Bientôt la fin des grandes expositions temporaires ?

2,4 millions €
Au Grand Palais à Paris, une exposition temporaire coûte en moyenne
2,4 millions d'euros.

Les grandes expositions temporaires attirent le public, mais leurs coûts explosent, mettant en péril leur existence même.

Un luxe pour les musées

Les expositions temporaires deviennent de plus en plus en luxe pour les musées, leur coûts grimpent en effet plus rapidement que les recettes. Pourtant les seules collections permanentes ne peuvent suffire à attirer et à renouveler le public, ces événements sont nécessaires, ils attirent l'attention. De plus, les expositions temporaires permettent de réunir en un lieu des oeuvres éparses dans les musées du monde et de focaliser l'attention sur un artiste ou un mouvement artistique.

Mais les coûts explosent principalement à cause de la hausse des prix sur le marché de l'art, ce qui renchérit les primes d'assurance. Pour "Picasso et les maîtres" (en 2009 au Grand Palais), la valeur totale des tableaux était estimée à deux milliards d'euros ! En fait l'Etat s'est porté garant, sinon l'exposition n'aurait pas pu avoir lieu.

Des postes de dépenses onéreux

Autre poste important : le gardiennage. Etant donné la valeur des oeuvres, celui-ci doit être infaillible, disponible 24 heures sur 24, et il doit bénéficier de systèmes de sécurité performants. Au Grand Palais, sachant qu'une exposition coûte en moyenne 2,4 millions d'euros, il faut prévoir 1 million d'euros pour ce poste selon un responsable de la structure organisatrice, la Réunion des Musées Nationaux (Le Journal des arts du 13-26 mars). Le transport coûte cher également, la traversée transatlantique d'un tableau dans une caisse climatique peut s'élever à 30.000 euros.

Dernier poste essentiel : la communication, qui peut représenter 30 à 40 % du budget. Les recettes de billetterie représentent en effet la principale ressource, l'échec est interdit. Désormais les grandes expositions bénéficient d'une bande-annonce, comme les films de cinéma ! Les frais de scénographie sont également à prendre en compte, et finalement la rémunération du commissaire d'exposition, qui conçoit toute l'exposition, compte pour quantité négligeable.

De moins en moins d'expositions temporaires

Cette inflation des frais se traduit de plusieurs façons : le Louvre arrête quasiment les expositions temporaires, ou se limite a des événements marginaux, il se repose sur ses collections permanentes. Des musées suppriment des expositions (Robert Indiana au Grand Palais l'année dernière, un des grands du pop-art, l'inventeur du LOVE au O incliné), certains font le choix de l'événementiel pur (Sade à Orsay récemment), et d'autres, comme le Petit Palais en ce moment, survendent une exposition au titre aguicheur (Les Bas-fonds du baroque à Rome) et à la scénographie impressionnante, mais avec des peintres secondaires, donc moins coûteux en assurance.

Tout cela se traduit globalement par une diminution du nombre de grandes expositions temporaires de qualité, ce qui est dommageable. Le mécénat privé peut inverser cette tendance, ce sera l'enjeu des années à venir.


A découvrir

Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.