[Best Of] Le PSG, le Qatar et l'argent : les dessous du rachat du club de football parisien

QSI a déboursé 40 millions pour 70 %. Les derniers 30 % ont été payés
29 millions d'euros, soit sur une base de valorisation du club à
hauteur de 100 millions d'euros.

Lorsque les Qatariens se sont mis en tête d'acheter le PSG, il y a un peu plus de deux ans, ils ne sont pas allés chercher bien loin le nom de code de cette opération : Oryx. Cet animal, présent dans la péninsule Arabique et portant de longues cornes droites sur la tête, est un lointain cousin de la gazelle.

 

Quoi qu'il en soit, la vente du PSG, en juin 2011, à QSI, société qui gère le club pour le prince héritier, cheikh Tamim Bin Hamad Al-Thani, était presque inespérée. « Il n'y avait pas un acheteur et on a eu très peur », reconnaît Patrick Sayer, patron d'Eurazeo, associé à Colony Capital au sein de Colyzeo, le fonds d'investissement propriétaire du PSG avant la venue du Qatar. Le PSG a coûté 10 millions d'euros à Sayer. Malgré l'enthousiasme à tous crins de Bazin, les dirigeants n'ont jamais réussi à équilibrer les comptes.

Le 12 avril 2006, dans le salon d'un hôtel cossu du XVIe arrondissement de Paris, se tient la conférence de presse qui officialise la vente du PSG par Canal + à un trio d'investisseurs méconnus du grand public et des supporters du club : Colony Capital, Butler Capital Partners (deux fonds d'investissements) et Morgan Stanley, une banque d'affaires anglo-américaine. Bazin et Butler présentent leur projet et confient vouloir ouvrir le capital, à hauteur de 40 %, à de nouveaux investisseurs, dans un délai rapide. Leur vœu, se voir rejoints pour partager les frais, reste vain. Les investisseurs ne se massent pas à cette époque aux portes du club. Et quand Morgan Stanley vend ses 33 % à l'été 2009, Colony Capital doit les acquérir... faute d'acheteurs.

Après cinq ans délicats à la tête du club, Colony Capital, devenu dans l'intervalle actionnaire majoritaire avec 95,8 % des parts (4,2 % revenant à Butler), parvient à conclure un accord avec Qatar Sports Investments (QSI) au printemps 2011. La vente définitive est signée le 30 juin de la même année. Les premières négociations directes remontent en réalité au tout début 2010, entre les mêmes protagonistes. C'est-à-dire Colony d'un côté et les représentants du prince Tamim de l'autre. La vente aurait très bien pu être effective à cet instant. En effet, les conditions, un an plus tard, seront exactement les mêmes. Mais, en ce printemps 2010, alors que la France espère voir briller ses Bleus au Mondial sud-africain, Sébastien Bazin croit encore qu'il est possible d'obtenir un meilleur prix. Un an plus tard, il ne refuse plus l'offre qatarienne. Et ce même si elle ne lui est pas très favorable.

Sébastien Bazin, au fil de ses voyages dans le Golfe, a su convaincre ses hôtes de l'intérêt pour eux d'acheter le PSG. Mais l'attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar par la Fifa, le 2 décembre 2010, va rendre la vente inéluctable et mettre définitivement un terme à plusieurs mois de discussions agitées. « Les Qatariens se sont lancés dans la candidature à la Coupe du monde 2022 sans vraiment y croire au début. Mais ils sont fiers d'avoir gagné et ils ont alors réalisé que le pays hôte allait devoir jouer trois matches au minimum. Et, pour eux, il est hors de question d'être ridicules lors de ce tournoi planétaire. Je leur ai dit : "Si vous voulez préparer 2022, vous devez utiliser un club européen dans lequel vous allez pouvoir créer des passerelles en termes de formation, d'éducation." De plus en plus, ils vont envoyer leurs jeunes, leurs entraîneurs, à Paris, au centre de formation, pour apprendre. Celui qui jouera le Mondial a 13 ans aujourd'hui et s'il évolue dans les équipes de jeunes du PSG, c'est tout bénéfice pour lui. »

Le Qatar hérite de la Coupe du monde et du PSG presque par la même occasion, si l'on ose dire, même si la finalisation du dossier durera encore plusieurs mois. « Les négociations ont été âpres, confirme un proche de cette affaire. » Au point que Nicolas Sarkozy a été brandi comme une menace par Sébastien Bazin. « Sarko a mis un peu d'huile dans les rouages quand ça grinçait, confie un familier du dossier. Quand ça dégénérait, Bazin lançait : "Je vais devoir en référer plus haut". » Tout dans cette affaire conduit, à un moment ou un autre, à Nicolas Sarkozy. Son attachement au PSG est connu de tous, de même que ses liens d'amitiés avec Sébastien Bazin, le patron de Colony Capital, et sa proximité avec le Qatar et ses dirigeants. Ceux qui empiètent sur les plates-bandes de Sarkozy sur ce dossier s'exposent à de graves désagréments. En juin 2011, Chantal Jouanno, pourtant ministre des Sports, intervient sur RMC à propos de l'achat du PSG par les Qatariens : « On aurait préféré que ce soit des fonds français. » Elle aurait été à deux doigts du limogeage.

Un accord pour la vente du PSG est trouvé en mai 2011. Le 31, Sébastien Bazin annonce que 70 % des parts du PSG seront cédées à une société d'investissement duQatar, sans en dévoiler le nom. C'est la mairie de Paris qui va griller la politesse à tout le monde, via un communiqué. L'accord définitif est trouvé et la vente, conclue le 30 juin au matin.

QSI a acheté les 100 % du club immédiatement mais, pour des raisons politiques, les protagonistes se sont mis d'accord pour affirmer que les Qatariens prenaient 70 % des parts le 30 juin et les 30 % restants plus tard. « C'était un habillage politique pour la mairie de Paris ». QSI a déboursé 40 millions pour 70 %. Les derniers 30 % ont été payés 29 millions d'euros, soit sur une base de valorisation du club à hauteur de 100 millions d'euros.

 

Après de longues circonvolutions, le PSG est donc passé entre les mains de Qatar Sports Investments. C'est une révolution. Une nouvelle ère, pleine de promesses et d'ambitions, s'ouvre pour le club de la capitale qui va se lancer dans une campagne de recrutement d'envergure sous l'égide de Leonardo. Le passage de Colony à la tête du club s'apparente à un cinglant raté, avec des tragédies (deux morts) et des résultats sportifs globalement moyens. En termes financiers, aussi, puisque Colony a perdu un peu plus de 50 millions d'euros dans son aventure au PSG.

 

Extrait de "Le PSG, le Qatar et l'argent : l'enquête intérdite" par Arnaud Hermant et Gilles Verdez,

paru aux Editions du Moment, 18 euros. (voir sur Amazon)

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