Déformation du partage de la valeur ajoutée au profit des entreprises : quelles conséquences ?

100 %
La dette publique de la France se rapproche des 100 % du PIB.

Il s'opère depuis plusieurs années dans les pays du G5 (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni) une déformation du partage de la valeur ajoutée au détriment des salariés (ou de manière équivalente en faveur des entreprises). Cela signifie que la part des profits dans la valeur ajoutée ne cesse d'augmenter tandis que celle des salaires ne cesse diminuer. Quelles en sont les conséquences ?

La déformation du partage des revenus est flagrante depuis le début des années 1990 :

On peut imaginer plusieurs causes à ce phénomène. Par exemple, on peut supposer que la part des salaires dans la valeur ajoutée diminue lorsque le taux de chômage est élevé, ce qui serait facilement compréhensible (quand il y a beaucoup de chômage, les salariés sont prêts à accepter des salaires plus bas par peur de se retrouver sans emploi). On constate effectivement sur le graphique suivant que depuis 25 ans on peut associer à chaque crise (SME en 1992, bulle Internet en 2001, subprimes en 2008), et donc à chaque hausse du chômage, une déformation accélérée du partage de la valeur ajoutée en faveur des entreprises :

De même, la baisse du taux de syndicalisation peut être un facteur explicatif de la perte de pouvoir de négociation des salariés :

 

Quels sont les effets de cette déformation ?

- un endettement excessif des ménages pour maintenir un niveau de consommation et d'investissement élevé, d'où par exemple la crise des subprimes aux Etats-Unis en 2008, qui a provoqué par la suite le désendettement des ménages (la dette n'est donc plus aujourd'hui un outil utilisable pour doper la demande des ménages) :

- une baisse tendancielle de la demande des ménages (car ils ne peuvent plus utiliser l'endettement pour consommer) :

- une baisse du commerce international, visible dans la période récente pour l'ensemble des pays de l'OCDE :

On se trouve donc dans la situation suivante : dans les pays développés, la part des salaires dans la valeur ajoutée se réduit de plus en plus et cela implique une baisse de la demande des ménages (résidents et étrangers). Normalement, le secteur public peut se substituer à la demande des ménages afin d'offrir des débouchés aux entreprises (politique keynésienne). Le problème est qu'aujourd'hui les Etats sont également très lourdement endettés et la substitution n'est donc plus possible :

Il risque alors de se créer un cercle vicieux dans lequel la baisse structurelle de la demande des ménages entraîne une baisse de l'offre des entreprises (loi de l'équilibre de l'offre et de la demande), ce qui signifie qu'on entrerait dans une période de décroissance économique durable et autoentretenue. Aujourd'hui, on constate dans l'OCDE que les taux de croissance ne cessent de diminuer : Si la déformation du partage de la valeur ajoutée en faveur des profits des entreprises (et donc des dividendes des actionnaires) leur est favorable sur le court/moyen terme, elle ne l'est donc absolument pas sur le long terme puisqu'elle a pour conséquence d'aboutir à un équilibre offre/demande plus faible qu'auparavant c'est-à-dire de provoquer une décroissance économique.


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Fabien Pirollo

Fabien Pirollo est diplômé de l'ESCP Europe avec une spécialisation en économie. Ancien chargé de mission à la Communauté d'Agglomération des Hauts-de-Bièvre, il est également le créateur du blog http://www.economx.pe.hu/ et analyste financier sur le site http://fr.investing.com