L'inflation ou la spoliation des épargnants

1,9 %
L'inflation en août 2021 a atteint 1,9% sur un an en France.

« Pouvoir d’achat : l’inflation va-t-elle faire son grand retour ? » (L’Express, 30/08) ; « La France encore à l’abri d’une spirale inflationniste » (Les Echos, 31/08) ; « L’inflation se réveille » (Le Parisien, 03/09) ; « Avec la pandémie, l’inflation fait un retour marqué » (Capital, 08/09) ; « L’inflation est de retour en France : qu’est-ce que cela change ? » (Le Journal du Dimanche, 10/09) ; etc.

Depuis quelques semaines, les médias mettent à nouveau le thème de l’inflation à la une, soit pour affirmer son retour, soit pour nier son existence ; soit pour s’en inquiéter, soit pour s’en féliciter. Quoi qu’il en soit, il semble bien que les journalistes aient au moins une douzaine d’années de retard sur la réalité ! Rien d’étonnant puisqu’ils sont, en général, nuls en économie.

L’inflation est un impôt déguisé

Ils confondent, en effet, hausse des prix et inflation. S’ils sont étroitement liés, les deux phénomènes ne doivent cependant pas être confondus. La hausse des prix est une conséquence de l’inflation, son effet le plus visible. L’inflation, elle, est un accroissement excessif des instruments de paiement.

Accroître la quantité de monnaie en circulation est procédé vieux comme le monde. Il est officiel dans la Zone euro au moins depuis 2009, après la crise des subprime, et s’est développé à grande échelle depuis que Mario Draghi a développé son programme de quantitative easing en 2015. Christine Lagarde lui a emboîté le pas à l’occasion de la crise sanitaire.

Si le sujet de l’inflation réapparaît aujourd’hui sur le devant de la scène, c’est parce que la hausse récente des prix après de longues années de stagnation interroge. En effet, alors que la quantité de monnaie a été multipliée par presque 150% en vingt ans, les prix, eux n’ont augmenté que de 35%.

On pensait donc que la hausse des prix était définitivement derrière nous et qu’était advenu, tout aussi définitivement, le doux règne de la « monnaie hélicoptère ». C’était oublier un peu vite toutes ces hausses sur les marchés financiers (par exemple, +2 222% pour l’action Hermès à Paris en 20 ans), sur le marché de l’immobilier (+200% à Paris), ou sur celui de l’art (+340%), etc., non mesurées par l’indice des prix.

Aujourd’hui, sur fond de pénurie de matières premières et de produits de base, la hausse des prix apparaît dans les indices et inquiète car certains se souviennent que l’inflation n’est ni plus ni moins qu’un impôt déguisé. Elle permet à l’Etat de rembourser ses dettes en monnaie dévalorisée.

Cette baisse de la valeur de la monnaie a des conséquences pour tout citoyen. Si l’inflation est de 5% cette année et que vos revenus n’ont augmenté que de 2% au cours de la même période, votre pouvoir d’achat a baissé et vous vous êtes appauvri. Idem si vous êtes retraité et que votre pension n’est pas indexée sur l’inflation.

Des conséquences néfastes pour l’épargnant

L’inflation a aussi de multiples conséquences pour l’épargnant.

Première conséquence, l’inflation fait mécaniquement diminuer votre épargne. Si elle est de 5%, le pouvoir d’achat de votre argent diminue de 5%, sauf si votre épargne vous rapporte davantage que 5%, impôts et prélèvements divers compris.

Deuxième conséquence, l’inflation fait augmenter les impôts. Par exemple, l’abattement de 100 000 € pour les successions en ligne directe n’a pas été revu depuis 10 ans. Si sur cette période l’inflation n’a été que de 1% par an, cela signifie qu’en réalité vous ne pouvez plus transmettre que 90 000 €. Imaginez ce que devient ce montant si l’inflation s’emballe !

