L'entreprise en France : les « Grands »... et les « autres »

Le chiffre d'affaires de l'ensemble des entreprises qui constituent le
CAC40 avoisine les 75% du PIB français.

Depuis des années, tous les discours se gargarisent du mot « entreprendre ». Le politique, les experts économiques et la presse ont toujours usé et abusé de ce mot pour parler d’activité, de relance et de croissance. Malgré de nouvelles dispositions permanentes, l’ensemble de celles-ci va sans cesse dans le même sens.

Si les « Grands » (GE), leaders du CAC 40, peuvent en apprécier certains aménagements, il est difficile pour les « autres » d’en ressentir les premiers résultats. Aujourd’hui à mi-parcours en 2018, le constat est sans équivoque. Conjoncture européenne ou pas, les principaux indicateurs économiques sont loin d’être au « beau fixe » (croissance, taux de chômage, commerce extérieur, etc.). Ce pessimisme relatif ne concerne que rarement les « Grands », dont les perspectives sont beaucoup plus optimistes.

L’image de l’entreprise en France est facile à décrire. Certains ensembles, en particulier les « Grands » (GE), associés à quelques entreprises de taille intermédiaire (ETI), sous-traitants facilement identifiables, sont les mieux armés. Chacune et chacun en tirent en général un réel avantage. Face à cela, il y a les « autres ». Ce sont de nombreuses entreprises moyennes (ME), petites (PE) et très petites (TPE) qui n’ont pas cette chance. Elles ne profitent pas de la même considération au niveau de l’État face à la concurrence. N’oublions pas que toutes catégories confondues, elles représentent au sens du registre du commerce plus de 3.200.000 entités commerciales, fin 2017.

Chacun à sa place

En France, ces « autres » entreprises sont mal traitées depuis des années. Les changements permanents de politique économique, plus ou moins justifiés, influencent lourdement l’activité. Elles perturbent leur stabilité, leur pérennité et l’investissement. Le résultat de multiples réponses politiques à des pressions de lobbyings, patronal ou syndical, conduit à des montages de type « usine à gaz ». Ils se traduisent, sous forme d’exonérations abusives, de divers « passe-droits » et d’aides hétéroclites directes ou indirectes aux entreprises (GE) qui le plus souvent font l’essentiel de leur marché à l’étranger. Le discours politique n’est jamais bien passé surtout quand il consiste d’entrée de jeu, pour celles-ci, principalement à parler de facilités de licenciements pour réduire le chômage !

Les « autres » entreprises sont en revanche moins lucratives, et les fonds utiles leur font défaut pour assurer leur développement. Les banques sont trop souvent muettes à leur égard ! Comment investir ? L’INSEE dénote en 2017 autour de 58 000 dépôts de bilan, comparable à 2009. Un léger mieux devra-t-on dire ! La prise de risque au sens large n’est plus à l’ordre du jour. Cette catégorie d’entreprises souffre d’un manque de trésorerie, de marge nette et de soutien dans ces moments délicats. Quel sera à leur égard le rôle de l’État. L’outil fiscal (au détriment des classes moyennes) n’est pas la solution et il aura aussi son effet boomerang.

Un défi indispensable à relever

Faudrait-il déjà être en mesure d’évaluer la part du coût de l’ensemble de ces allègements et des cadeaux fiscaux existants « réels ou cachés » pour les « Grands », d’en apprécier l’efficacité, de pouvoir les remettre en cause, avant de proposer d’autres dispositions abusives inégalitaires ? C’est un défi indispensable à relever pour redistribuer autrement ces avantages et pour contribuer au développement des « autres ».

Le caractère chronique de ce manque général de disponibilités financières entraine aussi des conséquences catastrophiques et irréversibles pour l’emploi intérimaire, pour la sous-traitance surtout celle des PE et ME tributaires de la concurrence et de la course au profit à tout prix. 

L’État a toujours été mal à l’aise dans ses choix d’autant plus que l’œil de Bruxelles est là pour valider ou contester toutes ses interventions. C’est une pseudo-indépendance qui est toujours un « bon » prétexte pour faire avaler les « contraintes ». Quels que soient ses choix, l’État doit faire preuve de beaucoup plus de discernement entre les géants du CAC 40 et les ETI d’une part, les ME, les PE et les TPE, d’autre part, incluant les « start-up » innovantes. Un « vrai » bilan s’imposera à moyen terme pour valider ce qui ressemble trop souvent à des « mythes » économiques !


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Jacques Martineau

Après un long parcours scientifique, en France et outre-Atlantique, Jacques Martineau occupe de multiples responsabilités opérationnelles au CEA/DAM. Il devient DRH dans un grand groupe informatique pendant 3 ans, avant de prendre ensuite la tête d'un organisme important de rapprochement recherche-entreprise en liaison avec le CNRS, le CEA et des grands groupes du secteur privé. Fondateur du Club Espace 21, il s'est intéressé aux problèmes de l'emploi avec différents entrepreneurs, industriels, syndicalistes et hommes politiques au plus haut niveau sur la libération de l'accès à l'activité pour tous. Il reçoit les insignes de chevalier de l'Ordre National du Mérite et pour l'ensemble de sa carrière, le ministère de la recherche le fera chevalier de la Légion d'Honneur.