Attention : le mouvement de grève de la SNCF va entraîner des violences !!

4,2 %
Le chiffre d'affaires de la SNCF a augmenté de 4,2% en 2017.

J’entendais ce matin sur BFM TV, qui est à nos « zactualités » ce que la Pravda était aux informations en ex-Union soviétique, un très gentil camarade de SUD Rail, responsable dudit syndicat Gare de Lyon, nous expliquer que les cheminots étaient très, très fâchés et que le ras-le-bol avait été atteint, car de surcroît, les cheminots passaient pour des imbéciles depuis plusieurs mois, pour des nantis et des privilégiés alors qu’ils n’ont pas la vie si facile que cela.

Notre camarade SUD Rail rajoutant que le ras-le-bol était total et que cela dépassait complètement le cadre de son simple syndicat.

Il pense donc que la mobilisation sera très forte et que le degré de saturation des équipes est totalement sous-estimé par le gouvernement.

Il a raison dans le constat consistant à dire que les troupes sont à bout.

Des cheminots effectivement à bout ! Une agressivité quotidienne…

Je ne suis pas tendre avec la SNCF, et il y a des raisons je vous l’assure de l’être – et cela a valu quelques échanges et commentaires tendus plus quelques désabonnements de certains du site, pour autant, je tente, d’être toujours objectif et évidemment, tout n’est pas à jeter à la SNCF y compris le statut de cheminot qui aurait pu être préservé en échange de la suppression d’une sécurité de l’emploi tellement forte qu’elle permet certains comportements inadmissibles qui relèvent effectivement du licenciement pur et simple. 150 cas plus tard, tous ceux qui tiraient faussement la patte seraient de retour à leur poste, y compris chez les vitriers (j’insiste) et les rames pourraient à nouveaux être réparées en temps et en heure.

Je ne suis pas tendre donc, mais… La SNCF vient de vivre plusieurs années de dégradations de ses moyens et de sa qualité de service (pas liées uniquement aux cheminots mais aux choix de la direction et à la séparation du réseau ferré et du commercial imposé par l’Europe et totalement stupide) y compris sur les TGV, tout en sachant que c’est sur les lignes TER et Intercités que la situation est la plus déplorable, sans même parler des accidents devenus régulièrement mortels.

Dans une société de plus en plus tendue, les cheminots d’en bas, des contrôleurs aux machinistes sans parler des personnels d’accueil, font face à ce que l’on appelle pudiquement une augmentation significative des « incivilités ».

Oui, la situation de travail au quotidien se dégrade fortement et les cheminots, au sens large, en prennent, au sens figuré et parfois au sens propre, plein la figure.

C’est un fait, et ce fait est très largement sous-estimé dans ce qui fera la force du mouvement de grève à venir.

Un ras-le bol des usagers également sous-estimé.

Ce que les syndicats et le gouvernement ne voient ni les uns ni les autres arriver, mais je me charge de les prévenir même si cela ne leur fait pas plaisir, c’est que les usagers sont psychologiquement et nerveusement tout autant à bout que les cheminots, les uns accusant les autres et le dialogue n’étant juste plus possible.

Les associations d’usagers sont totalement dépassées par le climat, et je pèse mes mots, de « haine » que peuvent ressentir certains « usagers » pour ne pas dire beaucoup « d’usagers » à l’égard de la SNCF dont les problèmes de service pourrissent littéralement le quotidien de ses utilisateurs anonymes justement quotidiens…

Pas de solidarité des citoyens.

Les syndicats qui veulent, espèrent ou souhaitent une « convergence » des luttes se trompent totalement.

Non seulement plus personne n’a grand-chose à faire de défendre des intérêts purement corporatistes, et ainsi apparaît cette grève de la SNCF qui ne lutte que pour elle, car les cheminots n’ont pas bloqué le pays pour la loi El Khomri ou pour les ordonnances Macron (enfin contre mais vous aurez compris l’idée) qui permettent désormais de virer n’importe quel salarié du privé en limitant considérablement ses indemnités.

Les cheminots donc ne sont pas les défenseurs du peuple, mais les défenseurs de leur régime spécifique.

