La Catalogne, une tragédie de la solidarité

90 %
En Catalogne, 90 % des votants se sont exprimés en faveur de
l'indépendance.

La Catalogne met en évidence la faillite de la solidarité, cette charité faite avec l’argent des autres à des fins électoralistes. Une nouvelle « crise de l’euro » se profile-t-elle ?

Les Catalans ont voté alors qu’ils n’en avaient pas le droit selon l’Etat espagnol. Ils ont « mal voté » et voudraient se déclarer indépendants dès cette semaine. 2,26 millions de Catalans ont voté soit 40% des 5,4 millions d’électeurs. 90% sont pour l’indépendance. 760 personnes ont été blessées par la police espagnole qui souhaitait saisir les urnes.

Charles Puigdemont, le président, appelle le Parlement européen à soutenir la Catalogne : « les citoyens catalans ont gagné le droit d’avoir un Etat indépendant » et souhaite la proclamer le 6 octobre. Le 6 octobre 1934, Lluys Companys, son prédécesseur, avait déclaré l’indépendance de la région. Il fut exécuté par Franco. L’appel de Puigdemont au Parlement européen sera-t-il entendu ? Connaissez-vous votre propre député européen ?

Permettez-moi de répondre « non » aux deux questions (ceux qui connaissent vraiment le prénom et le nom de leur député européen et comment le contacter ont le droit de se défouler et de m’envoyer des cyber-tomates pourries). Le Parlement européen soutient les grands projets, les nobles causes, la paix en Europe, l’amitié des peuples, le bien commun. Tous ces nobles desseins ont besoin de plus en plus de fédéralisme, de transferts d’un pays à l’autre, d’argent des autres. Bref, un gouvernement européen, avec des impôts européens. C’est cela, la direction que souhaite prendre Emmanuel Macron même si les Allemands ne sont pas tout à fait d’accord.

Les Catalans, au contraire, ne veulent plus payer pour « les autres », à commencer par les Espagnols. Dans ces conditions, pourquoi les Catalans voudraient-ils payer pour les Grecs, les Italiens ou même les Français ? « L’Europe, comme un zombie, soutient l’Espagne », estime Charles Puigdemont.

C’est toute la question de la « solidarité » et des « transferts » que les Catalans posent — la charité faite par les politiciens avec « l’argent des autres », celui des contribuables sur lequel ceux-ci n’ont plus aucune prise. La solidarité de proximité est plutôt bien admise. Chacun peut voir concrètement les effets autour de soi de la charité collectiviste. Chacun peut ensuite voter pour plus ou moins de taxes. Chacun peut aller trouver son maire ou son député et manifester son désaccord. Les capacités d’endettement des communes ou des départements sont limitées.

Mais lorsque des gouvernements lointains financent par l’impôt et par la dette des banques véreuses et des gabegies, la minorité qui paie finit par se rebiffer. Oui, c’est une question d’argent et pour vous en convaincre, voici ce qu’en disait le Financial Times pas plus tard que le 18 septembre : l’indépendance serait une catastrophe pour les banques espagnoles.

La solidarité, c’est-à-dire la charité avec l’argent des autres, bute sur ses limites. Les « autres », ceux qui paient, sont de moins en moins nombreux tandis que ceux qui reçoivent quelque chose en échange de rien sont de plus en plus nombreux. Les créances pourries s’entassent.

Tout se tient : un système financier véreux soutient un système politique clientéliste et un pouvoir législatif qui prétend se mêler de tout et a oublié depuis belle lurette que les contributions devaient financer les pouvoirs régaliens. La démocratie lointaine est une farce. Vous n’irez jamais trouver votre député mondial pour lui dire que la loi mondiale qu’il s’apprête à voter est une bêtise. Votre député mondial ne s’estimera d’ailleurs jamais responsable d’une bêtise mondiale. La mauvaise gestion peut faire illusion de loin, mais de près ce n’est pas possible.

C’est pour cela que la démocratie lointaine est tellement soutenue par la Parasitocratie. Le principe de subsidiarité, pourtant initialement gravé ans le projet européen, a été enterré depuis bien longtemps : « La responsabilité d’une action publique, lorsqu’elle est nécessaire, revient à l’entité compétente la plus proche de ceux qui sont directement concernés par cette action. » Que va-t-il se passer maintenant ? L’euro plonge contre le dollar.

Si la dette espagnole plonge aussi, M. Mario Draghi va devoir créer toujours plus d’euros pour en soutenir le prix. 60 Mds€ par mois suffiront-ils ? Les créanciers étrangers de l’Europe ne vont-ils pas s’effaroucher ? Une crise monétaire se profile et la survie de l’euro tel que nous le connaissons aujourd’hui n’est pas du tout garantie. La bulle des obligations souveraines est bien plus gigantesque que celle du bitcoin et c’est la bulle de la « solidarité ».

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Simone Wapler

Simone Wapler est directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l'éclatement de la bulle internet. Grâce à son expertise, elle sert aujourd'hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.

Elle a publié "Pourquoi la France va faire faillite" (2012), "Comment l'État va faire main basse sur votre argent" (2013), "Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?" (2014) et “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles.