ICO, tokens : la levée de fonds sur la blockchain

3 mlliards $
Les ICOs représentent trois milliards de dollars à travers le monde.

Jeudi 9 novembre a eu lieu à Paris la première grande conférence en France sur les ICO et les tokens, un nouveau type de placements financiers. De quoi s’agit-il ?

Organisée au Palais Brongniart par Largillière Finance, DS Avocats et Finance Innovation, la conférence faisait le point sur ce nouvel actif financier. Le terme ICO (Initial Coin Offering) fait référence à IPO (Initial Public Offering), le terme anglais pour désigner l’introduction en bourse.

Dans l’ICO, ce qui est « offert » ce sont des tokens (jetons en français) un actif numérique. Mais attention, le token n’est pas une part du capital de l’entreprise, comme c’est le cas dans l’introduction en Bourse, il s’agit d’un droit d’usage du service de l’entreprise, un bon d’achat en quelque sorte. Si l’entreprise lance un service de cloud, l’acheteur de token pourra s’offrir ce service. Mais l’intérêt de l’affaire, c’est que l’on peut aussi échanger ces tokens sur une place de marché contre des monnaies numériques, principalement des bitcoins. Il s’agit donc également d’un actif financier ! Un token est un objet numérique double : un bon d’achat de l’entreprise émettrice, et un actif financier.

Les tokens sont émis en nombre limité et ils ne sont pas falsifiables. Cette intégrité du processus est possible parce qu’ils sont gérés sur la blockchain (celle d’Ethereum pour la plupart), une structure décentralisée et transparente. Les ICOs sont la première « killer app » de la blockchain (pour plus d’infos on consultera le site icomentor.net).

Pour l'entreprise qui lève des fonds, l'ICO permet de s'affranchir des lourdeurs des levées de fonds traditionnelles, que ce soit le capital risque (qui nécessite d'avoir des contacts, qui prend tu temps), ou l'introduction en Bourse (un processus lourd et coûteux). L’autre avantage fondamental est qu’il n’y a aucune dilution, les actionnaires lèvent de l’argent sans que leur part détenue dans le capital de l’entreprise ne diminue.

Du côté des investisseurs, l'ICO permet d'investir dès le début, dès que l'entreprise lance son produit. Avec les ICOs, n'importe qui peut décider d'investir une somme modeste dans une startup dont il croit au business model. L'ICO démocratise comme jamais auparavant le capital-risque, elle abolit la frontière entre les investisseurs professionnels et Monsieur Toutlemonde.

Les premières ICOs ont commencé en 2014, mais c’est cet été que les montants ont explosé, avec plus de 3 milliards de dollars levés à travers le monde. Au début de nombreux opportunistes en ont profité pour récupérer de l’argent sur la base d’un projet flou monté en quelques jours, mais le marché semble devenir plus adulte, même s’il faut se méfier des arnaques. Néanmoins, il s’agit incontestablement d’un nouvel outil très efficace pour permettre le financement de startups. Il montre aussi comment la blockchain s’infiltre dans l’économie et en change profondément les règles. Et ce n’est qu’un début.


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Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com