La conquête spatiale : est-elle un enjeu économique mondial ?

Actuellement, ce sont 2 630 satellites qui sont en orbite, au dessus
de nos têtes.

Lorsque Hergé écrivit « objectif Lune » et « Tintin sur la Lune » en 1954, peu d'hommes vivants à cette époque n'osaient imaginer que 15 ans plus tard Neil Armstrong foulerait le sol lunaire. L'inventivité de l'homme a permis de relever ce défi pour le progrès de l'humanité. Tout cela est parti de la recherche fondamentale et de ce que l'on appellera plus tard « la décennie miraculeuse".

Einstein, Planck, Heisenberg, Louis de Broglie, Born, illustres chercheurs théoriciens de la physique ont ouverts en grand les portes de la modélisation de l'univers et de la matière. De ces découvertes des années 1925 à 1935, l'homme a su inventer dans le cadre de la conquête spatiale les éléments suivants : le développement des ordinateurs modernes, des langages de programmation et des systèmes embarqués est dû à la conquête spatiale et aux premiers vols habités, en particulier le programme Apollo dans les années 1960. Le développement des satellites, à l'origine de nouveaux services qui permet la téléphonie mobile par satellites, les prévisions météo grandement améliorées grâce à une couverture complète et en quasi temps réelle des observations de la surface de la planète et de son atmosphère permettant une meilleure exploitation de l'agriculture, le GPS permettant la construction par exemple du Viaduc de Millau, les chaînes TV diffusées par satellites, les balises de détresse...

Mais encore : la couverture de survie qui a sauvé tant de vie, le textile ignifugé issu des recherches sur les tenues d'astronautes, et encore, l'imagerie médicale issue de l'imagerie spatiale a contribué à l'amélioration des soins... Même les couches-culottes de nos enfants, sans parler des recherches de nouveaux matériaux tels le téflon, revêtement des poêles et les matériaux composites utilisés aujourd'hui pour les freins du TGV ou des avions, le carbone kevlar, matériaux parmi les plus légers et les plus résistants permettant de construire des voitures légères et résistantes...

Toutes les inventions et innovations liées à la conquête de l'espace jalonnent aujourd'hui notre vie quotidienne

Elles ont fortement contribué à la création d'innovations qui développent l'économie. Oui, sans hésiter, la conquête spatiale a été un enjeu économique majeur des années 50, 60 et 70. Les bonds en avant réalisés grâce aux programmes Appollo, Soyouz ou Ariane vont-t-ils se reproduire si l'on venait à lancer un nouveau programme de conquête spatiale ? Dans l'état actuel de la connaissance des hommes, on arrive à une limite d'exploitation des connaissances à partir de l'ouverture réalisée au début du XXème siècle? La prochaine étape de la conquête spatiale (Mars) va-t-elle ouvrir de nouvelles perspectives économiques ? En fait, il faut poser la question de la façon suivante : y aura-t-il de nouvelles innovations pour réaliser cet exploit ? Nous tendons à penser que non, car pourquoi les gouvernements successifs des USA, de la Russie, de l'Europe se contenteraient-ils de gérer l'envoi de satellites à proximité de la Terre si ce n'était pas le cas?

Techniquement, Alunir ou Amarsir ne présentent pas de grandes différences

Et c'est un des éléments qui bloque les gouvernements pour se lancer dans la mise en place d'un programme pour aller sur Mars. En fait, le ROI pour un projet Mars est estimé trop faible aujourd'hui pour réellement se lancer dans ce programme. Nous arrivons en fait sur la fin de l'exploitation technique des innovations issues des programmes spatiaux. Aujourd'hui, comme l'indiquait Michel Serre, grâce aux évolutions de la technologie et de l'évolution de la « mobilité », nous en sommes à une nouvelle phase de la gestion de la connaissance et de fait cela va réinventer les modalités des relations entre les hommes et la connaissance. Nous passons collectivement à une nouvelle société que la jeunesse va inventer et cela est porteur d'un immense espoir.

Pour autant, les possibilités de conquête spatiale ne sont pas terminées à l'heure où la sonde Pionneer sort de l'héliosphère du Soleil et va se perdre dans l'espace interstellaire. Cela concrétise symboliquement la capacité de conquête de l'homme dans l'état actuel de ses connaissances. La prochaine étape de la conquête spatiale doit suivre le même circuit : Mise en place d'une nouvelle théorie physique, mise en place d'un programme de conquête spatiale, invention des innovations amenant une nouvelle phase de prospérité économique.

Où en sommes-nous dans ces étapes ?

Une des nouvelles limites de la physique fondamentale est apparue avec la découverte, grâce au LHC, récente du Boson de Higgs. Les physiciens tendent à s'accorder pour dire qu'une nouvelle physique va apparaitre prochainement car les modèles précédents décrivent encore imparfaitement et l'univers et l'infiniment petit. De cette physique, l'homme va pouvoir inventer ou découvrir des nouveaux procédés qui lui permettront de faire des choses qu'il a du mal à imaginer aujourd'hui. Et l'étape fondatrice de ce nouveau développement passera par la conquête spatiale qui ouvrira de nouveaux champs techniques, technologiques et économiques. Donc, oui, la conquête spatiale est un enjeu économique mondial !


Avec Jean-Paul Gomez


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Pascal de Lima

Economiste-knowledge manager et enseignant à Sciences-po proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  (conférences données à Rio, Los Angeles, Milan, Madrid, Lisbonne, Frankfort, Vienne, Londres, Bruxelles, Lausanne, Tunis, Marrakech) spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques.

Après 14 années dans les milieux du conseil en management secteur banque et finance (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'ADL et Altran 16 000 salariés), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il dispense actuellement à Sciences-po Paris des cours d’économie. Il a enseigné l'Economie dans la plupart des Grandes Ecoles françaises (HEC, ESSEC, Sup de Co, Ecoles d'ingénieur et PREPA...).

De sensibilité social-démocrate, il applique les précepts Structures-Comportements-Performances et ceux de John Rawls au monde du conseil en management. Il intervient régulièrement dans les médias français mais aussi internationaux.