La fin de la Grande Expérience et le retour de l'inflation

18 000 milliards $
Le bilan des banques centrales atteint aujourd'hui 18 000 milliards de
dollars.

Normaliser et arrêter la grande expérience monétaire à laquelle nous sommes soumis depuis 2008 ou bien passer à l’étape suivante : monétisation des dettes, helicopter money et QE du peuple ? L’inflation est au coin du bois.

Si la nécessité est mère de l’invention, la crise de 2008 a engendré l’invention du siècle. QE, ZIRP, NIRP et la moitié des lettres de l’alphabet ont été incorporées dans le Projet Manhattan de l’économie monétaire. L’invention a “fonctionné” si on la considère avec bienveillance. A présent que le marché a atteint des sommets records, il souhaiterait revenir à la normale — ou du moins à son niveau d’avant 2008. Selon les termes du Premier Ministre britannique Theresa May :

“Si la politique monétaire de taux d’intérêt très bas et d’assouplissement quantitatif a fourni le traitement d’urgence nécessaire au moment de la crise, nous devons reconnaître qu’il a eu des effets secondaires négatifs. Les gens qui possédaient des actifs sont devenus plus riches, les gens qui n’en avaient pas ont souffert. Un changement doit avoir lieu et nous allons le mettre en oeuvre.”

Les bilans des banques centrales ont explosé, passant de 6 000 milliards de dollars avant la crise à 18 000 milliards aujourd’hui. Or les savants fous ne peuvent désinventer la bombe atomique monétaire qu’ils ont créée. Assainir leurs bilans provoquerait quasi certainement une détonation financière sans commune mesure avec celle de 2008. La solution ? Adair Turner, ancien président de la Financial Services Authority, appelle à un état de “monétisation permanente.” La dette ne disparaît jamais. Elle est là pour de bon. Simplement, le gouvernement en possède la plus grande partie. Selon Sir Turner :

“Il n’y a pas besoin de réduire les bilans des banques centrales. Ils pourraient rester excessivement volumineux en permanence… Les économies avancées font face à un endettement qui ne peut être réduit simplement au moyen d’un mélange d’austérité, de patience et de croissance. Or, si une banque centrale détient la dette de son propre gouvernement, il n’existe plus aucune dette publique nette. Le gouvernement possède la banque centrale, de sorte que la dette est envers lui-même.”

“Helicopter money,” essentiellement. Pas loin au-dessus de nos têtes… “La monétisation permanente est peut-être inévitable,” confirme Jean-Michel Paul, fondateur et président d’Acheron Capital, “étant donné les risques et les difficultés de défaire l’accrétion d’actifs qui s’est mis en place sous le QE.” “Le reconnaître cela change l’image de la dette nationale” ajoute-t-il en poursuivant :

“Les gouvernements pourraient engager des relances budgétaires supérieurs à ceux initialement prévu. Un programme de relance à grande échelle centré sur les infrastructures et la promotion du capital humain déclencherait sans doute une reprise économique mondiale. Cela permettrait que les bénéfices du QE reviennent à toute la société plutôt qu’aux quelques propriétaires d’actifs financiers.”

Mais la “monétisation permanente” touche à une autre invention, une invention avec une histoire plus riche et… combustible. Cette invention, c’est le feu. Elle consacre l’utilisation de la planche à billets au profit du gouvernement. Autant donner un briquet et un bidon de kérosène à un petit voyou. Comme l’admet lui-même M. Paul, “Tout l’objectif des banques centrales indépendantes était d’empêcher les gouvernements d’utiliser la politique monétaire pour financer leurs dépenses ou leur dette, ce qu’on appelle le financement monétaire.” Jim Rickards avertit : tôt ou tard, les gouvernements auront leur inflation. Donnez-leur les clés de la banque et gare à vous. Comme le reconnaît Turner lui-même :

“Lorsque l’inflation reviendra à ses niveaux cibles, la monétisation de la dette pourrait être inutilement et dangereusement stimulante… Si nous reconnaissons ouvertement que l’effacement, ou la monétisation, de la dette est possible, les responsables politiques pourraient vouloir le faire tout le temps et en excès, pas seulement dans les circonstances qui le rendent approprié. Dans l’histoire, l’expérience de la République de Weimar en Allemagne ou celle du Zimbabwe aujourd’hui illustre ce danger. ”

L’Allemagne de Weimar. Le Zimbabwe. De nombreuses preuves laissent à penser que l’inflation revient aux “niveaux cibles” auxquels Turner fait référence. Le Fed elle-même a récemment admis que “les dépenses de consommation personnelles semblent fortement augmenter au troisième trimestre.” Bank of America Merrill Lynch affirme que l’inflation arrive — et plus vite qu’on ne le pense :

“Nous pensons qu’améliorer la croissance économique et qu’un élargissement de la politique pour inclure le stimulus budgétaire entraînera une hausse de l’inflation dans les mois à venir, dépassant les attentes des marchés.” Pour l’instant tout est calme. Mais selon Jim Rickards, le monde peut passer tout d’un coup de la déflation à l’inflation, prenant tout le monde par surprise :

“L’inflation peut réellement échapper très soudainement à tout contrôle. Si cela arrive, ce sera très rapide. Nous la verrons passer de 2% à 3%, puis sauter d’un coup à 6%, puis à 9% ou 10%.” Vous serez alors bien content de posséder de l’or — si tant est que vous en possédiez.

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Brian Maher

Brian Maher est le directeur de la rédaction du Daily Reckoning. Il a consacré sa carrière à couvrir l’économie, la politique et les affaires sociales en tant qu’investigateur indépendant, notamment pour Asian Times. Il est titulaire d’un mastère Defense & Strategic Studies.