Le marché de l'art contemporain entre-t-il en crise ?

12 %
L'art contemporain représente 12 % du marché global de l'art.

A quelques jours de l’ouverture de la Fiac, les ventes aux enchères d’art contemporain dans le monde affichent un net recul. Simple trou d’air ou crise plus profonde ? Un rapport tente de faire le point.

La société française Artprice est le leader mondial de l'information sur le marché de l'art contemporain, elle centralise les résultats de toutes les ventes aux enchères dans le monde, offrant ainsi une vue à la fois ample et détaillée de ce marché. Artprice publie tous les ans une synthèse riche de renseignements, le "Rapport annuel sur le Marché de l’Art contemporain", celui de 2016 vient de sortir.

L’art contemporain pèse 12 % des recettes mondiales du marché de l’art global, la période de l’après-guerre en représentant 22% et les périodes antérieures 66%. Ce créneau a connu une croissance fulgurante de 1370 % depuis l’an 2000, une performance exceptionnelle. Il faut néanmoins se méfier de ce chiffre brut, il s'agit d'une moyenne qui cache de grandes disparités, seuls les initiés et les personnes bien informées ont pu en profiter.

Le rapport constate cependant un arrêt de cette tendance, un brutal recul du volume des ventes à l'échelle mondiale : entre juillet 2015 et juin 2016, le produit des ventes atteint 1,5 milliards de dollars, alors qu’il s’élevait à 2,1 milliards de dollars lors de l’exercice précédent, les ventes d’art contemporain ont ainsi perdu plus d’un quart de leur chiffre d’affaires.

Ne voulant pas dramatiser, le rapport note des "premiers signes de la reprise", et quels sont-ils ? "Au premier semestre 2016, ses ventes affichent une baisse moins forte, de -14 %, que le reste du Marché de l’Art." Le recul continue mais moins vite que le reste du marché de l'art, voilà qui n'est pas très convaincant et rappelle la formule employée par Christine Lagarde, alors ministre de l'économie, de "croissance négative", bref.

La chute peut continuer parce que la bulle chinoise n’a manifestement pas encore éclaté : si on prend les 500 artistes dont les œuvres sont vendues les plus chères dans le monde, 39% sont chinois ! Le marché chinois a nettement reculé (les acheteurs se sont repositionnés sur les œuvres d'après-guerre), mais sans doute pas suffisamment.

Il existe peut-être aussi une autre bulle que l'on ne soupçonne pas. Elle apparaît à la lecture du rapport, sans que celui-ci la présente comme telle. Le fondateur et président d'Artprice, Thierry Ehrmann, explique en introduction du rapport que "la transformation du Marché passe par l’industrie muséale (700 nouveaux musées par an), c'est devenue une réalité économique planétaire au XXIème siècle. Il s’est construit plus de musées entre 2000 et 2014 que durant tous les XIXème et XXème siècles. Cette industrie dévoreuse de pièces muséales constitue l’un des facteurs primordiaux de la croissance spectaculaire du Marché de l’Art. En 2016/2017, ce ne sont pas moins de 1 200 musées qui verront le jour sur les cinq continents. Et l’Art Contemporain y sera évidemment présent, voire surreprésenté."

Voilà qui ressemble sacrément à une bulle, 700 nouveaux musées par an ! Avec une surreprésentation de l'art contemporain (pour sûr, il n'y a pas suffisamment de pièces d'après-guerre et antérieures à vendre). Le musée Guggenheim de Bilbao, construit en 1997, est célèbre dans le monde entier et a fait énormément pour la notoriété de la ville. Cette spectaculaire réussite a incité de nombreuses métropoles dans le monde à vouloir rééditer ce succès, à en faire un axe de leur développement. Soit. Mais de telles réussites demeurent rares, et ces structures consomment beaucoup d'argent public. Peuvent-elles continuer à se développer à ce rythme ? Une inversion de tendance aurait des conséquences sévères sur le marché de l'art contemporain.

Quoi qu'il en soit, l'amateur d'art contemporain pourra trouver à Paris l'occasion de prendre la température de ce marché avec la célèbre et incontournable Fiac au Grand Palais, du 20 au 23 octobre. Aux mêmes dates, il ne faudra pas non plus manquer le YIA Art Fair au Carreau du Temple.


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Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.