Monstre, or et hérésie

8 %
Le prix de l'or a grimpé de 8% en 2019.

Il y a de nombreux parallèles entre les années 1970 et ce début de décennie 2020 – et ils n’augurent rien de bon pour l’avenir du dollar US.

« Franchement, notre pays est le meilleur au monde. Nous avons la meilleure économie au monde. Nous avons […] les meilleurs chiffres du chômage. Actuellement, nous avons presque 160 millions de personnes travaillant aux Etats-Unis, on n’avait jamais eu un tel chiffre… »

– Donald J. Trump

En monnaie réelle, les investisseurs des années 1970 ont perdu 92% de leur richesse boursière, avons-nous vu hier. Les prix sont restés constants en nouveaux dollars nominaux. En termes d’anciens dollars, ils se sont effondrés.

Qu’en pensez-vous ? Que conseillerions-nous à un jeune homme qui se lance dans la vie aujourd’hui : acheter des actions… ou acheter de l’or ?

En 1970, un jeune homme aurait fait 13 fois mieux en pariant sur l’or que sur les actions, au cours des 10 années suivantes. Nous nous demandions si les années 2020 seraient une redite…

Nouveau dollar

A l’époque, les autorités faisaient jouer l’inflation pour réduire la facture née de la désastreuse politique « du beurre et des canons » de Lyndon B. Johnson. L’inflation des prix à la consommation était basse depuis deux décennies. Au début des années 60, elle était à moins de 1,5%… à peu près là où elle est, officiellement, aujourd’hui.

Mais ensuite, elle a commencé à grimper, à 5,8% en 1970. Le reste du monde – qui détenait des milliards de dollars – a commencé à s’inquiéter. A raison.

Au lieu d’honorer sa promesse de rembourser les dollars US à 35 $ l’once d’or, l’administration Nixon a simplement « fermé la fenêtre de l’or » et créé une nouvelle devise… un dollar qui n’était lié à rien du tout. Les autorités pouvaient désormais imprimer autant qu’elles le voulaient.

Les investisseurs les plus rusés ont anticipé la manœuvre, mais pas de beaucoup. L’or était déjà grimpé à 40 $ l’once lorsque l’annonce a été faite, le 15 août 1971. Ensuite, le dollar a continué de chuter jusqu’à ce que, fin 1979, le métal jaune s’échange à 512 $.

De bien mauvais gardiens

Le Trésor US et les économistes qui le conseillaient – dont le Prix Nobel Milton Friedman – partaient du principe que le nouveau dollar serait tout aussi bon que l’ancien… et que ses gardiens, au Trésor, feraient attention de ne pas trop en imprimer.

Ils avaient tort. En 1973, les Arabes l’ont prouvé, augmentant de 300% le prix du pétrole simplement pour compenser la dépréciation du dollar.

Les autorités US dépensaient trop d’argent ; il fallut emprunter pour financer les déficits. Cela « prit la place » de l’épargne privée et ralentit l’économie. On baptisa la monstrueuse combinaison entre hausse des prix à la consommation et stagnation économique du doux nom de « stagflation ».

En 1974, ce monstre crachait du feu. Les prix à la consommation grimpaient au taux de 11%. Les autorités américaines, paniquées, construisirent des défenses. Elles créèrent le Congressional Budget Office (CBO), pour tenter de réconcilier leurs dépenses et leurs revenus.

Le CBO a peut-être été utile… ou pas. Quoi qu’il en soit… le monstre s’est déchaîné. La dette publique US s’est envolée, passant de 371 Mds$ en 1970 à 908 Mds$ en 1980. Cette année-là, le taux d’inflation atteignait les 14%.

Le taux d’inflation actuel, par contraste, est sous les 2%. Officiellement. Mais attendez un peu…

Inflation hédoniste

Dans les années 1990, les autorités américaines ont modifié leur méthode de calcul de l’inflation. Lorsqu’elles considéraient que la qualité d’un produit avait augmenté, elles en déduisaient que les acheteurs en avaient plus pour leur argent. Elles ont donc prétendu que les consommateurs avaient aussi un prix plus bas.

Si un nouvel ordinateur était 10 fois plus rapide que l’ancien modèle, par exemple, elles réduisaient le prix de 90% – alors même qu’il fallait payer tout autant pour le nouveau que pour l’ancien.

Comme vous pouvez l’imaginer, ces tours de passe-passe « hédonistes » ont considérablement réduit le « taux d’inflation ».

Mais John Williams, du site ShadowStats, continue de calculer l’inflation en utilisant la même formule que celle de 1980. Devinez à quel taux d’inflation il arrive pour l’an dernier ? 10%.

En d’autres termes, si on utilise le même indicateur, l’inflation est déjà plus élevée qu’elle l’était en 1970. Le prix de l’or – qui est également une bonne mesure de la véritable inflation des prix – a grimpé de plus de 8% l’an dernier aussi.

Les années 1970 se sont terminées sans krach des marchés boursiers. Mais après inflation, un actionnaire sortait de la décennie avec environ 7% de la richesse réelle qu’il possédait à ses débuts.

Les années 2020 ne pourraient-elles pas être similaires ?

Repérons les sottises

Inutile de le dire, « on ne sait jamais ce qui peut arriver ». Nous l’avons prouvé à maintes et maintes reprises avec nos propres suppositions et intuitions. Heureusement, le moyen de gagner de l’argent n’est pas de prédire l’avenir, mais de repérer les sottises.

« Trouvez la tendance basée sur un principe erroné », conseillait l’investisseur milliardaire George Soros, « et pariez contre ».

En gros, le principe erroné des années 1970 était le suivant : le nouveau dollar est aussi sain que l’ancien. Vous auriez pu multiplier votre argent par 13 rien qu’en pariant contre le nouveau dollar. Tout ce que vous aviez à faire, c’était acheter de l’or et tenir bon.

Et maintenant ? Le principe de base des années 2020, c’est sans doute que l’économie est en pleine forme. Les investisseurs semblent en être convaincus. La presse l’affirme. Et Donald Trump dit qu’elle va mieux que jamais.

Est-ce vrai ? Est-ce faux ?

Si c’est vrai, même les investisseurs qui se sont positionnés lors des récents plus hauts pourraient sortir gagnants. Si c’est faux, les années 2020 se révéleront être au moins aussi douloureuses que les années 1970 – et probablement pire encore.

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