Le modèle économique américain est-il viable ?

926 000
Les Etats-Unis ont vu leur nombre de chômeurs diminuer de 926 000 en
2017.

La première puissance économique mondiale se porte au mieux : un taux de chômage au plus bas, une croissance du PIB retrouvée et une réforme fiscale saluée par les entreprises et les investisseurs.

Tout semble réuni pour que les Etats-Unis redeviennent le moteur de la croissance planétaire à condition que les erreurs du passé aient été comprises et que les chiffres publiés reflètent bien la réalité.

Une économie à plein régime

Un taux de chômage au plus bas depuis 17 ans

L’année 2017 a été marquée par une baisse du chômage aux Etats-Unis. Celui-ci est passé de 4,8% à 4,1% entre janvier et décembre 2017. Cette baisse sur la période représente une réduction de 926 000 chômeurs pour atteindre un total de 6,7 millions. Un niveau si bas n’avait pas été constaté depuis 2001 et peut être considéré comme une situation de plein emploi où seul un chômage structurel est représenté. Ce faible niveau de chômage montre la bonne santé de l’économie américaine et du marché de l’emploi.

Une croissance du PIB retrouvée

Après une année 2016 décevante avec une croissance du PIB enregistrée à 1,5%, 2017 permet de renouer avec une croissance annuelle de 2,3%. En plus de ce regain, les Etats-Unis devraient profiter de la mise en place de la Tax Reform pour stimuler leur croissance économique. La réforme fiscale du siècle devrait inciter les entreprises américaines à favoriser les investissements dans le pays et augmenter le salaire des employés, deux éléments vecteurs de croissance.

L’économie américaine semble donc solide mais des nuances sont à apporter pour prendre en compte des variables ignorées par les statistiques. Il est intéressant d’analyser la qualité des emplois créés permettant un taux de chômage si bas ainsi que la dette globale détenue par le pays pour comprendre la croissance.

Des nuances à apporter

Dégradation du marché du travail

Un taux de chômage en baisse est un bon indicateur économique mais ne tient pas compte de la qualité des emplois. En août 2017 le chômage américain était de 4,4% soit 0,3 point de plus qu’en janvier 2018. Selon Statista, le nombre d’employés est passé de 153,6 à 152,9 millions, voyant celui à temps partiel augmenter de 26,2 à 27,4 millions et celui à temps plein diminuer de 127,4 à 125,4 millions. Les individus en fin de droit permettent de faire baisser le taux de chômage.

Il est également intéressant d’observer le taux de pauvreté qui touche 43 millions d’Américains (14%) avec un seuil défini à environ 30% du salaire médian. La France a un taux de pauvreté égal à 14% en prenant en compte 60% du salaire médian. Selon U.S. Census Bureau, 5,8% de la population se trouve dans une situation d’extrême pauvreté c’est-à-dire qu’ils gagnent moins de 50% de la limite de revenu déterminant le seuil. Le nombre de SDF est lui en hausse de 0,7% sur un an atteignant des sommets à Los Angeles (+75% en 6 ans selon L.A. Times) et New York (+4,1%).

L’évolution du taux de chômage montre une amélioration de l’emploi aux Etats-Unis mais la réalité présage d’une paupérisation de la population voyant les emplois à temps partiel et le nombre de pauvres augmenter. Partant de ce constat, comment expliquer un tel niveau de croissance ?

Une dette globale historique

En 2017, l’endettement des ménages américains dépassait pour la première fois son niveau atteint lors de la crise de 2008 avec plus de 13 000 milliards de dollars selon The New York Times. Ce niveau d’endettement intrigue par sa rapide évolution. Les prêts étudiants ont plus que doublé en 10 ans atteignant 1400 milliards de dollars. Les crédits à la consommation (revolvings et automobiles) dépassent 2 100 milliards et connaissent une accélération historique (+5,7 et +7,1% en 2017) accompagnée d’une hausse de 20% des défauts sur cartes de crédit. Les prêts immobiliers représentent la majeure partie de l’endettement des ménages avec 9 900 milliards. En ajoutant la dette des entreprises, la dette privée américaine s’élève à près de 200% du PIB en 2017.

Les Etats-Unis détiennent également une dette publique au plus haut depuis 1947 avec 20 250 milliards en 2017 soit 108% du PIB et un déficit public qui augmente chaque année. La dette globale représente 308% du PIB. Les Etats-Unis semblent entrer dans une spirale de la dette dont il sera difficile de se défaire au vu de l’importance des montants et de leur progression. Comment éviter le point de non-retour ?

Les pistes pour résorber l’endettement

Durcir les conditions d’octroi de crédit

La dette des ménages s’est envolée en 2017. Afin de maitriser cet endettement, il serait nécessaire de durcir les conditions d’octroi de crédit pour améliorer la qualité des emprunteurs et réduire le taux de défaut. La dernière crise financière majeure a été déclenchée car la qualité des emprunteurs n’était pas prise en compte et il serait malvenu qu’une seconde crise éclate pour cette raison.

Penser long terme

La recherche de la croissance à tout prix incite les gouvernements à favoriser une croissance de court terme plutôt que de long terme. Cette inadéquation entre mandats présidentiels et réalité économique fait gonfler l’endettement du pays sans amélioration notable des facteurs de production. La croissance obtenue peut alors être vue comme une sorte de feu de paille qu’il faut constamment alimenter, creusant un peu plus l’endettement. Il faudrait donc sortir de cette vision court-termiste pour favoriser les investissements dans l’éducation, la R&D ou tout type d’investissement productif permettant de stabiliser l’économie même si les effets se font attendre.

L’économie américaine fonctionne à plein régime avec un taux de croissance élevé et un taux de chômage bas. Cependant, la qualité de ses emplois et l’endettement général du pays se dégradent dangereusement. Aujourd’hui les crédits semblent jouer le rôle d’assistance respiratoire à la croissance et il sera nécessaire que le gouvernement et les entreprises relancent la croissance de long terme tout en réduisant l’endettement avant que la situation ne devienne insolvable.


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