Hauts revenus : que va proposer Emmanuel Macron ?

45,6 %
En 2016, seulement 45,6% des foyers fiscaux payaient des impôts.

Son prédécesseur François Hollande avait annoncé une première fois en 2007 en pleine campagne électorale, qu’il n’aimait pas les riches et qu’au dessus de 4000 euros de revenus mensuels on était riche.

Il a rajouté le 22 janvier 2012 : « J’aime les gens quand d’autres sont fascinés par l’argent » allusion à son concurrent Sarkozy.

Ce qui peut être surprenant, c’est que François Hollande avec sa villa à Mougins estimée à 1.350.000 euros, ses 2 appartements de Cannes de 54 et 80 m2 estimés à 216.000 et 320.000, sa SCI de Boulogne-Billancourt et paraît-il un appartement à Londres, ainsi que ses revenus avant 2012 de 16.269 euros mensuels nets ne se considérerait pas comme riche puisqu’il ne déclarait pas d’ISF !!!

Jean-Luc Mélenchon a lui aussi repris les termes de François Hollande en annonçant « qu’au dessus de 4000 euros, je prends tout » D’autre part, tout est relatif, 4000 euros, c’est beaucoup lorsque l’on est à Tulle et bien moins si l’on vit à Paris ou à Neuilly ou se forge les opinions des médias et des politiques. C’est la même chose que lorsqu’ils parlent d’un village de 5000 habitants !!!

A 4000 euros par mois vous êtes contribuables. En 2016, seulement 45,6% des foyers fiscaux paient des impôts, ce qui veut dire que 54.4% n’en paient pas ! Et selon l’Insee, seul 10% des salariés gagnent plus de 39.000 euros par année soit 3250 brut par mois. A partir de quel revenu est-on riche ? Suivant le sondage qu’il y avait eu en juillet 2011, les français ont répondu 6000 euros net mensuels. Par contre selon l’Insee, 1% des Français sont considérés comme des très hauts revenus : Ils déclarent 88.200 euros net des principaux impôts par an pour une personne seule, soit 7.350 euros par mois.  

Comment s’étonner alors de la fuite des millionnaires. Douze mille ont quitté la France en 2016. C’est la France qui a perdu le plus de riches cette année. Les deux suivant sont le Brésil et la Chine. Selon l’institut New World Weath, la France a eu 12.000 départs en 2016 ce qui constitue un record absolu, 2000 de plus qu’en 2015 ! Entre 2000 et 2016, la France a perdu 60.000 millionnaires avec une situation qui s’est fortement aggravée à la fin du quinquennat de François Hollande !

Autre constat qui n’a fait l’objet ni d’article, ni de médiatisation : La baisse du nombre de milliardaires français. En 2013, ils étaient 74, en 2014, 67 et en 2017 plus que 39 ! Comment expliquer cette brusque baisse ! Les phrases citées par François Hollande, « je n’aime pas les riches », « mon adversaire, c’est le monde de la finance » et l’annonce d’une taxe à 75% au dessus d’un millions d’euros ont certainement été des déclencheurs. C’est aussi la politique fiscale surtout de début de mandat qui a fini de décourager un grand nombre d’entrepreneurs qui ont préféré quitter la France, voyant leur marge se dégrader fortement. A tel point que celle-ci avait atteint 28,6% en 2013 ! Par comparaison, nos voisins Allemands se trouvaient à 41,2, le Royaume-Uni à 34, l’Italie à 40,4 et l’Espagne à 41,4% ! Comment avec cette marge si faible être compétitif y compris à l’export ?

Si en France, 23% des milliardaires sont des héritiers, contre 15% dans le Monde, tous les autres sont de nouveaux entrepreneurs qui ont réussi à construire leur fortune et faire fructifier leur capital et patrimoine. C’est ces derniers qui ont le moins d’attaches, qui sont les premiers disposés à s’envoler sous d’autres cieux fiscalement plus cléments. Xavier Niel en est un exemple frappant. Et pourtant, ces français sont des gestionnaires hors paire, dans ces périodes difficiles, ils ont su faire fructifier leur capital, puisque leur fortune a bondi par exemple de 21% par rapport à 2015, dans un contexte où la baisse était générale.

