Le Grand Paris, une catastrophe à 30 milliards d'euros

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Ce sont pas moins de 138 kilomètres carrés d'expropriations qui seront
nécessaires pour la construction des gares du Grand Paris.

Un Livre blanc très critique sur le Grand Paris, auquel j’ai participé, vient de paraître. En voici les points saillants, et il y a vraiment de quoi s’inquiéter.

Le projet du Grand Paris vise à améliorer l’attractivité économique de l’Ile-de-France, mais il consiste surtout en un gigantesque programme de construction de nouvelles lignes de métro autour de Paris. Ces futures liaisons transversales reliant la banlieue à la banlieue ne représenteront pas moins de 200 kilomètres de lignes et 72 gares d’ici 2030 ! Et tout cela coûtera beaucoup d’argent : 30 milliards d’euros.

Le Grand Paris va peser sur les entreprises

Et ces 30 milliards d’euros pèseront exclusivement sur les entreprises, notamment via la Taxe Locale sur les Bureaux (TLB) pour les coûts de construction, et via le Versement Transport (VT) pour les coûts de fonctionnement. Il ne faut pas mécontenter les électeurs en créant de nouveaux impôts, certes, mais cette fiscalité croissante sur les entreprises entravera leur croissance et les créations d’emplois, et cela tout le monde le paiera.

Mais au fait, est-ce vraiment utile ? Même pas. Franchement, quelle nécessité y a-t-il à relier Bobigny à Val-de-Fontenay puis à Champigny ? Créteil à Villejuif puis à Chatillon et Saint-Cloud ? Saint-Quentin à Massy-Palaiseau ? (voir la carte) Pour le Cercle des transports, un groupe d’experts qui s’est penché sur le sujet, tout le Grand Paris est construit sur une erreur d’appréciation fondamentale qui voudrait que "Le réseau principal est saturé et qu’il faut créer des infrastructures permettant de détourner une partie du trafic des RER A et B. Mais cet argument est largement erroné : avec une infrastructure régénérée et des systèmes d’exploitation modernes, ces RER ont une capacité largement suffisante pour le trafic actuel", et futur.

De nombreuses expropriations à venir

Cependant l’aspect le plus inquiétant du Grand Paris, jamais encore dénoncé à notre connaissance, concerne les expropriations. Elles auront lieu pour les gares, mais aussi dans un rayon de 400 mètres autour d’elles. Il s’agit là clairement de récupérer un terrain qui vaudra normalement plus cher une fois la gare mise en service. Pourquoi se gêner, autant se servir ! Et quelle va être l’ampleur de ces expropriations ? Le rapport de l’Assemblée Nationale des députés Albarello et Bachelay donne cette information : les 69 gares du Grand Paris Express et leurs périmètres de 400 mètres représenteront au total 138 kilomètres-carrés, soit, à titre de comparaison, plus que la surface Paris intra-muros (105 kilomètres-carrés) !

C’est donc une surface démentielle qui va faire l’objet d’expropriations, le tout dans des zones fortement urbanisées, ce qui provoquera une forte désorganisation du marché immobilier, des centaines de milliers de Franciliens se retrouveront coincés avec leur appartement, ne pouvant le vendre au prix du marché et subissant une forte décote dès l’annonce de l’expropriation. Il y a là clairement une atteinte de grande ampleur à la propriété privée. A ce niveau là, on peut parler d’une pure entreprise de prédation des pouvoirs publics sur la propriété privée. Il est temps que les Franciliens se mobilisent contre ce projet délirant.

> télécharger le Livre blanc sur le Grand Paris


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Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com