En Afrique, trop peu d'infrastructures et de médecins mais des bonnes volontés

Le droit à la santé est un droit inaliénable – en Afrique comme ailleurs. Un droit corrélé à l'accès à des structures et personnels médicaux de qualité. Or le continent africain manque cruellement d'infrastructures sanitaires adéquates, ainsi que de personnel soignant. La conséquence d'un sous-investissement chronique et d'une explosion démographique, la population africaine devant même doubler d'ici à 2050 et passer de 1,2 milliard d'habitants en 2017 à 2,5 milliards.

Plus de médecins béninois en Ile-de-France qu'au Bénin

Les indicateurs donnent la mesure de cette décorrélation entre population et offre de soins. Alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise un ratio de 7 médecins et 30 lits d'hôpital pour 10 000 habitants, l'Afrique subsaharienne n'en compte respectivement qu'un et et 10. Dans la même région, les dépenses de santé restent dix fois inférieures à la moyenne mondiale. L'espérance de vie est inférieure de 14 ans à la moyenne. Un Africain a deux fois plus de chances de mourir à la naissance qu'un autre habitant de la Terre.

Selon une étude récemment parue dans la prestigieuse revue The Lancet, les complications post-opératoires touchent un patient africain sur cinq. Rien d'étonnant, alors que le continent compte 0,7 spécialiste (chirurgien, obstétricien, anesthésiste, etc.) pour 10 000 habitants, contre 20 à 40 recommandés. Enfin, malgré un profil à faible risque en raison du jeune âge des patients, et des interventions moins lourdes qu'ailleurs dans le monde, les patients africains sont deux fois plus susceptibles de mourir après une opération chirurgicale que la moyenne mondiale.

Les Etats africains se sont pourtant engagés, en signant l'accord d'Abuja en 2001, à allouer 15% de leur budget au secteur de la santé. Dix-sept ans après, aucun n'a atteint ce seuil, et ce même si les dépenses publiques par habitant sont passées, en moyenne, de 70 à 160 dollars. Un montant cependant dérisoire, qui contraint nombre d'Africains à rechercher à l'étranger des soins qu'ils ne trouvent pas dans leur propre pays.

Les patients ne sont pas les seuls à se rendre à l'étranger. Les professionnels de santé, au premier rang desquels les médecins, participent à une véritable fuite des cerveaux au détriment de l'Afrique. Alors que les pays développés manquent de personnels soignant, ils attirent ceux en provenance du continent, qui est devenu un véritable « centre de formation » pour les pays du Nord. Et ce alors que les 47 pays d'Afrique subsaharienne ne comptent que 168 facultés de médecine.

Conséquence, il y a désormais plus de médecins béninois travaillant en Ile-de-France qu'au Benin. Plus de sept médecins formés au Mozambique sur dix, et plus de trois infirmières du Zimbabwe sur dix, exercent à l'étranger. Quant aux écoles de médecine africaines, elles ont perdu de 10% à 18% de leur corps enseignant au cours des cinq dernières années. En tout, il manquerait 4,2 millions de médecins au continent africain.

Des pistes pour remédier au manque d'infrastructures

Des solutions existent pourtant, notamment afin de remédier au manque d'infrastructures médicales. Le développement des partenariats public-privé (PPP) est l'une d'entre elles. Les entreprises privées peuvent, en effet, être efficacement appelées à financer les infrastructures sanitaires, leur équipement et leur gestion. Une manière de partager les risques et les responsabilités, qui peut se décliner selon plusieurs modalités.

Les partenaires privés des autorités publiques peuvent ainsi assurer le fonctionnement efficace des structures médicales. Les gouvernements africains peuvent aussi mettre à disposition du secteur privé leurs infrastructures et équipements sanitaires, afin d'améliorer leur performance et leur gouvernance. Enfin, les entreprises privées peuvent financer la construction d'infrastructures de base et les transférer aux gouvernements, tout en conservant la gestion privée des services.

D'autres pistes existent. A commencer par le renforcement de l'offre de formation sur le continent, aboutissant sur des diplômes lisibles et comparables entre eux. Une expérience d'harmonisation des programmes a d'ailleurs débuté dans l'espace Cedeao. Renforcer la mobilité des professionnels de santé constitue une autre piste : pourquoi ne pas créer un programme d'échange sur le modèle d'Erasmus, appliqué aux étudiants et professeurs d'Afrique ?

En Côte d'Ivoire, Dominique Nouvian Ouattara va inaugurer un nouvel hôpital 

En Côte d'Ivoire, les choses avancent. A Bingerville, un hôpital mère-enfant est sur le point d'ouvrir ses portes. D'une superficie de 16 000 mètres carrés, l'établissement disposera de plus de 120 lits. Ses très nombreuses spécialités pédiatriques seront soutenues par un plateau technique de pointe, un laboratoire d'analyse médicale, un service d'imagerie et sept blocs opératoires. L'hôpital, privé et à but non lucratif, devrait être inauguré en mars 2018, et accueillera quelque 475 professionnels, ainsi que des étudiants.

Pour Dominique Ouattara, l'épouse du président ivoirien et principale instigatrice de l'opération, « l'hôpital Mère-Enfant de Bingerville a été conçu dans le but de fournir aux mamans et à leurs enfants les soins spécifiques dont ils ont besoin. (…) Je me suis engagée, par le biais de la Fondation Children of Africa (dont elle est présidente), à construire cet établissement qui soulagera grandement les populations non seulement de Côte d'Ivoire mais aussi de toute la sous-région ».

D'autres infrastructures verront prochainement le jour au sein du pays : ainsi d'un nouveau centre de radiothérapie, qui sera fonctionnel à partir de la fin janvier ; de l'hôpital général d'Angré, transformé en Centre hospitalier universitaire, inauguré le 15 décembre dernier par Alassane Ouattara ; ou encore du centre de médecine nucléaire, qui sera ouvert au cours du premier semestre 2018, ou des dix cliniques mobiles qui ont été déployées sur le territoire ivoirien l'été dernier.


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