L'intelligence artificielle fera-t-elle gagner encore une fois Donald Trump ?

L’équipe de campagne de Donald Trump a fait appel à Data Propria, une société qui compte parmi son personnel au moins quatre ex-cadres de la firme Cambridge Analytica.

Le proverbe dit : « pourquoi changer une équipe qui gagne ? » C’est visiblement la stratégie adoptée par l’équipe de compagne de Trump pour les élections présidentielles à venir. Comme révélé par les médias américains, au moins quatre hauts cadres ayant travaillé pour Cambridge Analytica, sont désormais au service des Républicains en vue des élections de 2020.

Cette ancienne firme spécialisée dans le microciblage électoral, ayant été emportée par un énorme scandale de manipulation des élections présidentielles américaines de 2016, utilisait des algorithmes d’intelligence artificielle. Digne d’une enquête journalistique, le livre de Boussad Addad, « La face cachée de l’intelligence artificielle » (VA Editions, 2020), remonte jusqu’à l’origine de la maison mère de cette filiale, un certain groupe britannique du nom de SCL Group, en fouillant parfois dans les archives oubliées d’Internet. Spécialiste des opérations psychologiques et des terrains de guerre, ce groupe a revendiqué un rôle dans la manipulation des élections dans divers pays dans le monde comme le Nigéria en 2007 ou la Lettonie en 2006, deux exemples parmi beaucoup d’autres cités dans le livre. Les méthodes de SCL Group étaient basées sur la propagande avec des opérations d’ingénierie sociale directement sur le terrain. Mais Internet est passé par là et son nouveau canal favori était les réseaux sociaux. C’est donc sans surprise que SCL investist ce terrain en créant une filiale du nom de Cambridge Analytica avec le financement d’un certain milliardaire, Robert Mercer, un pionnier de l’intelligence artificielle de chez IBM, et l’aide du créateur du média d’extrême droite américain Breitbart, Steve Bannon.

La filiale est vite devenue un monstre en mettant la main sur une technologie mise au point en 2013 par un scientifique du Centre de Psychométrie de l’Université de Cambridge, un certain Michal Kosinski. Ce dernier avait d’ailleurs décliné l’offre quand un haut cadre de la nouvelle firme vient lui proposer des financements en contrepartie de son implication dans leur projet, car il avait vite compris la finalité. Brittany Kaiser, l’ancienne directrice de développement business chez Cambridge Analytica, cachée quelque part en Thaïlande pendant quelque temps par peur pour sa sécurité, confirme bien l’implication de sa société dans la compagne de Trump ainsi que celle du Brexit dans le cadre d’un projet baptisé « Alamo ». Elle dira même que « la technologie développée par Cambridge Analytica est tellement sensible qu’elle a été classifiée comme arme par les autorités britanniques et est donc soumise à autorisation pour l’export ».

Le livre « la face cachée de l’intelligence artificielle revient en détail sur toute l’affaire et montre comment cette firme britannique a probablement aidé à la manipulation des élections de 2016 et le Brexit en pratiquant du microciblage électoral en utilisant des algorithmes d’intelligence artificielle pour profiler pas moins de 220 millions de citoyens américains à leur insu en analysant leurs données collectées sur Facebook ou achetées via des data brokers. Cette manipulation de masse a également été confirmée plus tard par un acteur clé de toute l’affaire, Christopher Wylie, un ingénieur en intelligence artificielle très impliqué dans la création de Cambridge Analytica, devenu lanceur d’alerte. Il dira que “sans Cambridge Analytica, il n’y aurait eu ni Trump ni Brexit”. Sera-t-il de même pour les élections à venir avec Data Propria ? Une chose est sûre, aussi bien l’équipe de Biden que Trump mettent l’IA au cœur de leurs campagnes en usant d’applications mobiles très gourmandes en collecte de données comme avertissent certains médias américains. Le seul but est évidemment de réaliser le meilleur profilage possible pour mener un micro ciblage plus efficace. Et la guerre de la donnée ne fait que commencer…

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