L'Europe : du berceau de la science à l'huissier 2.0

6 milliards ?
L'Europe a condamné Google à lui verser 6 milliards d'euros d'amende.

« Here we go again » diront nos amis américains. L’Union Européenne a enfin tranché : Google pourrait avoir à lui payer 6 milliards d’euros d’amende (10% de son chiffre d’affaires). Et ce parce que l’entreprise serait en abus de position dominante sur Android, son système d’exploitation pour équipements mobiles.

Android, la gratuité d'un système d'exploitation

Rappelons que l’utilisation d’Android est totalement gratuite pour les particuliers et les entreprises souhaitant l’utiliser dans des équipements de mobilité. Il faut par contre payer pour installer les services Google (Gmail, Maps, Google Play, etc.). Un système d’exploitation est une pièce logicielle aussi maîtresse que complexe à tout équipement informatique. Il est le chef d’orchestre faisant le lien entre le matériel et les logiciels « finaux » s’exécutant en son sein. Je me rappelle d’une phrase d’un de mes professeurs de systèmes d’exploitation (ou Operating System) durant mes études « Sans un système d’exploitation, il prendrait une bonne année à un informaticien chevronné pour faire apparaître le logo Windows sur l’écran, et à cette étape, l’ordinateur n’est pas du tout fonctionnel »

Voici donc une entreprise qui permet une gratuité sur un effort colossal d’ingénierie logiciel, mais qui demande une contribution pour utiliser des services « hors système d’exploitation » que l’on pourrait qualifier « d’avancés ». Quelle horreur !

L'incitation est une pratique commerciale légale

L’UE se demande si « obligé ou incité les fabricants de téléphones intelligents et de tablettes à préinstaller exclusivement les applications ou services de Google? » (1), si le géant de Mountain View a « empêché les fabricants qui souhaitent installer des applications et des services de Google sur certains de leurs appareils Android de développer et de commercialiser des versions modifiées et potentiellement concurrentes d’Android sur d’autres appareils? » (2), et si il a « lié ou groupé certains services et applications de Google distribués sur des appareils Android avec d’autres applications, services et/ou interfaces de programmation d’applications de Google? » (3).

L’incitation est une pratique commerciale normale, surtout lorsque le produit « d’appel » est gratuit. Et serions-nous vraiment dans le cadre sémantique strict de « l’obligation » ? Un fabricant d’appareils mobiles négocie (il s’agit quand même un industriel qui le fait à longueur de journée), et encore une fois, puisque la brique fondamentale est gratuite, si le preneur ne veut pas se faire imposer quelque chose, il peut aller ailleurs sur le marché, ou développer son propre système d’exploitation.

Peut-être, mais pour rejoindre le premier point, rien n’empêche alors d’aller voir ailleurs …

Oui absolument, parce que c’est à la fois rationnel pour le fabricant et permet une meilleure expérience utilisateur, qui en est le premier demandeur. L’UE va-t-elle aussi s’attaquer à la politique de « plateformes » des constructeurs automobiles, qui répondent à une logique strictement identique ?

L'aveu d'incapacité de l'Europe

Mais cette procédure Européenne a une signification bien plus profonde : puisque l’Europe est incapable de produire des géants technologiques, qui « abusent d’une position dominante » (qui n’est en fait qu’une réponse de marché, puisque les consommateurs ont pour une fois, réellement le choix), elle les « taxe » de manière détournée.

Puisque l’environnement européen n’arrive pas à favoriser la construction de ces grands groupes, le message en filigrane est frigorifiant pour les jeunes ingénieurs et chercheurs européens : étudiez aux frais de la vieille reine, mais surtout allez innovez chez la jeune princesse. Nous nous chargerons de récupérer, au moins en partie, les sommes dues. Continuons dans cette direction, et un jour, il ne s’agira plus de mettre en recouvrement des amendes, mais d’aller chercher des subventions d’aide au développement …


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