Épidémie de Covid-19 : de la mobilisation des collaborateurs aux innovations technologiques, la grande distribution s'organise

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Le groupe Casino dispose de plus de 300 magasins autonomes.

L’aggravation de la pandémie de Covid-19 a conduit le gouvernement à mettre en place des mesures restrictives sur les déplacements des Français et sur l’ouverture des commerces. Depuis quelques jours, l’évolution de la situation a instinctivement conduit de nombreux Français à se ruer vers les commerces alimentaires. Devant la multiplication des mesures de sécurité sanitaires, logistiques et techniques, la grande distribution s’est très vite organisée pour répondre à ces enjeux exceptionnels.

L’image des représentants de la grande distribution française réunis autour de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, et d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État, auprès du ministre de l’Économie, le dimanche 15 mars, se voulait éminemment symbolique. Symbolique du fait de la présence, côte à côte de Michel-Édouard Leclerc (Président du comité stratégique des centres E.Leclerc), d’Alexandre Bompard (PDG du Groupe Carrefour), de Jean-Charles Naouri (PDG du Groupe Casino), de Dominique Schelcher (PDG de Système U) et de Thierry Cotillard (Président d’Intermarché). Symbolique également, comme le faisait observer Olivier Dauvers, spécialiste du retail, d’un resserrement et d’une union sacrée entre le monde politique et celui de la grande distribution.

Lisser les achats, pour répondre aux défis humains, sanitaires et logistiques

Cette réunion au sommet destinée à affirmer l’union sacrée des distributeurs afin de rassurer les Français sur l’approvisionnement alimentaire du pays, a aussi donné l’occasion aux grandes enseignes de publier  un guide des bonnes pratiques sanitaires pour les salariés au contact quotidien des clients. Car le premier enjeu pour la grande distribution est d’assurer un service public d’alimentation dans un contexte de crise sanitaire sans précédent. Les distributeurs doivent s’adapter à des tensions sur la chaîne logistique, inhabituelles et sérieuses, qui impliquent une réactivité importante de la part des fournisseurs. Face aux longues files d’attentes, observées ces derniers jours, à l’entrée des commerces d’alimentation, les acteurs de la grande distribution ont invité les Français d’éviter les comportements de consommation excessifs. Il s’agit de limiter la sollicitation des chaînes d’approvisionnement, à l’image de celle du système de santé pour continuer de fonctionner de manière optimale.

Le lissage de la consommation répond à plusieurs objectifs. Il s’agit avant tout, de réduire la pression sur l’ensemble des employés en magasins, d’éviter toutes formes de heurts, ainsi que de permettre un réassort optimal et un approvisionnement permanent des magasins. En parallèle, et cette crise nous le rappelle avec d’autant plus d’acuité, il s’agit également d’éviter toutes formes de gaspillage alimentaire. Les déclarations rassurantes des acteurs de la grande distribution, de Michel-Edouard Leclerc, pour qui nous avons “de la bouffe jusqu’à l’été”, à Jacques Creyssel, Délégué général de la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD), qui rappelle, à chaque interview, que “l’industrie agroalimentaire est en production pratiquement jour et nuit” pour faire face à cette situation, ne saurait bien évidemment constituer une invitation au gaspillage et au surstockage irrationnel.

La Ministre du Travail prend un arrêté qui autorise le travail le dimanche

Dans ce contexte qui nécessite la mobilisation de l’ensemble de la chaîne de production et d'acheminement, et afin d’éviter les situations de blocage et d’engorgement, le gouvernement, par la voix de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a décidé d’autoriser le travail dominical dans les entrepôts. Une réponse à la demande des entreprises de la logistique soumises à des contraintes d’approvisionnements dans ce contexte de forte demande. L’objectif est d’étendre les horaires de travail afin d’optimiser et de lisser les livraisons de marchandises. Pour cela, et afin de répondre aux besoins du secteur, le gouvernement réfléchit également à la possibilité d’aller vers une extension des horaires, afin de permettre aux clients de faire leurs courses la nuit. Une mesure qui permettrait aussi aux consommateurs d’étaler davantage leurs achats dans le temps. 

