L'Opéra de Paris publie son rapport annuel : bien, et difficile de faire mieux

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Les subventions de l'Opéra de Paris ont chuté de 10 % en cinq ans.

L’Opéra de Paris publie les chiffres détaillés de son activité. De bons résultats, mais la marge de progression demeure malheureusement limitée.

Comme les grandes entreprises cotées, l’Opéra de Paris publie son rapport annuel 2015-2016, une initiative qu’il faut saluer car elle demeure malheureusement rare. Les actionnaires ont le droit de savoir ce qui est fait de leur argent, la loi l’impose et c’est normal, on aimerait qu’il en aille de même pour les contribuables, dans le domaine culturel et au-delà !

L’Opéra de Paris est une belle grosse PME avec 200 millions d’euros de budget et comptant 1.858 salariés, dont 1.488 en CDI et 370 en CDD. Ces moyens lui permettent d’assurer 376 représentations d’opéras et de ballets, à Bastille et à Garnier, et d’accueillir 802.921 spectateurs, pour un taux de remplissage moyen de 92,5%, ce qui montre le succès de sa programmation (pour en profiter, relire notre article sur les bons plans pour aller à l’opéra sans se ruiner). Il parvient en outre à renouveler son public avec un âge moyen des spectateurs de 48 ans pour l’opéra et de 44 ans pour le ballet.

Il faut noter que l’Opéra de Paris obtient ces bons résultats malgré une baisse régulière de sa subvention publique puisqu’elle est passée de 105,8 millions d’euros en 2010 à 95,7 en 2015, soit une diminution de 10% en 5 ans. Cette baisse a été compensée par une progression des recettes propres (billetterie, mécénat) qui sont passées de 44,8% des recettes totales en 2010 à 52,2% en 2015. A l’heure où tant d’organismes subventionnés réclament toujours "plus de moyens", voici un exemple à suivre.

Faire encore mieux butte cependant sur un obstacle. La Cour des comptes  a récemment dénoncé un certain nombre de gabegies financières, mais le directeur de la maison, Stéphane Lissner, doit composer avec une convention collective extrêmement rigide, l’emploi à vie, des syndicats extrémistes (CGT, Sud) très bien implantés (chez les techniciens) et prêts à faire grève pour un oui ou pour un non. Une modification en profondeur de ce statut archaïque relève de la responsabilité de l’Etat.

On a pu voir les conséquences délétères du jusqu’au-boutisme syndical avec les multiples grèves dites "de solidarité" à l’occasion de la discussion sur la loi travail El Khomri. De nombreux spectacles ont été annulé au dernier moment, simplement parce que quelques techniciens syndiqués décidaient de ne pas travailler (le personnel artistique, l’orchestre, le chœur et le ballet, n’ont jamais fait grève). Les billets étant bien sûr remboursés, la perte a été sévère pour l’Opéra.

Finalement l’Opéra de Paris est bien à l’image de la France : du talent, de l’excellence, et un énorme boulet au pied que sont les corporatismes, les syndicats, les statuts, notre "modèle social" à bout de souffle.


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Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.