France : une productivité des plus élevées mais...

40,5
La durée hebdomadaire de travail en France est de 40,5 heures.

C'est un argument qu'on entend régulièrement : le principal atout de la France dans la mondialisation, c'est sa productivité. De prime abord, ce constat peut paraître étonnant.

En effet, les différentes enquêtes qui tentent de classer les pays en fonction du niveau de performance des travailleurs ne placent jamais la France dans le peloton de tête. De même la désertification industrielle qui s'opère en France va à l'encontre de ce postulat (d'après l'OCDE, pour un indice de production industrielle de base 100 en 2010, ce même indice valait 97,66 en 2014).

Après avoir constaté que la productivité du travail en France est effectivement supérieure aux autres pays de l'OCDE, je m'interroge sur les causes possibles de ce phénomène.

Toutes les données proviennent des statistiques de l'OCDE.

D'après l'INSEE, la productivité se définit comme "le rapport, en volume, entre une production et les ressources mises en œuvre pour l'obtenir". Je calcule donc la productivité du travail en divisant le PIB (production) par le nombre d'heures de travail (ressource). Voici le graphique :

 

La France a bien une productivité horaire supérieure à la moyenne des pays développés, et même des pays très développés (G7).

Or on sait que la productivité dépend (en partie) des performances des 2 facteurs de production que sont le travail et le capital (voir la fonction de Cobb-Douglas).

Le résultat précédent est alors étonnant sachant que :

1) La productivité du travail est faible avec :

- Les faibles compétences de la population française : sur les enquêtes PISA (évaluation des compétences des jeunes de 15 ans) et PIAAC (évaluation des compétences des adultes) réalisées par l'OCDE en 2012, la France est mal placée.

- Le relativement faible pourcentage de la population en âge de travailler qui est diplômé du supérieur :

 

- L'évolution défavorable des dépenses d'éducation dans le supérieur :

 

2) La productivité du capital se trouve dans la moyenne des pays développés avec :

- Une évolution normale de l'accumulation du capital :

*Ordinateurs et matériel de bureau, matériel de communication, matériel de transport, construction non-résidentielle, logiciels, autres machines et produits

- Des efforts en R&D soutenus :

 

Cela se traduit notamment par le fait que la France fasse toujours parti des principaux pays développés exportateurs de produits industrialisés à forte valeur ajoutée :

 

L'anomalie de la productivité en France vient donc du facteur travail. Comment l'expliquer ?

On a vu que la caractéristique qualitative du travail (niveau de formation des travailleurs) était faible : elle ne peut donc pas expliquer la forte productivité du pays. Intéressons-nous donc à la caractéristique quantitative du travail.

Pour ce faire, je compare le taux d'emploi des non-diplômés et des diplômés du supérieur entre la France et les pays de l'OCDE. Le taux d'emploi d'une classe d'individus est défini par l'INSEE comme le "rapport du nombre d'individus de la classe ayant un emploi au nombre total d'individus dans la classe". Par conséquent, si on trouve un taux d'emploi des non-diplômés français inférieur ou proche de la moyenne de l'OCDE et inversement un taux d'emploi des diplômés français supérieur ou voisin de la moyenne de l'OCDE, la surperformance de la productivité française en découlera car cela signifiera que les gens peu productifs sont plus exclus du marché du travail en France qu'ailleurs et qu'au contraire les gens très productifs y sont plus présents.

Le tableau ci-dessus permet d'affirmer notre théorie.

On peut de plus faire le même constat pour les seniors :

En somme, si la productivité est élevée en France comparativement aux autres pays développés, c'est parce que les personnes peu productives se trouvent davantage hors du marché du travail.

Enfin, il est également possible de mettre en question la fiabilité des données dans le calcul du ratio PIB/heure travaillée (graphique 1), et surtout le dénominateur. Par exemple, pour mesurer la productivité horaire en 2013, il a été considéré que la durée moyenne hebdomadaire du travail en France était de 40,5 heures (l'une des plus faibles de l'OCDE), soit environ 8h par jour. Cette donnée est relativement faible au regard des enquêtes sur le risque de burn-out au travail en France (voir par exemple l'enquête menée par Technologia).


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