Tout est question d'équilibre ! Mais comment le trouver ?

12000 MILLIARDS $
Le FMI prévoit que la crise économique supprimera 12.000 milliards de
dollars de richesse mondiale en 2020.

Les bonnes nouvelles sont ce matin à trouver du côté des progrès en matière de vaccin et de la politique américaine. Même si des points d’ombre sur le « coup d’après » demeurent. Les mauvaises nouvelles concernent l’activité économique aujourd’hui et à court terme. En sachant que le terrain est meuble et les positions des uns et des autres, réversibles.

Comment sur le marché se « garder » à la fois des bonnes et des mauvaises nouvelles (trouver le bon équilibre !), pour paraphraser les encouragements prodigués par Philippe le Hardi à son père Jean le Bon au cours de la bataille de Poitiers en 1356 ?  Ce n’est pas facile et explique peut-être un régime de volatilité qui se maintient à un niveau intermédiaire.

Commençons par les bonnes nouvelles. Il y a d’abord, la liste des vaccins mis au point contre la COVID-19 qui s’allonge. C’était hier au tour d’AstraZeneca et Oxford d’annoncer les résultats de leur essai de phase 3 et de dévoiler une efficacité moyenne de 70% pour leur vaccin. Le niveau apparait inférieur à celui affiché à la fois par Pfizer et BioNTech et par Moderna. Mais il semble que selon le dosage proposé, il puisse aussi atteindre les 90%. De plus, il est d’une conception plus traditionnelle, ce qui présente des avantages en termes de capacité de production et de facilité de stockage.

Même si on est sans doute en marge des préoccupations du marché, remarquons que l’arrivée annoncée de ces vaccins n’est pas sans ouvrir un débat sur l’équité. On discutait l’autre jour des pays riches qui semblait bien préempter une grande partie de la production prévue, réduisant à la portion congrue  les pays plus pauvres. Un autre débat apparaît. Les gouvernements ont largement financés les recherches nécessaires à la mise au point des vaccins (Moderna aurait ainsi reçu près d’un milliard de dollars de la part de la Maison Blanche). A quel prix les producteurs doivent-ils dans ces conditions proposer les lots qui seront injectés à un nombre de plus en plus grand de personnes ?

Toujours dans les bonnes nouvelles, mais cette fois-ci du côté de la politique, plusieurs choses sont à noter. Il y a premièrement l’annonce faire hier au soir par le Président Trump. Il a demandé à son administration de collaborer avec l’équipe de transition de Joe Biden. Sans pour autant reconnaître sa défaite ; affaire de coquetterie probablement, tant il est certain qu’il a perdu l’élection présidentielle. Mais l’essentiel n’est probablement pas là. Cette obstination mettait en péril la capacité pourtant réelle du Parti républicain d’emporter au moins un des deux sièges de sénateur en compétition début janvier en Géorgie. Cette victoire est, on le sait, nécessaire afin de garder la majorité à la Chambre haute et d’ainsi empêcher que les Démocrates disposent de l’ensemble du pouvoir exécutif et législatif à Washington.

Il y a deuxièmement les personnalités choisies par le Président élu pour occuper des positions importantes au sein de son Administration. Que ce soit aux Affaires Etrangères (l’annonce a été faite) ou au Trésor et à la Défense (les personnalités sont pressenties), les profils sont très centristes. Ainsi Janet Yellen, ancienne Chef économiste de Bill Clinton et Présidente de la Fed du temps de Barack Obama, deviendrait ministre des finances. Ce qui pourrait suggérer (le marché appréciera-t-il ?) que Lael Brainard, Démocrate affichée et ancienne de l’Administration Obama, pourrait être nominée à la tête de la Fed au début de 2022, quand le mandat de Président de Jerome Powell atteindra son terme. Rappelons que jusqu’à une date récente Lael Brainard « tenait la corde » pour prendre la tête du Trésor.

Rappelons ici une de nos intuitions, qui marquerait une rupture d’un Président à l’autre. Pour Trump, la bourse est un baromètre fiable de l’économie réelle ; pour Biden, elle envoie une image déformée et c’est cette dernière qui au final compte.  La politique économique ne se fera pas à la « corbeille » (comprendre à Wall Street), pour paraphraser le général de Gaulle en 1966 !

Passons aux nouvelles plus préoccupantes. Elles concernent sans surprise le rythme de l’activité économique aujourd’hui et au cours des prochains mois. Il est, on le sait, très largement dépendant de la force de l’épidémie et des mesures prises de restriction de la mobilité. D’où une impression de dispersion dans les résultats des enquêtes de conjoncture. Mais en sachant que  la hiérarchie du jour ne sera pas forcément celle de demain. En novembre, l’image est plus flatteuse aux Etats-Unis qu’en Europe et en Allemagne qu’en France. Rien ne dit que cela ne s’inversera pas en décembre ou en début d’année prochaine.

Remarquons au passage que suivre la mobilité des populations autour de leur lieu de résidence permet d’appréhender le profil de l’activité économique. Plus la première augmente, plus le second s’infléchit vers le bas. L’idée vient de l’INSEE.


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Hervé Goulletquer

Hervé Goulletquer est stratégiste de la Direction de la gestion de La Banque Postale Asset Management depuis 2014. Ses champs d’expertises couvrent l’économie mondiale, les marchés de capitaux et l’arbitrage entre classe d’actifs. Il produit une recherche quotidienne et hebdomadaire, et communique sur ces thèmes auprès des investisseurs français et internationaux.

Après des débuts chez Framatome, il a effectué toute sa carrière dans le secteur financier. Il était en dernier poste responsable mondial de la recherche marchés du Crédit Agricole CIB, où il gérait et animait un réseau d’une trentaine d’économistes et de stratégistes situés à Londres, Paris, New York, Hong Kong et Tokyo.

Il est titulaire d’une maîtrise d’économétrie, d’un DEA de conjoncture et politique économique et diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris.