Les Jardins du Château de Versailles défigurés par Anish Kapoor

7,5 MILLIONS
En 2013 7,5 millions de personnes ont visité le Château de Versailles.

Du 9 juin au 1er novembre, le plasticien Anish Kapoor installe plusieurs oeuvres dans les Jardins de Versailles, pour un résultat catastrophique.

Le Château de Versailles a pris l’habitude, depuis quelques années, de présenter des artistes contemporains, dans le palais ou dans le parc. Jeff Koons et ses baudruches multicolores placées dans les appartements royaux avaient suscité le scandale et les haut-le-coeur de nombreux visiteurs. Raison de plus pour continuer, n’est-ce pas, puisque la provocation constitue le dernier chic pour nombre de dirigeants d’institutions culturelles, à défaut d’avoir du fond, et cela semble être le cas pour Catherine Pégard, qui règne en ces lieux. Ancienne journaliste politique, elle doit surtout à son passage à l’Elysée sous Sarkozy sa nomination à cette prestigieuse présidence.

Soyons clairs : nous apprécions beaucoup le travail d’Anish Kapoor. Son Léviathan au Grand Palais en mai-juin 2011 avait fasciné, le public s’était déplacé en masse (300.000 visiteurs) pour voir cette immense structure gonflable qui remplissait pratiquement toute la nef. Le plasticien britannique d’origine indienne possède un vrai talent pour mettre en résonnance un espace ambiant avec ses installations (structures gonflables, miroirs incurvés, couleurs vives).

Dans les Jardins de Versailles, il s’agit d’autre chose : la perspective principale est gâchée par ce qui ressemble à un immense cornet acoustique… Non, il s’agit en fait, selon l’artiste, du "vagin de la reine prenant le pouvoir". 500 tonnes de pierre, 1000 tonnes de terre, Kapoor n’y va pas de main morte mais, pour défigurer l’admirable géométrie de Le Nôtre, il faut y mettre les moyens. Plus loin, un tourbillon comme on en voit tous les matins dans son lavabo a nécessité la construction d’une cuve de 9 mètres de large sur 6 de profondeur. On ignore si des brosses à dents et du dentifrice seront fournis aux visiteurs.

Voilà ce qui arrive lorsque l’on confie un lieu de prestige et d’histoire à quelqu’un dont la culture se limite au showbiz. L’art contemporain a trouvé depuis longtemps son audience et son équilibre économique, l’imposer au public qui vient à Versailles n’a aucun sens. On vient du monde entier pour admirer le palais de Louis XIV, mais la perspective des Jardins sera défigurée jusqu’au 1er novembre, date de fin de cette installation… en attendant la prochaine…


A découvrir

Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.