Mettre à profit la R&D et les innovations de ces dernières années

Plateformes digitales, drive, slow lane, caisses automatiques, puces RFID ou encore intelligence artificielle, plusieurs des innovations portées par les acteurs de la grande distribution au cours de ces dernières années permettent n partie de répondre, dans l’urgence, à cette crise sanitaire. A plus long terme, il est prévisible qu’une évolution inéluctable des modes de consommation et d’interactions découleront de cette séquence de plusieurs semaines marquée du sceau de la distanciation sociale et du confinement.

Par exemple, on peut lire dans les médias et sur les réseaux sociaux, de nombreux témoignages rapportent une utilisation accrue des caisses automatiques de la part des clients. Pour beaucoup de clients, ces dispositifs permettent de minimiser les risques, tant pour eux-mêmes que pour les employés de magasins, mais aussi de fluidifier le trafic en magasin. Pour ceux-ci, les caisses automatiques s’inscrivent dans la continuité des gestes barrières, et dans un continuum de réduction des risques, au même titre que le drive ou la livraison à domicile. Un constat partagé par les acteurs syndicaux interbranches puisque FGTA-Force Ouvrière dans un communiqué en date du lundi 16 mars, a notamment appelé les entreprises de la grande distribution à “prioriser l’utilisation des caisses automatiques avec renfort du personnel afin de limiter l’exposition des assistant(e)s de caisses”. Ces dispositifs, présents pour l’essentiel dans les magasins de proximité (Franprix et Monoprix) et les grandes surfaces u Groupe Casino, pionnier en la matière en France, avec une accélération des ouvertures ces derniers mois, constituent à n’en pas douter l’une des réponses aux multiples défis posés par la situation sanitaire dans notre pays. Le Groupe Casino, même si Auchan et Carrefour, dans une moindre mesure, proposent également ce type de service, est d’autant mieux armé pour répondre à ce défi qu’il dispose de plus de 300 magasins autonomes, et que la plupart des enseignes du groupe sont dotées de dispositifs d’encaissement automatiques.

Quoi qu’il en soit, et comme l’indiquent les premières remontées des clients sur les réseaux sociaux, cette approche self service a vocation à se généraliser, si ce n’est s’amplifier, dans le contexte actuel. D’autant que les magasins équipés de ces dispositifs peuvent aisément proposer une extension des horaires d’ouverture, dont les ouvertures en soirée et/ou dominicale. C’est ce que propose notamment l’enseigne Casino avec certains magasins ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. 

En parallèle, et bien que le dispositif ne soit pas encore disponible au grand public en France, on peut également envisager que cette crise sanitaire contribue à faire appréhender sous un nouvel angle des services comme “Auchan Minute”, que le groupe nordiste a d’abord testé à grande échelle en Chine, avec 350 box déployés, avant de le proposer à ses collaborateurs dans les Hauts-de-France. Le recours à la technologie RFID, permettant de badger ses achats avec une carte, et de les régler directement en caisses automatiques constitue également un moyen intéressant de désaturer un magasin et, comme dans le cas présent, de réduire au maximum certains contacts. Dans un autre registre, la crise en cours a également conduit des acteurs comme Intermarché ou Système U à proposer des créneaux horaires réservés pour les séniors. Pour Système U, ou encore Leclerc, qui ont préempté de longue date la question des slow lanes, il s’agit de proposer des dispositifs spécifiques pour les personnes âgées, les plus exposées au CoVid-19, afin de garantir au maximum la réduction des risques, qu’ils soient sanitaires ou sécuritaires. Monoprix et Franprix choisissent quant à eux de mettre en place un numéro vert afin de livrer gratuitement des paniers de produits de première nécessité aux personnes isolées.

Indéniablement, le confinement tel qu’il se pratique aujourd’hui en France, et dans la plupart des autres pays, en Europe et dans le monde, va durablement modifier les habitudes des Français qui prévalaient jusque-là, que l’on pense aux traditionnelles courses le soir après le travail, le vendredi ou encore le week-end, et laissera des traces durables. Dans les prochains jours, semaines et mois, nous devrions observer une évolution et une fragmentation des achats qui ne répondront plus à aucune logique habituelle. Une mutation qui nécessitera, en conséquence, des ajustements pour l’ensemble du secteur du retail.


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