Alors Monsieur Macron, comment faire revenir tous ces millionnaires et surtout empêcher que la fuite continue ? Si ces 60.000 exilés depuis 2010 revenaient en France, quelle pourrait être les gains engendrés pour l’économie et les comptes de l’état ? Difficile à dire, mais si on les répartissait sur le territoire, chaque département se verrait avec 600 millionnaires de plus ! Quelle manne supplémentaire en emplois, consommation, investissements, niveau de vie ! Il ne faut pas trop rêver, mais tout peut redevenir possible, si le gouvernement actuel met en place les ingrédients financiers nécessaires pouvant doper le retour de ces riches expatriés.

Que propose le nouveau gouvernement ?

Une modification de l’ISF. Le but en faire un impôt sur la rente immobilière baptisé IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière). Celui-ci ne serait plus calculé que sur la valeur du patrimoine immobilier. Aujourd’hui encore, tous les actifs possédés (y compris, bijoux, voitures, meubles, épargne,…) sont déclarés sauf : biens professionnels, voitures de collection, œuvres d’art,… Avec l’IFI, l’abattement sur la résidence principale serait maintenu et le seuil d’entrée et le barème actuel resteraient inchangés. Le mécanisme actuel de plafonnement de l’ISF qui permet de limiter l’impôt à 75 % des revenus, serait lui aussi maintenu. A priori, l’IFI permettrait de diviser par deux le montant moyen à payer et de sortir beaucoup de foyers du dispositif.

Possibilité de déclaration de revenus séparée. Cela concernerait les revenus des couples mariés ou Pacsés, assez élevés pour être imposables mais assez faibles pour être concernés par les mécanismes adoucissant l’entrée dans l’impôt (décote, baisse forfaitaire de 20%, etc.). Cela pourrait concerner 21% des couples qui y gagneraient à être imposés séparément.

Flat tax sur les revenus du capital. Mise en place d’une flat tax, ou impôt unique, de 30% (prélèvement sociaux inclus) qui s’appliquerait à tous les revenus du capital, y compris ceux de l’assurance vie. Toutefois, concernant l’assurance vie, il est précisé que la flat tax ne s’appliquerait que sur les nouveaux contrats et sur les nouveaux versements effectués sur les contrats déjà ouverts et seulement au-delà d’un seuil de 150 000 €.

Cotisations Sociales. Cette suppression des cotisations salariales chômage et maladie toucherait tous les salariés, mais les hauts revenus, vu l’importance de leur rémunération, percevraient un salaire nettement plus important. Ainsi, les salariés verraient disparaitre la ligne cotisations chômage et maladie au taux de 3,15%. Toutefois, cette mesure serait financée par une hausse de 1,7% de la CSG, hausse qui concernerait tous les salariés mais aussi plus de 9 millions de retraités.

Ces mesures devraient réduire quelqu peu la fiscalité pour les plus riches, mais elle n’est certainement pas encore suffisante pour arrêter l’hémorragie et surtout pour réussir à faire revenir beaucoup d’exilés. Ce qui pourrait enrayer ce phénomène, ce serait qu’il n’y ait pas sans cesse des avalanches de lois ou décisions contradictoires en matières financières ou de code du travail. L’autre raison, une dynamique retrouvée, une croissance plus importante, sans déficit d’état, des marges entreprises en hausse, le plaisir de travailler dans une France plus dynamique et conquérante…

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Jean-Baptiste Le Roux

Jean-Baptiste Le Roux est journaliste. Il travaille également pour RCF où il est en charge de l'actualité sur web. Il a travaillé pour Perspective Entrepreneurs, Jalons, Causeur et Valeurs Actuelles avec Basile de Koch avant de rejoindre Economie Matin, à sa création, en mai 2012. Il est diplômé de l'Institut européen de journalisme et ancien membre de l'Association des Journalistes de Défense.