subvention dépensée par François de Rugy correspond à une dépense pour rien. En effet la France ne dispose plus d’acteurs industriels qui auraient pu bénéficier de cette manne pour créer une filière industrielle. En outre, la fixation du prix de rachat de l’électricité des éoliennes en mer à 45 euros le mégawatheure montre clairement que la renégociation du tarif en 2018 a été très mal finalisée.

Cette dépense a également pour conséquence de geler le budget du ministère de l’écologie qui perd ainsi une énorme marge de manœuvre pour développer une véritable filière d’ENR ou stratégie d’économie d’énergie.

Il est temps pour l’actuel ministre de la Transition écologique de faire table rase de ces 6 projets dont tous les acteurs s’accordent aujourd’hui à dire qu’ils sont mal ficelés, très coûteux et très impactant en termes d’acceptabilité sociale. Le cas de Dunkerque le montre particulièrement : lorsque les projets sont ficelés avec professionnalisme, l’acceptabilité existe. L’appel d’offres pour les éoliennes flottantes envisagées au sud de la Bretagne à 30 km des côtes qui vient d’être annoncé montrera que le tarif de ces dernières sera fixé proche du tarif Spot. Rien n’empêche aujourd’hui techniquement d’envisager les éoliennes flottantes en mer à 40 km des côtes

Pour les 6 centrales éoliennes en mer des premiers appels d’offres il est urgent pour le ministre François de Rugy de ne rien faire pour en accélérer l’installation au risque qu’il passe pour un ministre ringard promoteur de solutions obsolètes et très coûteuses.

À l’heure de la crise des gilets jaunes maintenir un tel niveau de prix de rachat pourrait devenir très risqué politiquement.


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Louis Marin

Louis Marin est Président d'une des 1500 associations anti-éolien françaises.
Après avoir étudié en détail les dossiers d'implantation d'éoliennes il a découvert à quel point cette industrie utilisait de manière systématique la corruption et des mécanismes financiers plus que douteux.