L'intelligence artificielle peut révolutionner l'emploi

200 000
Nous voulons former 200 000 jeunes dans le monde d'ici 2018.

Un entrepreneur social finaliste du Google Impact Challenge France explique sa démarche pour révéler le potentiel de millions de jeunes aux entreprises.

« Ne vous souciez pas pour moi, Monsieur, je vais me débrouiller ; je ne sais pas comment, mais je vais me débrouiller. » Son nom était Prakash. Un large sourire, le regard vif, la démarche légère, il était entré dans mon bureau ce jour-là parmi les dizaines de candidats que nous rencontrions quotidiennement. Objectif : recruter à New Delhi 180 employés en trois semaines pour une nouvelle fabrique de verre à Dubaï.

A ma question « pourquoi souhaitez-vous rejoindre notre entreprise à Dubaï ? », il avait répondu, dans un anglais approximatif : « Je serais fier, Monsieur, d’être sélectionné pour quelque chose pour la première fois de ma vie. Je serais surtout fier de pouvoir soutenir mes parents, ma tante et les enfants de ma sœur. Si je les rends heureux, alors je suis heureux. C’est cela ma mission. »

Notre entretien de 20 minutes m’a permis d’évaluer que, comme 90% des candidats que nous rencontrions, il ne maîtrisait pas les prérequis indispensables pour entrer dans l’entreprise, y compris raisonnement logique, capacité de compréhension des textes sur la règlementation et les procédures, capacité de résoudre des problèmes simples, attention aux détails, persévérance ou encore confiance en soi. Plus généralement, Prakash avait besoin d’apprendre à apprendre.

J’étais déçu et triste. Il avait mon âge. Je venais d’avoir 26 ans. J’étais convaincu qu’il méritait ce type d’emploi. Je savais qu’avec une formation adaptée, il aurait pu devenir un collaborateur précieux pour notre entreprise. Mais nous n’offrions aucune formation et il nous fallait être opérationnels en trois mois.

C’était en 2012. Deux ans plus tard, j’ai quitté mon emploi, la phrase de Prakash dans la tête : « Si je les rends heureux, alors je suis heureux. C’est cela ma mission. » Ma mission à moi, elle était toute trouvée : donner aux jeunes gens du monde entier les outils indispensables pour accéder aux emplois en entreprise.

J’ai rencontré une cinquantaine d’entreprises en Asie, en Afrique et en Amérique Latine pour mieux comprendre leurs besoins. Elles ont confirmé combien les difficultés de recrutement heurtent leur productivité. Puis je suis parti au Bengladesh pour convaincre Pr. Mohammad Yunus, Prix Nobel de la Paix, de s’associer au projet, ce qu’il fait désormais à titre de Président d’Honneur de Y Generation Education.

Dans les années 1970, Yunus a fait un pari fou. Il s'est dit : on va consentir des prêts à des gens considérés comme insolvables, ils vont se garantir les uns les autres et notre modèle économique va être viable et indépendant de toute subvention. Il a ainsi montré au monde qu’il est possible de créer des modèles économiques viables à très fort impact social. Il a appelé cela l’entreprise sociale.

Avec Y Generation Education, j'ai déclaré : on va former les jeunes adultes (16-30 ans) considérés comme inadaptés au marché de l'emploi, ils vont utiliser notre plateforme technologique, apprendre à s'enseigner les uns les autres et vont devenir des talents recherchés par les entreprises.

La ténacité de Yunus pour aller au bout de sa vision contre vents et marées, en s'opposant parfois aux plus grands y compris la Banque Mondiale, m’inspire chaque jour. Il a accepté de devenir Président d'Honneur de Y Generation Education parce qu'il a considéré que le projet pouvait avoir un impact social majeur à très grande échelle. Il prend part aux décisions d'ordre stratégiques, lors de nos points bi-mensuels, et m'aide ponctuellement entre deux.

Notre système d’éducation en ligne a été développé en partenariat avec la société américaine CSMLearn. Basé sur une technologie de pointe d’intelligence artificielle, il permet d’enseigner les compétences fondamentales et socio-émotionnelles en s’adaptant à chaque participant. Il est complété par un coaching personnel issu des techniques de neurosciences.

Nous avons commencé cette année à tester notre programme au Brésil avec Renault et Casino. Et nous avons la chance d’avoir été sélectionnés parmi les dix finalistes de Google Impact Challenge. Si nous figurons parmi les quatre projets qui recueilleront le plus de votes du public d'ici le 8 octobre, la bourse de 500.000 euros et le soutien technologique de Google nous permettront de finaliser notre technologie pour lancer véritablement notre programme au Brésil. Puis en France l’an prochain. Notre objectif est de former 200.000 jeunes dans les deux pays d’ici à 2018.

Yunus a longtemps été considéré comme un utopiste avant de devenir un visionnaire reconnu. Sa présence à nos côtés me conforte dans l’idée que le projet de Y Generation Education peut devenir une nouvelle démonstration du modèle remarquable de l’entreprise sociale, quels que soient les obstacles.


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Ludovic de Gromard

Après une formation à l'Essec - spécialisation entrepreneuriat social, et un MBA à l'IAE à Buenos Aires, Ludovic de Gromard commence sa carrière aux Emirats Arabes Unis, où il est en charge de la partie non technique du lancement d’une usine de production de bouteilles en verre, au milieu du désert, pour Saverglass. Cela l'amène à conduire 1200 entretiens en Asie et au Moyen-Orient (Inde, Philippines, Sri Lanka, Emirats etc.) pour recruter les 180 collaborateurs. C'est là qu'il expérimente les lacunes en compétences fondamentales des jeunes. Il part ensuite à San Francisco comme COO de Saverglass North America, suis des études de psychologie appliquée en parallèle, et découvre les technologies de learning dans la Silicon Valley. Il part rencontrer le Pr Yunus au Bangladesh en 2014 pour le convaincre de lancer avec lui Y Generation Education qui est aujourd’hui en finale du Google Impact Challenge pour une bourse de 500 000 euros, qui leur permettrait d'achever la technologie - bitly.com/voteyg -