Destruction du patrimoine culturel : l'Arabie saoudite ne vaut guère mieux que l'Etat islamique

95 %
95 % des édifices de plus de 1 000 ans ont été détruits ces dernières
décennies.

Les destructions de Palmyre ont constitué un choc pour l'opinion mondiale, mais d'autres ravages se produisent au Moyen-Orient dans une large indifférence.

Il n'y a pas que l'Etat islamique qui détruit le patrimoine culturel au Moyen-Orient, c'est aussi le cas de l'Arabie saoudite dans une guerre dont on parle peu, celle que le royaume mène au Yemen. Défendant les tribus sunnites contre celles d'obédience chiites (soutenues par l'Iran), la coalition menée par Riyad provoque des dégâts considérables. Selon Le Journal des Arts ("Le patrimoine yéménite ravagé", 8-21 janvier), au-delà des destructions liées aux opérations militaires, "certains experts soupçonnent l'Arabie saoudite de cibler précisément le patrimoine yéménite." L'exemple emblématique étant la destruction du Musée national de Dhamar et de ses 12.000 pièces archéologiques, il a été pulvérisé en mai dernier alors qu'aucune force hostile ne s'y trouvait.

On parle peu de ces destructions en France, notamment par méconnaissance de ce patrimoine archéologique. Qui connaît par exemple la fascinante ville de Shibam avec ses hautes tours datant du XVIe siècle ? Mais ce qui explique surtout ce silence vient du fait que l'Arabie saoudite est un allié du monde occidental, alors évidemment il ne faut pas se fâcher avec lui, même si le comportement de ce pays, au niveau du patrimoine comme de celui des Droits humains, ne diffère pas énormément de l'Etat islamique.

D'ailleurs la doctrine religieuse qui fonde ce régime, le wahhabisme, constitue la version la plus fondamentaliste de l'islam, et il a conduit à d'importantes destructions en Arabie même, à une quasi éradication du passé, préislamique bien sûr, mais aussi islamique. La condamnation absolue de toute idolâtrie a justifié la destruction de la plupart des tombes de la famille et des compagnons du prophète ainsi que des mosquées les célébrant. Les constructions de l'époque ottomane ont également été rasées. On estime que 95% des bâtiments âgés de plus de 1000 ans ont été détruits durant les dernières décennies. Comment attendre de ce pays un quelconque respect du patrimoine lorsqu'il mène une guerre à l'étranger ? Mais ne le disons pas trop fort, c'est l'un des meilleurs clients de notre industrie de l'armement.


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Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.