L'Europe va-t-elle sombrer dans la déflation ?

0,2 %
Les prix en Zone euro ont baissé de 0,2% en août 2020.

« Le spectre de la déflation menace l’Europe » c’est le titre de cet article du Figaro qui revient sur les derniers chiffres de l’inflation en Europe, des chiffres qui ne sont pas bons, des chiffres qui sont inquiétants et qui montrent plutôt une inflation négative que positive.

Et lorsque l’inflation est négative, cela porte le nom de déflation.

Ce n’est pas une bonne nouvelle la déflation, car comme en Grèce au pire de la crise des subprimes, cela signifie que votre PIB baisse chaque année.

Or, quand le PIB baisse et que les dettes augmentent, le ratio dettes/PIB lui, devient totalement déprimé et sombre dans le rouge écarlate.

Mais, nous n’en sommes pas là cette fois.

Inflation négative

« L’inflation est entrée en territoire négatif pour la première fois depuis 2016 dans la zone euro, ce qui traduit un recul des prix à la consommation. La première estimation de l’inflation pour le mois d’août, publiée mardi par Eurostat, fait état d’un taux de – 0,2 % (contre + 0,2% attendu). Un recul tiré en large partie par l’énergie et les produits industriels non énergétiques. Mais la tendance est profonde, comme le montre la chute inédite du niveau de l’inflation sous-jacente – hors effets volatils de l’énergie et de l’alimentation – qui tombe à son plus bas niveau historique, à 0,4 % sur un an, contre 1,2 % en juillet.

Ce recul des prix est en partie dû au décalage de la période des soldes d’été dans plusieurs pays, dont la France ou l’Italie, à la baisse de la TVA en Allemagne et à la chute des prix des forfaits touristiques, notamment en Espagne. La baisse est particulièrement prononcée en Belgique (- 1,5 %) et en Italie (- 1,3 %). En France, elle atteint – 0,1 %. En dehors de ces effets conjoncturels, cette désinflation signale l’échec des politiques publiques à encourager les consommateurs à dépenser ».

Bon les prix baissent, ce qui est logique puisque la demande s’effondre. Mais le comportement des prix est, ces derniers temps, très ambigu. On voit bien la hausse des prix incontestable et le choc inflationniste par exemple lorsque l’on va chez son coiffeur qui augmente la note, ou encore dans les prix de l’alimentaire, mais cela n’empêche pas les prix de façon générale de baisser.

Vous allez me dire, pas grave, il y a la BCE !

Pourtant le Figaro note que c’est « un casse-tête pour la Banque centrale européenne (BCE), qui a injecté plusieurs centaines de milliards d’euros dans l’économie pour éviter son effondrement depuis le début de la pandémie. Or ces injections massives de liquidités n’ont pas suffi à soutenir un redémarrage qui se manifesterait par une hausse, même modeste, des prix. Les projections de la BCE ne tablent sur un retour de l’inflation aux alentours de 0,9 % qu’à l’horizon 2022 – encore loin de son objectif de stabilisation proche de 2 %. Son conseil de politique monétaire doit se réunir la semaine prochaine. Si de nouvelles mesures accommodantes ne sont pas attendues dans l’immédiat, ce risque déflationniste devrait à moyen terme justifier la poursuite d’une politique d’assouplissement monétaire sur la durée. Dans le même temps, le taux de chômage ne fait que commencer à s’envoler, à 7,9 % pour la zone euro en juillet ».

Le Figaro pense donc que c’est un casse-tête pour la BCE.

Je n’en suis pas si sûr.

Lorsque le FMI de Christine Lagarde signe un papier de presque 100 pages consacré à « l’implémentation des taux profondément négatifs dans l’économie », et que notre Dame Christine est désormais devenue la présidente de la BCE la Banque centrale européenne, cela laisse entrevoir quelques possibilités d’action de la part de nos autorités monétaires européennes.

Si l’inflation devient négative, alors, il n’y aura pas d’autre choix que de rendre les taux d’intérêt encore plus négatifs, voir profondément négatifs.

Fondamentalement la BCE sait ce qu’il lui reste à faire.

Nous devons admettre que les lois économiques que nous prenions pour des vérités quasi-scientifiques et intangibles sont révolues.

Elles sont révolues parce que les autorités monétaires, économiques et politique ont décidé de s’en affranchir.

Nous en sommes rendus au niveau de l’économie menée par mes enfants autour d’un plateau de Monopoly.

Les marchés toujours à la hausse.

De leur coté les marchés, eux, poursuivent leur hausse.

Ils n’ont pas plus peur de la pandémie que du ralentissement de la croissance ou de ses effets que de la déflation.

Ce n’est pas bon pour une économie la déflation, pas du tout, sauf que nous ne sommes plus dans un monde normal.

Dans un monde normal la déflation fait très peur, et entraîne une déflagration économique.

Plus maintenant.

Plus maintenant parce que nous avons la monnaie gratuite et sans limite des banques centrales.

Nous ne parlons pas d’une seule banque centrale, nous parlons de toutes les banques centrales de la planète ou presque, ce qui représente un pouvoir économique considérable.

Toutes les banques centrales, toutes, mènent la même politique d’expansion monétaire.

Plus la situation est grave et plus il est prévisible que le soutien financier sera reconduit, amplifié, augmenté jusqu’à l’explosion de la bulle finale.

Les marchés restent donc sans réaction.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.