La démonstration vaut pour les abattements sur les intérêts et sur le capital-décès de l’assurance-vie (inchangés depuis plus de 20 ans).

Troisième conséquence, l’inflation entraîne le mal-investissement. Les entrepreneurs sont illusionnés par la création de liquidités déconnectée de l’épargne réelle et prennent de mauvaises décisions. Cela a des conséquences sur l’ensemble du système économique et, bien sûr, sur l’épargnant, lui aussi, illusionné, qui a peut-être investi dans les mauvaises entreprises et se retrouve fort marri quand l’illusion disparaît.

Comment protéger votre épargne ?

Dans un tel contexte, il est difficile de prendre les bonnes décisions. Cependant quelques règles simples peuvent être rappelées.

Tout d’abord, il semble judicieux de ne pas laisser votre argent sur un compte à vue. De même, il paraît sage de fuir les livrets A, LDDS, LEP, livrets jeunes et autres livrets bancaires, sinon pour y placer quelques liquidités dont vous pourriez avoir besoin à court terme. Le fonds en euros de votre assurance-vie et les obligations faiblement rémunérées (moins que l’inflation) ne sont pas non plus recommandés.

En Bourse, les entreprises qui ne peuvent pas ajuster leurs prix et voient ainsi leurs marges se réduire pourraient voir leur cours baisser. Elles sont donc à éviter. Mieux vaut, à l’inverse, privilégier les valeurs qui ont la capacité à ajuster rapidement leurs prix comme celles du luxe ou celles en situation de quasi-monopole.

On peut aussi s’intéresser aux entreprises dont les coûts n’augmentent pas avec le chiffre d’affaires (on pense à ces entreprises qui fournissent des services gratuits sur internet financés par de la publicité), mais aussi aux sociétés qui ont fait de gros investissements dans les années passées et qui vont maintenant en recueillir les fruits.

Un passage en revue de votre portefeuille s’avère donc indispensable. N’hésitez pas à vendre les valeurs qui pourraient pâtir du nouveau contexte pour les remplacer par d’autres.

En matière d’immobilier, la prudence s’impose. Plusieurs paramètres sont à prendre en compte. Il est vrai que les loyers sont généralement indexés sur le coût de la vie. Par conséquent, si vous louez un bien, votre pouvoir d’achat s’en trouve protégé. Acheter un bien immobilier en empruntant à taux fixe peut également être une bonne affaire puisque votre crédit vous coûtera de moins en moins cher.

En revanche, ceux qui sont déjà propriétaires pourraient subir une dévalorisation de leur bien si les taux de crédit immobilier remontent et font baisser le prix des logements. La donne diffère donc selon votre situation. Mais n’oublions pas que l’immobilier est, par essence, un placement de long terme et qu’il convient de considérer cette durée avant toute décision.

Il peut également être pertinent de s’intéresser aux matières premières ou au marché de l’art, à celui des voitures de collection, ou encore à la forêt dans un souci de diversification.

Mais, bien évidemment, épargner en dehors des monnaies officielles est le meilleur moyen de se protéger de la politique inflationniste des banques centrales.

L’or, bien sûr, traditionnelle valeur refuge, et les cryptomonnaies offrent cette possibilité. N’oublions pas cependant qu’ils ne produisent aucun revenu. Seule la hausse future de leur cours – au-delà de l’inflation – rendra votre investissement rentable. N’oublions pas non plus que ces valeurs peuvent baisser, n’y placez donc pas toutes vos économies !

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Patrick Coquart

Patrick Coquart est rédacteur et essayiste. Il collabore avec plusieurs think tanks sur des questions d’économie et de politiques publiques. Par ailleurs, il prête sa plume à des entreprises pour les aider à produire des contenus éditoriaux originaux (études et rapports, livres blancs, etc.). Auparavant, il a travaillé dans une organisation patronale puis un organisme paritaire avant de rejoindre le secteur du conseil en management, ressources humaines et relations sociales.