Attentats : l'état d'urgence à géométrie variable

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L'état d'urgence a été prolongé de trois mois par un vote du
Parlement.

C’est l’état d’urgence, depuis vendredi dans la nuit,  le président de la république l’a instauré.  La loi d’avril 1955 qui réglait cet « état d’urgence » était vieille, peu adaptée aux nombreux systèmes de communication actuels, il était nécessaire d’en écrire une autre.

Le gouvernement dans la grande urgence a proposé à l’assemblée nationale hier ce nouveau projet de loi, voté à l’unanimité ou presque. Sur les motifs tout le monde ou presque est d ‘accord, sur les moyens à mettre en place beaucoup de divergence, sur la dimension cachée de l’instauration du droit d’urgence aucun commentaire.

Sur les motifs tout d’abord, l’ensemble de la classe politique reconnaissait qu’une loi vieille de plus de plus de 60 ans n’était plus adaptée. Le consensus était là les moyens modernes de communication que sont internet et autres réseaux sont à prendre en compte. Les moyens de déplacement ont changé, les possibilités de contrôle aussi, en 1955 pas de téléphone portables tablettes et autres objets « connectée » On a même entendu le premier ministre parler de l’article qui impactait la presse et la radio en 1955 vouloir supprimer cet article. La principale motivation  étant que les journaux et radios aujourd’hui ne sont plus sous le joug du pouvoir et qu’internet ne peut arrêter l’information même dérangeante.

Sur les moyens à mettre en œuvre les oppositions sont nombreuses, mais on ne sait pourquoi les députés malgré les amendements refusés, rejetés ou tronqués,  sont tous tombés d’accords. Peut être un effet de l’union nationale tant souhaitée et hypocritement acquise. On a bien vu un groupe socialiste demander par amendement que la presse et les radios restent sous contrôle, sans grand effet. On a vu la droite demander que les « assignés à résidence » soient munis d’un bracelet électronique. La schizophrénie de la gauche a crée l’exploit, l’amendement passe mais a moitié. Je m’explique les assignées à résidence auront le bracelet mais 12 heures sur 24, une imbécilité irresponsable. Le côté libertaire est sauvé, ils ne seront pas surveillées toute la journée, le côté sécuritaire y a perdu car les « surveillés » ne le seront que la moitié du temps. Le projet de loi ne dit pas si les porteurs de bracelets seront libres le jour ou la nuit.

Sur la dimension cachée de l’instauration de l’état d’urgence tout reste à dire. Je sais que nombre de Français trouvent cet état d’urgence indispensable pour leur sécurité, qu’ils rêvent d’encore plus de restriction de liberté pour « vivre normalement » mais comment peut on vivre normalement dans un pays où la surveillance sans limite existe, où le président de la république demande encore plus. Il veut en effet une révision de la constitution pour obtenir les pleins pouvoirs. Si notre pays était dirigé par des personnes dont le seul objectif était la France, ce serait peut être supportable, mais je garde un doute. Aujourd’hui, on constate que tout n’est que manœuvres politiciennes, tout n’est que communication, tout n’est que calcul. Non pas que je sois contre l’idée de défendre notre pays contre les risque d’attentats, au contraire je serais le premier à en demander plus, mais là nous sommes au sommet de ce qui peut se faire dans la catégorie exploitation des gogos.

Lorsque j’ai entendu que la France était en état d’urgence, que j’ai entendu François Hollande annoncer la fermeture des frontières « car nous étions en guerre » j’ai adhéré totalement. Puis immédiatement un rectificatif (venant sans doute de l’Europe et de l’Allemagne) arrive, ce n’est pas fermeture des frontières mais contrôle renforcé, c'est-à-dire rien de plus que ce qui avait été décidé deux jours avant. A l’usage on peut constater une semaine après que les contrôles sont plus qu’aléatoires et plus que laxistes. Réaction logique de nombre de Français, veut-on faire de l’esbroufe ou bien protéger, la réponse est facile à constater sur le terrain. Seconde constatation les rassemblements et manifestations sont interdits, je comprends  facilement que la sécurité soit impossible assurer dans ces groupes ce qui motive l’interdiction, mais que voit-on ? De nombreuses manifestations dans les villes avec  la raison légitime de se « recueillir » en souvenir de nos morts. Bravo a tous les Français qui sont dans ces regroupements mais attention il n’est plus du tout question de sécurité. Soit l’interdiction est indispensable soit elle est inutile.

Et quel n’est pas mon étonnement de constater aujourd’hui que certains préfets comme à Toulouse autorisent une manifestation contre les amalgames et pour la liberté (un comble), bien sur manifestation appelée par le PC la CGT et les partis d’extrême gauche.  Le risque serait-il absent à Toulouse, ou alors nos forces de sécurité sont elles en mesure d’assurer à la population que rien ne va se passer. Notons au passage que la nuit dernière, jeudi soirée du beaujolais,  trois jeunes militaires ont été la cible d’un tireur en scooter. Sans doute pas grave pour le journal local qui affirme dans sont article qu’ils avaient bu avant de rentrer à la caserne.


Ajoutons que l’arrêté préfectoral autorisant la manifestation rappelle que toutes les autres manifestations sont interdites, surtout celles  qui ne seraient pas d’accord avec celle de gauche. On peut comprendre que des contre manifestations puissent dégénérer, mais là nous sommes devant la porte du droit de manifester selon le bon vouloir du président et de ses préfets. Si demain un groupe veut légitimement manifester contre quelque chose d’inique (par exemple le passage en force d’une loi comme celle de la santé) selon qu’il sera bien ou mal pour la politique du parti au pouvoir ils sera interdit ou autorisé de le faire. Cette dérive est en place il ne reste plus qu’à la faire appliquer, la sécurité aura bon dos.

Nous sommes donc en face d’un état d’urgence à géométrie variable, selon que votre manifestation sera dans la bonne pensée socialiste ou non elle sera autorisée ou interdite. Bien sur aucune motivation de sécurité là dedans mais juste une volonté de faire taire des opposants sous un mauvais prétexte. A trois semaines des élections régionales c’est assez difficile avaler, mais cela ne pose pas de problèmes aux partis politiques sauf aux verts. Pourtant nous sommes manifestement ici devant  un problème grave de libertés publiques, soit tout est interdit pour les raisons légitimes que l’on connait soit les autorisations de manifester sont distribuées en fonction du sujet.


Beaucoup de Français s’imaginaient que le parti socialiste ne mettrait pas en place la suppression des libertés, souvent voulue par la droite, ils se trompaient, ils en est maintenant le porte-drapeaux. Dans ce grand n’importe quoi on voit aussi que les fêtes selon qu’elles soient ici ou ailleurs sont interdites ou autorisées, que les marchés de noël auront lieu ou pas. Un grand n’importe quoi dont les conséquences seront d’abord  économique puis politiques, personne n’en sortira sans blessure. Une seule question doit se poser et je n’entends pas grand monde la poser : EST-IL ENCORE QUESTION DE SECURITE PUBLIQUE ?


 Un jour sans doute, quelques commentateurs politiques analyseront ce que nous vivons, peut être parleront ils de dictature.
 


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.