Ils n’ont donc aucune solidarité à attendre, pire encore, ils ne pourront compter sur aucune compréhension ou compassion…

Pas de compréhension, des usagers excédés, deux catégories qui ne se comprennent pas, ne vivent pas la même réalité, c’est la confrontation assurée.

Vers des violences et des émeutes de passagers. Cette grève peut finir par un drame…

Pour le moment, peu ont soulevé ce problème, mais je peux vous assurer que ce mouvement, qui a été conçu pour durer et pour pourrir la vie des Français à un moment où cela n’est juste plus envisageable, va très mal se terminer.

Il est de bon ton de faire la comparaison entre aujourd’hui et 1995… Sauf que 1995 c’était il y a plus de 20 ans, et Jacques Chirac était tout juste président… Internet n’existait pas (ou presque pas), l’ADSL encore moins. La mondialisation non plus, nous payions avec des francs et nous avions encore des Super 5 alors que Chirac traversait Paris en CX… Eh oui, la France comme le monde ont considérablement changé en 23 ans, et croire que cela se passera de la même manière est une illusion qui risque de s’avérer dramatique.

Les « usagers » comme on dit, puisque la SNCF n’a pas de clients mais uniquement des « usagers » qui sont censés subir le bon vouloir de cette vieille dame absolument insupportable dans sa manière de concevoir ses rapports avec donc ses usagers, sortent de plusieurs mois très difficiles parce que c’était l’hiver et comme il fait froid l’hiver, les trains ne roulent pas.

Ils ne roulent pas non plus l’été, car l’été il fait chaud.

Donc depuis presque maintenant 6 mois, ceux qui utilisent le train en ont gros sur la patate.

Et vlan… Voilà cette grève conçue pour user les nerfs et nuire aux gens, elle vise encore une fois à leur pourrir la vie…

Les cheminots n’ont pas idée des violences qu’ils risquent de déclencher chez les « usagers » tellement le ras-le-bol qu’ils ont créé est important.

Nous risquons donc, au bout de quelques jours, de connaître d’immenses problèmes les jours qui suivent les jours de grève, et les usagers, sachant que les gus vont recommencer la semaine suivante, ils auront tout loisir entre chaque jour où ils sont cachés par la grève de leur taper dessus les jours de reprise d’activité…

Les cheminots, qui se croient très malins avec cette grève d’un nouveau genre, n’ont pas idée des effets indésirables et secondaires très désagréables que cette nouvelle méthode de grève va induire.

En 1995, il n’y avait personne à frapper… En 2018, il y aura de quoi se défouler tous les 3 jours… En 1995, tout était bloqué. Les grilles fermées et Robert Hue obtenait 8,64 % au premier tour de la présidentielle pour le PCF, soit nettement mieux que Benoît Hamon pour le PS en 2017…

Nous sommes en 2018, et ceux qui bossent, eux, peuvent se faire virer sans indemnités “grâce” aux ordonnances Macron contre lesquelles les cheminots, pas concernés, n’ont pas levé le petit doigt !

La situation peut très vite partir en vrille et cheminots, syndicalistes et gouvernement ne l’auront pas vu venir alors qu’ils auront tous les trois contribuer à créer volontairement ce climat d’affrontement et ce sera intenable pour les collaborateurs de la SNCF, au contact des gens, car évidemment derrière le statut et le mot “cheminot”, il y a des hommes et des femmes qui en aucun cas ne méritent d’être poussés sur les rails.

Ce sera la grève de trop pour la SNCF et les cheminots ont déjà perdu la bataille et la guerre car ils seront sommés, pour des raisons d’ordre public et de sécurité, de reprendre le travail. Quant au gouvernement, il sera bien inspiré de ne pas trop fanfaronner de sa victoire, car cela n’en sera pas une. Ce n’est pas le gouvernement qui brisera la grève des cheminots, mais le peuple, et si le peuple des usagers ne brise pas la grève des cheminots, alors ce sont les cheminots qui feront plier le gouvernement, mais ce n’est pas mon analyse.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Article écrit par Charles Sannat pour Insolentiae


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.