L'impact réel de la politique fiscale sur le tabac

30 %
En Belgique, le prix du tabac est 30% moins élevé qu'en France.

Depuis 2017 et l’instauration de la trajectoire fiscale qui conduira le prix minimum du paquet de cigarettes à 10 euros en novembre 2020, tous les 6 mois, c’est une tradition : le fumeur débourse un peu plus à chaque passage chez son buraliste.

Sous couvert d’une stratégie de santé publique de lutte contre le tabagisme, qui semblerait marcher chez nos voisins anglais (il vous en coûtera 13£, soit plus de 15€ pour un paquet de 20 cigarettes), ce sont essentiellement les français les moins aisés, où le pourcentage de fumeurs est le plus important, qui en pâtissent directement.

Il suffit de se rendre dans le Nord de la France, à quelques minutes de voiture de Dunkerque, pour s’en rendre compte. De l’autre côté de la frontière, une zone commerciale flambant neuve accueille des supermarchés du tabac. Sur quelques dizaines de mètres, 10 de ces boutiques spécialisées proposent aux clients des cartouches de cigarettes, des « seaux » de tabac à tuber en format géant (jusqu’à 1kg), mais aussi de l’alcool, des chocolats ou des parfums. Le tout, à des prix défiants toute concurrence par rapport à la France.

Sur les parkings, les plaques d’immatriculation ne sont pas belges, mais, à 95%, françaises. Les départements 59 et 62 sont très largement représentés. Les coffres se remplissent.

Pour Jimmy, responsable d’un point de vente « Stop & Shop » : « C’est le 6 du mois qu’il y a le plus de monde. Dès l’ouverture, il y a la queue. Que des français, qui viennent de Dunkerque, de Calais, ou de plus loin. Ils viennent avec des espèces dans des enveloppes, et achètent du tabac pour la famille et les amis. »

Avec des prix 30% moins élevés en Belgique qu’en France, de nombreux frontaliers viennent régulièrement s’approvisionner en tabac de l’autre côté de la frontière. Certains en font même commerce.

« C’est ce qu’on appelle le trafic de fourmis », selon Basile Vezin, porte-parole de Seita. « Des particuliers, souvent retraités, passent de l’autre côté de la frontière pour acheter des cartouches moins chères, qu’ils vont revendre à leur entourage en France en se faisant une petite marge. Ils profitent bien souvent des transports gratuits, comme le TER à Nice, pour faire des allers-retours. Parfois même plusieurs fois par jour. »

En 2019, 32% des français fumaient, quotidiennement ou occasionnellement. Si une baisse de 1.7 million de fumeurs a été annoncée en mai dernier, incluant les vapoteurs, le taux de prévalence tabagique semble stagner. Selon les chiffres de l’étude KPMG (financée par l’industrie du tabac), 30% des cigarettes consommées en France ne proviennent pas du réseau des buralistes. Un chiffre en légère augmentation par rapport à 2018 qui génèrerait un manque à gagner de plus de 5 milliards d’euros de recettes fiscales pour l’Etat français.

Loin de faire reculer franchement le nombre de fumeurs, l’augmentation successive du prix du tabac pénaliserait surtout les classes les moins favorisées et l’Etat.


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