Santé : la guerre du tiers-payant est déclarée

20 %
Selon les médecins libéraux, le tiers-payant généralisé pourrait
générer 15 à 20 % d'impayés.

La semaine passée nous avons entendu tout et son contraire concernant le tiers payant généralisé chez les médecins.

Tout d’abord Agnès Buzyn ministre de la santé a annoncé sa suspension, donnant raison aux syndicats de médecins, puis retournement de veste immédiat, sans doute dicté par « le patron ». Puis ce fut cette semaine l’annonce « officielle » par la bouche de Christophe Castaner « le tiers payant généralisé sera mis en place comme prévu le 1 décembre 2017. » Fermez le banc.

Depuis la loi Touraine, combattue par les médecins mais votée par une poignée de députés socialistes, les syndicats de médecins ne décolèrent pas, en particulier en refusant l’application du tiers payant généralisé. Rappelons que ce que l’on appelle le tiers payant c’est plutôt le tout gratuit pour le patient. Chez le médecin jusqu’à présent, hormis les patients à la CMU, l’AME, et l’ALD, le patient paye la consultation, puis il est  remboursé par la sécurité sociale très rapidement (sous 3 ou quatre jours) Souvent le patient est remboursé avant que son chèque ne soit encaissé.

Marisol Touraine et l’idéologie qui conduisait sa loi a décidé que la visite chez le médecin ne devait pas être payée par le patient mais payée directement aux médecins par les organismes sociaux. Elle a oublié qu’en France plus de 450 mutuelles d’assurances existent, qu’aucun système n’a été mis en place pour garantir le paiement aux médecins et que le recouvrement de chaque consultation n’est pas possible sans prendre considérablement sur le temps médical déjà très restreint.

Les médecins libéraux ont donc tous refusé ce système, ingérable, couteux, générant environ 15 à 20% d’impayés (statistique de ceux qui appliquent déjà ce tiers payant) Leur refus n’est pas motivé seulement par l’argent mais aussi parce que la médecine libéral doit rester libre. Etre attaché à des paiements avec tout ce que cela engendre de pressions sur les actes médicaux, sur les pratiques est insupportable. Le médecin doit rester libre de ses prescriptions de ses actes et de sa façon de pratiquer son art, il n’est pas payé mais « honoré » par des honoraires. Mettre le doigt dans le rapport de subordination entre les assurances et la pratique médicale c’est entrer dans une ère de mise sous tutelle des patients par l’intermédiaire des praticiens, c’est la porte ouvert aux réseaux de soins (hors desquels aucun remboursement) c’est la mise sous tutelle de la façon de traiter, les patients ne l’ont pas encore compris.

Alors face à cette attitude du gouvernement d’Edouard Philippe qui consiste à annoncer quelque chose et a dire et faire son contraire 48 heures après, la réaction des médecins libéraux ne s’est pas faite attendre. Première manche, dans une émission de Sud Radio « seul contre tous » le journaliste Philippe David affirmait que le tiers payant était une bonne chose, face a lui deux médecins libéraux issus des syndicats FMF et UFML, début d’émission 83% des auditeurs étaient d’accords avec Philippe David, après une heure d’émission les auditeurs avaient compris et plus de 65% avaient changé d’avis.

Seconde manche dès hier le président de l’UFML (union Française de la médecine libre) produisait un communiqué de presse appelant les médecins libéraux à fermer leurs cabinets le 1 décembre 2017 de façon illimitée jusqu’à ce que le gouvernement recule sur le sujet du tiers payant. Affirmant que si le gouvernement ne reculait pas la seule solution serait le déconventionnement massif des médecins libéraux. Déconventionnement qui est à l’arrivée la seule véritable action efficace car sans convention le médecin libéral redevient libre de ses tarifs de ses pratiques et de ses rémunérations.

Interrogé, Jérôme Marty affirme que l’accès aux soins en France n’est pas freiné par le coût car tous ceux qui sont en difficultés bénéficient déjà de ce « tiers payant » l’accès aux soins est aujourd’hui en grand danger du fait de la grande pénurie de médecins. La population des médecins libéraux vieillit, beaucoup sont en incapacité de travailler plus et sont même souvent à la limite de la rupture (burn out) les jeunes médecins ne veulent plus s’installer en cabinet libéral pour les raisons que l’on sait, coût de cabinet médical impossible a amortir, cout de charges, honoraires honteusement bas, qualité de vie familiale dégradée etc.

Alors depuis hier la guerre du tiers payant est déclarée, le gouvernement verra si les médecins acceptent d’être  méprisés comme ils l’étaient avec Marisol Touraine et comme ils semblent l’être aujourd’hui.


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.