Sécurité de l'Euro 2016 : la France est-elle prête ?

24 MILLIONS €
La sécurité des 10 fans zones s'élève à 24 millions d'euros

À l’heure où la crainte terroriste bat son plein, la France se prépare à accueillir son plus grand événement sportif depuis près de 20 ans : l’Euro 2016.

Les français sont inquiets en ce qui concerne la sécurité.

Pour la troisième fois de son histoire, la France est le pays organisateur de cette compétition sportive internationale. Mais cette année, l’Euro sera d’une ampleur jamais égalée, comme l’affirmait Jacques Lambert, ancien directeur de la Fédération française de football: « ça va être un Euro nouveau, plus important et plus grand. On est presque sur la taille d’une phase finale de Coupe du monde ». Ainsi, entre le 10 juin et le 10 juillet, ce sont plus de 7 millions de visiteurs qui vont se rendre aux 51 rencontres sportives organisées dans les 10 plus grands stades français.

Six mois après les attentats de Paris et deux mois après ceux de Bruxelles, sommes-nous réellement prêts à faire face aux exigences de sécurité nécessaires pour un événement d’une telle envergure ? La question semble plus que jamais d’actualité, alors que 1 français sur 2 se déclare inquiet à ce sujet (sondage BVA – Juin 2016), et compte tenu des récentes perturbations lors du match Paris-Marseille en finale de la Coupe de France, le 21 mai dernier, où l’intervention des CRS a été nécessaire afin de calmer les esprits. En effet, la mise à mal des dispositifs de prévention par certains supporters a permis d’émettre un sérieux doute sur la capacité de l’État à coordonner la sécurité de cet événement et assurer une protection optimale à tous.

Au-delà des lieux publics tels que les magasins, les gares et les aéroports, les craintes se portent légitimement sur les fans zone, lieux de retransmission des matchs mais aussi espaces d’animation, de restauration et de promotion d’initiatives sportives et culturelles pouvant accueillir entre 20 000 et 100 000 personnes, ainsi que sur les stades ou résidences des équipes, cibles privilégiés des terroristes potentiels.

L'investissement financier pour la sécurité est loin d'être suffisant 

Mais l’investissement financier consenti par les pouvoirs publics est-il à la hauteur des besoins sécuritaires ? Au total, la sécurité des 10 fans zones s’élève à 24 millions d’euros, une estimation loin d’être adaptée à la sensibilité des sites, et que de nouvelles études poussent à reconsidérer à plus de 30 millions d’euros. Cette sous-estimation des coûts fait craindre que les dispositifs de sécurité soient loin d’être suffisants. S’agissant des mécanismes de contrôle à proprement parler, de nombreux policiers, gendarmes et militaires seront déployés. Mais qu’en sera-t-il de la sécurité privée ? Incontournable pour accompagner l’événement, la sécurité privée est progressivement devenue, depuis la loi du 12 juillet 1983, un véritable partenaire pour la puissance publique. Elle lui permet d’assumer avec plus d’efficacité sa fonction régalienne de protection des personnes et ne doit donc, sous aucun prétexte, être négligée. Il est donc nécessaire de l’utiliser en coordination avec la sécurité nationale, comme c’est le cas depuis que nous vivons en menace terroriste constante.

Rappelons ici que la délégation interministérielle aux grands événements sportifs a fait le choix étonnant d’un plan national de mobilité sans y associer les opérateurs de sécurité privée, et aucune information n’est aujourd’hui disponible sur la présence des forces de sécurité lors de cette compétition ! Les seuls 10 000 hommes et femmes de la sécurité privée que comptent pour le moment mobiliser les organisateurs ne suffiront pas. Afin de minimiser les risques, il faudrait multiplier par 3 ou 4 le nombre de ces acteurs. Par ailleurs, la multiplication d’exercices pour faire face aux attentats ne compense pas l’absence totale de formation des agents de sécurité privée pour les perfectionner dans la détection des comportements suspects.

Il nous est donc aujourd’hui permis d’émettre un sérieux doute sur la capacité de l’État à coordonner la sécurité publique de cet Euro 2016. Il y a donc urgence à ce que les responsables politiques se mettent d’accord pour définir un nouveau cadre d’intervention de la sécurité privée, sous leur contrôle étroit afin de garantir le déroulement harmonieux d’une compétition attendue depuis 4 ans par les acteurs économiques du football, les joueurs et, bien sûr, les fans.


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