Industrie 5.0 : le nécessaire retour de la dimension humaine

1,9 MILLIARD €
Le marché des cobots pourrait peser 1,9 milliard d'euros en 2021.

Réinjecter de l’humain dans la production industrielle : c’est l’engouement que l’on constate actuellement à l’échelle mondiale, avec la création d’usines intelligentes et le développement de l’IoT (“Internet of Things” ou Internet des objets). Cette tendance porte un nom : l’Industrie 5.0 ou les industries collaboratives. Décryptage d’un marché en forte progression.

Pas de personnalisation sans “humain”

Le marché évolue, et avec lui les attentes des clients, toujours plus pointues alors qu’ils exigent toujours plus de personnalisation dans les produits et les services qu’ils achètent, comme c’est par exemple le cas dans le secteur automobile.

Cette reconfiguration de la demande impose aux entreprises un redéploiement de la créativité humaine : selon un sondage mené par Accenture Consulting, 85 % des fabricants considèrent ainsi que la “main d’œuvre” connectée” sera, si ce n’est pas la norme, du moins courante dans leurs processus de production d’ici à 2020.

Car les robots peuvent être excellents dans la fabrication de produits standards, dans les processus normalisés ou lorsqu’un volume de production élevé est en jeu. Seulement, le vrai défi est ailleurs, avec l’ajout de ce “petit truc en plus” qui rend chaque produit unique et adapté au besoin d’un consommateur en demande de personnalisation. A cette fin, les robots ont besoin de conseils. Et donc que de l’humain soit réinjecté dans les processus de fabrication.

Les robots collaboratifs, une solution d’avenir ?

La créativité humaine a une influence évidente sur les processus déployés par les entreprises : c’est uniquement sur la base de cette créativité que l’automatisation peut être poussée à son plein potentiel dans les processus de production.

On s’en doute, une production automatisée qui repose sur des robots industriels traditionnels se contentera d’exécuter ce qu’on lui a demandé, et ce, le plus souvent, après des efforts longs et intenses en matière de programmation. Or, il émerge un nouveau paradigme dont la progression est fulgurante : le “cobot” ou robot collaboratif. Ainsi, selon l’étude du cabinet Technavio, ce marché émergent devrait connaître un taux de croissance annuel moyen de plus de 60 % entre 2017 et 2021 : il pourrait atteindre au terme de cette période une valeur de pas moins de 2,1 milliards de dollars, soit 1,9 milliard d’euros.

La croissance du marché des robots collaboratifs s’explique en premier lieu par la demande grandissante des PME : elles les considèrent comme une réponse à l’augmentation des coûts de main d’oeuvre. Les “cobots” présentent également l’atout non négligeable de travailler en partenariat avec les êtres humains. Machines et individus sont ainsi des entités qui se complètent et développent ensemble : le robot prépare le produit à l’intention de l’homme, lequel lui ajoute ce “petit truc en plus”.

De cette manière, l’employé a la capacité d’utiliser le “cobot” comme un outil multifonctionnel au service de sa créativité : il n’est pas conçu pour remplacer la main d’œuvre humaine, mais bien pour prendre en charge à sa place les tâches difficiles ou dangereuses. Les employés, pour leur part, sont en mesure de mettre à profit leur créativité et de dédier leur activité à des projets plus complexes, présentant une valeur ajoutée propre à booster la performance de l’organisation.

Ainsi, chez Paradigm Electronics (Toronto, Canada), un robot UR10 travaille aux côtés d’un employé qui polit des enceintes de haut-parleurs. « Les robots collaboratifs sont une nouvelle technologie permettant la collaboration d’un humain et d’un robot dans le même espace de travail. Ils travaillent de manière complémentaire sur des opérations où ils peuvent interagir en toute sécurité : l’opérateur peut vérifier si le robot effectue une quantité de travail suffisante avant que le polissage final ne lui soit transmis. C'est un travail main dans la main », explique ainsi John Phillips, le directeur principal des services de production chez Paradigm.

Pour que la collaboration soit optimale, il est bien sûr nécessaire de doter les robots collaboratifs de caractéristiques clés : flexibilité, facilité de la programmation, sécurité et fiabilité. Une fois ces conditions réunies, une véritable collaboration entre humain et robot peut émerger et prospérer.

L’Industrie 5.0, un allié de poids dans la compétitivité

Sur la base des postulats présentés, les usages qui peuvent être faits des robots collaboratifs sont infinis. Ils peuvent plonger dans les profondeurs sous-marines pour récupérer des trésors archéologiques, ou être envoyés dans des zones d’exclusion pour décontaminer des déchets nucléaires : tout est possible, et tout reste à créer. Les robots sont des outils souples et multifonctionnels qui, grâce à la technologie, peuvent être utilisés comme les avatars des êtres humains pour développer et exécuter des tâches jusque-là impossibles.

Les connaissances permettant cette collaboration entre humain et robot existent : reste à les utiliser. Car la robotisation sera une alliée de poids pour la compétitivité des entreprises de tous secteurs : elle augmente la productivité sans nécessairement impacter le marché de l’emploi. Ce sont en tout cas les conclusions du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) : selon son rapport “Automatisation, numérisation et emploi”, publié en janvier dernier, moins de 10 % des emplois risquent de disparaître en France, à l’image d’autres pays de l’OCDE, du fait de l’automatisation et de la numérisation.

 En empruntant la voie de la robotisation collaborative, la France pourrait donc assister à une mutation des métiers plutôt qu’à leur disparition. Exactement comme en Allemagne, le pays qui revendique à ce jour le plus de robots en Europe et qui frôle par ailleurs le plein emploi, avec un taux de chômage deux fois inférieur au nôtre.


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