Le capital vu de près

1606
La notion de capital en économie naît en 1606.

La définition du capital en économie objective appelle la très éclairante distinction entre capital et quasi-capital. Elle aide aussi à mieux faire ressortir les points sur lesquels le crédit et le capital sont des contraires, ainsi qu’à dégager le concept de taux de capitalisation d’une entreprise.

Et cette innovation en appelle une autre qui améliore sensiblement une obligation d’information, déjà établie, sur le montant du capital d’une société… ou à l’avenir d’une entreprise en nom personnel, pourquoi pas ?

Capital et quasi-capital

N’appeler « capital » que du financement à proprement parler permanent d’entreprise serait encore trop équivoque en économie objective. Voici pourquoi. Dans les financeurs directs d’entreprise, il n’y a pas seulement des épargnants proprement dits, à savoir des particuliers et des associations privées à but non commercial. Il y a également d’autres entreprises, dont des établissements financiers de différentes sortes. Selon que les entreprises sont en règle générale fortement, moyennement ou faiblement financées par d’autres entreprises, est-ce que ce cela revient systémiquement au même ? Si je présume que oui, je prends le risque de rester inconscient d’une réalité qui à l’analyse se révèle peut-être essentielle. Mieux vaut donc explorer ce que donne d’appeler « quasi-capital » du financement à proprement parler permanent d’entreprise qui ne provient pas directement, ou pas du tout, d’un épargnant ou de plusieurs.

L’intermédiation dans les placements d’épargne confisque du pouvoir. Pour argumentation de cette assertion, supposons que les sociétés A à G aient toutes pour seuls actionnaires des épargnants. De ce fait, chacun des actionnaires dispose de pouvoirs dans l’une au moins de ces sept sociétés, et possiblement dans une seule des sept. Mais voici que la société G, au moyen d’une augmentation de son capital, prend le contrôle complet de la société A, puis des sociétés B à F. Des impulsions données, des arbitrages rendus et des sanctions prononcées auparavant par des épargnants ont disparu. Les absorptions réalisées par la société G – G de groupe – ont confisqué du pouvoir. La liberté d’entreprendre ne pourvoit pas d’elle-même à son bornage. Plus elle est utilisée par appétit de puissance et moins elle a cure d’être réductrice d’arbitrages entre des offres ; autrement dit, moins elle a cure de contribuer à la liberté de choisir des citoyens lambda.

Les actions détenues par un investisseur institutionnel sont des parts de quasi-capital, comme plus généralement les participations en capital détenues par toute entreprise. La propriété publique de tout ou partie d’une entreprise a pour instrument du quasi-capital, et non du capital au sens univoque de ce concept en économie politique objective.

Crédit et capital

Sur plusieurs points le crédit et le capital sont des contraires. En France et en bien d’autres pays, la plupart des jeunes adultes ne sont que vaguement informés de ces contraires, afin de ne pas détourner leur attention des récits en vogue.

À l’octroi d’un crédit est toujours attaché soit une durée au terme de laquelle les intérêts devront avoir été payés et le remboursement du principal effectué, soit une exigibilité permanente par le prêteur (placements sur livrets, découverts bancaires). Au placement en capital aucune durée n’est attachée ; même sous la forme d’un taux de rendement. Je répète : même sous la forme d’un taux de rendement. Un placement de 100 en capital qui rapporte 5 % l’an en moyenne pendant 20 ans fait bien qu’au bout de cette durée la somme des revenus de ce placement est de 100. Ce n’est pas pour autant que l’épargne placée de cette façon aura été reconstituée en 20 ans (ou moins si tout ou partie de ces revenus est à son tour placé) : il n’y a rien d’anormal à ce qu’un placement procure la conservation de la valeur placée jusqu’à sa liquidation, aussi lointaine ou rapprochée que puisse être cette dernière.

L’octroi d’un crédit rend propriétaire d’une créance. Hors placements dans le financement à durée indéterminée de sociétés coopératives et mutualistes car leur régime patrimonial est identique à celui des associations à but non commercial, les apports en capital procurent la propriété ou la copropriété d’entreprises. Le revenu constitué par tout ou partie du bénéfice d’une entreprise est attaché au placement en capital, y compris quand c’est celui d’une coopérative ou d’une mutuelle,

Alors que la charge du paiement d’un intérêt est normalement attachée au financement par du crédit, les revenus des placements en capital varient selon les résultats et la trésorerie des entreprises, ainsi que d’autres facteurs. Alors que le recours d’une entreprise au crédit participe à la minoration du capital de cette entreprise, inversement l’augmentation par une entreprise de son capital participe à la minoration de son endettement, toutes choses égales par ailleurs quant au total de ses investissements (de ses actifs, éventuels délais de paiement accordés aux clients y compris).

Taux de capitalisation

Le vocable « capitalisation » sert à désigner l’utilisation en calcul financier des math de l’accumulation exponentielle. Vue de près, une pension de retraite dite par capitalisation a été constituée par de l’accumulation d’épargne placée, cette accumulation ayant été accélérée par des gains périodiques immédiatement placés tout en étant plus ou moins contrariée par de la perte de valeur de la monnaie légale. Il en va de même des pensions privées d’invalidité préparées par des parents au bénéfice de leurs enfants infirmes.

Voulant ce qui est juste selon eux et non pas en soi, les zélateurs de l’euthanasie des rentiers au moyen du cofinancement par de l’endettement des charges publiques – je dis charges et non pas investissements – excluent de ce qu’ils mettent en avant l’iniquité économique structurelle qu’engendre la perte de valeur de la monnaie légale.

Le total du passif (financements) et le total de l’actif (investissements) d’un bilan (balance des soldes de comptes de stock) étant égaux par définition, c’est leur montant identique qui constitue le total de bilan. Cela rappelé, je propose d’appeler « taux de capitalisation d’entreprise » le rapport entre le capital et le total de bilan d’une entreprise, en déclinaison de ce qu’est pour toute autre entité (dont associations privées ménages compris et dont organes publics) le rapport entre sa situation nette (actifs moins dettes) et son endettement. Dans ce qui en économie est systémiquement le plus important, il y a incontestablement les taux moyens de capitalisation d’entreprise. C’est parce que le niveau de chômage structurel ne peut qu’être affecté par les évolutions de ces taux – à trop voir l’économie mue par la demande comme préexistante à l’offre, on se balade dans un imaginaire expurgé de réalités primordiales.

La mention obligatoire, sur les devis et les factures entre autres documents émis par une société commerciale, de la mention du montant de son capital après celle de sa forme juridique, informerait mieux si ce montant était remplacé ou complété par l’indication du taux de capitalisation. Ce taux renseigne et importe en effet davantage que le montant du capital. La comparaison de ce montant entre un constructeur d’automobiles, un garage, une jardinerie et une clinique privée n’a pas de sens. La comparaison des taux de capitalisation d’entreprise et des évolutions de leurs moyennes en a un qui est principal, mais que refoule le laisser aller aux imbroglios du créditisme de préférence aux rigueurs du capitalisme orthologique.

Autres arguments

Voir de 5.4 à 5.6. La question de la spéculation financière selon qu’elle n’est pas ou qu’elle est enrichissante pour l’ensemble de la population est abordée aux points 8 à 10 de l’argumentation de la proposition 5.5.


A découvrir

Dominique Michaut

Dominique Michaut a été directeur des études du Centre consulaire de formation de Metz puis conseiller de gestion, principalement auprès d’entreprises. Depuis 2014, il administre le site L’économie demain, dédié à la publication d’un précis d’économie objective (préface de Jacques Bichot).