Trop d'impôt tue l'économie officielle

Selon les chiffres publiés jeudi 6 mars par l'Insee le taux de chômage
en France a reculé de 0,1 point au quatrième trimestre 2013. Il
s'établit à 10,2 %.

Il y a de nombreux éléments qui plaident en faveur d'une reprise économique légère en Europe. A ce titre, et uniquement du point de vue du critère du PIB, la reprise économique américaine pourrait paraître enviable avec un fort niveau de création d'emplois.

Pourtant, force de constater que le retour de la croissance a une caractéristique bien particulière. Elle ne ramène pas autant que cela les chômeurs découragés, c'est-à-dire qui ne figurent pas dans la catégorie des chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT) ni dans la catégorie des "employés". Si l'on se réfère au halo du chômage, cette catégorie revitalisée par la croissance devrait normalement soit entrer dans la catégorie des chômeurs administrés, soit dans la catégorie des employés directement s'ils trouvent rapidement un travail.

Cet aspect du halo du chômage est importante et il nous faut une définition précise, prenons celle de l'INSEE :

« La définition et la mesure du chômage « officiel » est complexe et extrêmement sensible aux critères retenus. En effet, les frontières entre emploi, chômage et inactivité ne sont pas toujours faciles à établir (exemple d'un étudiant qui travaille quelques heures par semaine...). Le Bureau international du travail (BIT) a cependant fourni une définition stricte du chômage, mais qui ignore certaines interactions qu'il peut y avoir avec l'emploi (travail occasionnel, sous-emploi), ou avec l'inactivité : en effet, certaines personnes souhaitent travailler mais sont « classées » comme inactives, soit parce qu'elles ne sont pas disponibles rapidement pour travailler (deux semaines), soit parce qu'elles ne recherchent pas activement un emploi.

Ces personnes forment ce qu'on appelle un « halo » autour du chômage. Ce « halo » est calculé par l'Insee à partir de l'enquête Emploi ». C'est ce halo de personnes qui ne rechercheraient pas activement un emploi qui gonfle de plus en plus (elles n'entrent pas dans la catégorie des chômeurs administrés). Est-ce parce qu'elles ne souhaitent plus travailler officiellement ? Où est-ce plutôt parce qu'elles préfèrent de plus en plus travailler autrement pour entrer dans une autre catégorie du halo ? On dit qu'il existe alors un réel découragement et désincitation à la recherche d'un emploi ou à se déclarer (surtout s'il n'y a pas d'indemnité).  

Pourtant ce que l'on observe est la chose suivante : si effectivement le marché du travail (employés et chômeurs officiels) s'affaiblit en période de récession (moins d'employés, moins de chômeurs qui se déclarent) normalement on devrait observer une tendance inverse en cas de reprise. Mais ce n'est pas le cas. D'après BLS/Fed de Saint Louis, quelques 7 millions d'Américains ont tout bonnement disparu de l'économie officielle. Enfants retournés chez leurs parents, conjoints ayant renoncé à travailler, chômeurs en rupture de ban, nouvelles recrues de l'économie au noir... On observe des phénomènes similaires en Grande Bretagne et en Europe du sud.

Il n'y a rien d'étonnant à tout cela : les politiques d'austérité en Europe (et même aux Etats-Unis) en voulant ponctionner une part importante des richesses nationales par l'impôt, créent un effet désincitatif sur l'économie officielle. Il ne s'agit pas ici de trop d'impôts tuent l'impôt mais trop d'impôts tuent l'économie officielle. On est alors en période de reprise plus incité à développer des transactions sur le marché parallèle ce d'autant plus que l'efficacité des politiques publiques n'est pas très visible et que l'effet redistributif de l'Etat providence est considéré comme un acquis et n'est plus un avantage comparatif de l'économie officielle.

 

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Pascal de Lima

Pascal de Lima est un économiste de l'innovation, knowledge manager et Professeur à Aivancity proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'Altran 16 000 salariés - dont un an auprès d'Arthur D. Little...), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management et en 2020, Professeur en économie de l'innovation à Aivancity.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel et de l'innovation) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il anime des conférences sur les métiers de demain dans les Universités et Grandes ecoles.

De sensibilité social-démocrate (liberté, égalité des chances first et non absolue, rééquilibrage par l'Etat in fine) c'est un adepte de la philosophie "penser par soi-même" qu'il tente d'appliquer à l'économie.