La révolution bancaire au milieu du gué ?

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Orange Bank propose un livret d'épargne rémunéré à 1 % brut.

Menacée par les fintechs, les banques traditionnelles tentent leurs mues « phygitales » ou « omnicanales ». Mais quel est l’intérêt véritable de ces offres ?

Hier, nous avons vu que les banques traditionnelles ont tendance à compenser la perte de certaines rentes par un matraquage en règle du leurs clients au niveau de certains frais et commissions. Une telle politique n’est néanmoins pas la stratégie la plus efficace pour cultiver son image de marque. Afin de se refaire une virginité auprès du grand public, les banques misent donc sur de nouvelles offres, souvent à mi-chemin entre le tout physique et le tout digital.

Orange Bank : le géant de la téléphonie a-t-il « révolutionné la banque » ?

Après plusieurs faux démarrages, c’est finalement le 2 novembre qu’Orange Bank a lancé son offre bancaire mobile. Au programme : compte courant individuel (pas de compte joint car incompatible avec la philosophie de l’application mobile) sans frais de tenue de compte et sans condition de revenus, ouverture de compte à distance, paiement mobile sans contact et virements par SMS, carte bancaire unique Visa à débit immédiat ou différé (sur option pour 10 €), chéquier et prime de bienvenue de 80 €.

Pour les personnes allergiques aux smartphones, la banque a choisi de préserver un espace client plus traditionnel consultable sur ordinateur. En matière de placements, Orange Bank ne propose pas d’épargne réglementée (Livret A, LDDS, etc.) mais un livret d’épargne maison rémunéré à 1% brut, soit 0,60% au-dessus du niveau de marché. Une offre de crédit à la consommation est prévue pour début 2018.

Sur son site internet, la banque précise qu’elle « adopte un modèle ‘phygital’ – à la fois physique et digital – qui s’appuie, dès le lancement de l’offre, sur « près de 900 salariés Orange formés et agréés IOBSP […], 144 boutiques Orange avec un nouvel espace dédié pour la souscription d’un compte bancaire ». En surface, l’offre est donc plutôt intéressante mais, si vous le voulez bien, parlons frais !

La gratuité de la carte bancaire est soumise à l’obligation de procéder à trois paiements par mois au minimum, afin de ne pas se voir facturer 5 € de frais mensuels. Orange Bank a donc opté pour une stratégie différente de celle de Boursorama et d’Hello bank, lesquelles préfèrent imposer des conditions de revenus quitte à proposer une CB gratuite sans condition d’usage. Pour ce qui est de l’utilisation de votre CB à l’étranger, cBanque relève qu' »Orange a fixé cette commission à 2%, s’alignant sur le gros de la troupe ». C’est effectivement le cas si l’on ne considère que les banques en ligne françaises (la plus compétitive, Boursorama, prélève 1,95% quand la Bred, banque traditionnelle la mieux-disante en la matière, prélève 1,50%) mais c’est bien loin des 0% affichés par N26 et consorts (hors retraits d’espèces).

Dans l’article précédent, j’évoquais les commissions pour incidents de paiement qui ont tendance à augmenter de manière démesurée. Sur ce plan, Orange Bank affiche des « frais plus élevés [que les autres banques en ligne] en cas d’incidents », estime cBanque. Ainsi la banque vous facturera-t-elle 14,50 € pour l’envoi d’une lettre d’information préalable au rejet d’un chèque sans provision. En cas de dépassement de découvert autorisé, il faudra compter 15 € pour le courrier que vous adressera Orange Bank, alors que ce service est « le plus souvent gratuit dans les autres banques en ligne », rappelle cBanque. En somme, Orange Bank n’a pas tenu à défier ses concurrents sur le plan tarifaire. Plutôt décevant comme « révolution », non ?

Eko du Crédit Agricole, la banque « omnicanale » à 2 euros 

Avec son offre bancaire mobile Eko, le Crédit Agricole a-t-il opté pour une stratégie tarifaire de sa carte bancaire à la Boursorama ou à la Orange Bank ? Ni l’une ni l’autre, mon capitaine, on est sur une offre ouverte à tous mais payante. « Avec une tarification à 2 € par mois, le Crédit Agricole ne fait que reprendre le concept de Monbanq avec le Compte Tout Compris », relève mon-epargne.com. Les retraits d’espèces seront facturés 1 € hors réseau du Crédit Agricole au-delà de 25 retraits par an en France et en zone SEPA et de 10 retraits par an hors zone SEPA.

L’offre d’Eko n’autorise pas les découverts et les frais d’incidents afférents. A l’image du Compte-Nickel, on est donc sur une philosophie de maîtrise de budget. Mais la véritable spécificité d’Eko, c’est que cette offre se veut « omnicanale », c’est-à-dire que les clients de la banque mobile pourront bénéficier des services des 48 000 conseillers du Crédit Agricole répartis en 7 000 agences, et ce pour seulement 2 € par mois. A chacun de juger s’il y trouve un intérêt…

Les combos banque + téléphonie mobile pour séduire les plus jeunes

Chez Orange Bank, il n’est pas nécessaire d’être client de la téléphonie mobile pour pouvoir souscrire l’offre bancaire. C’est en revanche le cas avec la nouvelle offre du Crédit Mutuel, Avantoo, qui présente la particularité de coupler ces deux services. L’offre est proposée à « partir de 20 € par mois (17 € de forfait + 3 € de banque ou plus en fonction de la carte choisie) », précise La Tribune. L’offre bancaire se limite à un compte courant avec CB mais permet d’accéder à un conseiller par mail ou en agence. Comme avec Eko, considérez que vous avez affaire à une offre « phygitale », c’est-à-dire à mi-chemin entre le physique et le digital. Ce sont clairement les jeunes qui sont visés.

Dernièrement, le CIC a rejoint le Crédit Mutuel sur le créneau des offres 2 en 1. Le « Compte CIC Mobile » est lui aussi facturé 20 € par mois. Comme le relève cBanque, « cette offre est en tous points similaires à celle mise en avant le 24 octobre dernier » par le Crédit Mutuel.

Que penser de ces nouvelles offres ?

En ce qui me concerne, je peine à voir ce que les premières ont de révolutionnaire tandis que les secondes me semblent relever du gadget pour jeune dans le vent. On est loin de ce que nous avons vu chez N26 ou Revolut. Ceux qui veulent quitter leur banque physique au profit d’une banque numérique (ou qui souhaitent simplement ouvrir un deuxième compte bancaire) ne trouveront pas à ce jour d’offre révolutionnaire au milieu du gué !

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit


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Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est conseiller en gestion de patrimoine indépendant. Diplômé de l'IEP de Strasbourg, du Collège d'Europe et de l'Université d'Aix-Marseille, il intervient pour les publications Agora en tant qu'éditorialiste. Il est notamment l'auteur de "Investir sur le marché de l'Or - Comprendre pour agir", paru aux éditions SEFI Arnaud Franel.