N'oublions pas les exclus de notre société

1 %
1 % des européens détiennent le tiers des richesses de l'Europe

Depuis six ans, les mesures anticrise protègent la finance et accroissent la pauvreté

René Lenoir avait inventé ce terme des "exclus" en 1974 pour décrire ces pans abandonnés de notre société et de notre territoire. A l’époque, 10% lui semblait déjà tellement énorme qu’il avait voulu provoquer le sursaut nécessaire vers le « plus jamais ça ». Aujourd’hui, ce chiffre a quasiment doublé. La France s’est installée dans son « Quart Monde » avec une splendide ignorance et une immonde lâcheté.

Et pourtant l’Oxfam nous apprend que l’Europe connait en 2017 des taux intolérables de pauvreté et d’inégalité. Au lieu de privilégier les citoyens, les actions ont privilégié les élites fortunées. Bien pire, les mesures d’austérité n’ont frappé que les plus modestes. Pour les « zurbains »dans leur bulle,  et les bobos, leur fascination pour Obama est irréaliste alors que depuis 2009, jamais la pauvreté n’a autant frappé les USA avec ce chiffre terrible d’un enfant sur deux dans la pauvreté, encore aggravé chez les noirs et les hispaniques. En France, 3 millions d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté, du jamais vu selon l’UNICEF.

123 millions de citoyens européens vivent dans la pauvreté, ce qui représente 1/4 de l'Europe. 50 millions de personnes sont exposées à des risques sanitaires graves du fait de la précarité énergétique en hiver. Martin Schulz, président du Parlement européen relève que 10% des ménages européens sont des travailleurs pauvres, c'est à dire qu'ils n'ont même pas un niveau de vie décent alors qu'ils ont un travail. La plupart des salariés de base touchent un revenu inférieur à celui qu'ils percevaient en 2009,  au début de la crise.

De nombreux travailleurs précaires, exclus des statitiques du chomage, vivent en fait dans la pauvreté deux semaines par mois, en ayant recours aux banques alimentaires et secours  sociaux, comme le cite par exemple au Royaume uni le Trussell Trust. Entre 2009 et 2013, 7.5 millions de personnes supplémentaires sont passées en privation matérielle aigüe, le dernier stade de la pauvreté. Au Royaume Uni, aux Pays Bas, 75% des chefs d'établissements scolaires rencontrent des situations graves de pauvreté chez leurs élèves:  Les enfants viennent souvent me voir pour me dire "j'ai très faim". Ilsn'ont pas mangé chez eux, et n'ont aucun en-cas sur eux. Ils doivent tenir ainsi, sans nourriture. L'hiver, ils portent des vestes trop légères et des chaussures trop grandes. Ils ont les ongles sales et mauvaise haleine. » le médiateur neerlandais remarque: "Au Pays Bas, un enfant sur neuf vit en dessous du seuil de pauvreté. Cela correspond à 380 000 enfants, soit 3 enfants dans chaque classe de 30 élèves en moyenne. Ces enfants ont souvent honte de leur situation et préfèrent la solitude (par exemple, ils n'invitent aucun camarade chez eux)."

Transfert des créances privées vers la dette publique

Encore plus grave : Le programme des marchés financiers à l’Université de Columbia nous apprend que « les mesures d'austérité qui ne s'accompagnent pas d'une réduction opportune de la dette engendrent d'importantes récessions. En outre, elles transfèrent les coûts des créanciers aux débiteurs et des créanciers privés aux acteurs publics. » (Griffith-Jones).

C’est exactement ce qui se passe en France aujourd’hui.  Michel Pebereau, l’ancien Président de BNP Paribas hurle au désastre avec la seule dette apparente de l’État à 100% du PIB. Il semble ignorer que la dette de l’État seul n’est pas la dette publique de la France et que divers artifices en ont caché l’essentiel depuis 10 ans, pour en porter le véritable montant à près de 250 % du PIB, soit 5200 milliards. Toutes les casseroles de l’État, et elles sont nombreuses, ont été logées dans des structures annexes qui dépassent désormais la dette centrale.

Et pourtant une étude de l'OCDE qui inclut 20 pays de l'UE révèle qu'en Italie et au Royaume-Uni, le taux de croissance cumulée aurait été 6 à 9 % plus élevé si les écarts de revenus ne s'étaient pas creusés. José Samarago, Prix Nobel, résume la situation:

"La concentration des richesses confère aux élites économiques le pouvoir et la possibilité d'exercer un lobby et de s'imposer sur l'échiquier politique européen. Ce phénomène crée un cercle vicieux où ces élites influent sur l'élaboration des politiques et les réglementations pour servir leurs intérêts, ce qui génère souvent des politiques qui nuisent aux intérêts du plus grand nombre, creusent les inégalités et renforcent le pouvoir des élites.Le cumul des richesses est directement lié au pouvoir"

Le poids des lobbies à Paris et à Bruxelles

Le nombre de milliardaires a doublé dans la même période. Le Crédit Suisse nous apprend que 1% des européens détiennent le tiers des richesses de l’Europe. D'après l'Observatoire européen des entreprises, le lobby financier a dépensé sept fois plus que les syndicats et les organisations de la société civile sur les réglementations européennes après la crise.

Une étude de 2013 de Transparency  démontre que la majorité des citoyens européens sait que leur gouvernement privilégie les intérêts particuliers d'une minorité. Cela se vérifie particulièrement dans les pays qui souffrent le plus des suites de la crise financière mondiale, avec plus de 80 % des citoyens en Grèce, 70 % en Italie et 66 % en Espagne.


A découvrir


Ludovic Grangeon

Ludovic Grangeon est expert conseil en assistance aux entreprises et services publics, partenaire de plusieurs réseaux d’expertise en management et innovation sociale de l'entreprise. Fondateur de l'axe «Entrepreneuriat de l'économie sociale» à l'ESDES Lyon, également membre du comité stratégique national Afnor management et services, il participe régulièrement aux Journées de l’Economie.

Il a successivement exercé dans l'aménagement du territoire, les collectivités locales, en France et auprès de gouvernements de pays émergents, Maghreb, Amérique Latine, Asie, puis à la Caisse des Dépôts et Consignations, direction générale Paris (affaires internationales et recherche) et en région, gérant de portefeuille industriel dans un groupe international de capital risque, ensuite Président et Directeur Général de sociétés Veolia/Dalkia énergie région Sud Est, expert inspecteur auditeur Afnor/Communauté Europénne, puis secrétaire Général du GIE Agirc Arrco.