Le pouvoir politique vit au dessus de ses moyens

250 %
Compte tenu des engagements « hors bilan », la dette française « pèse
» 250 % du PIB.

La vraie dette française a explosé. La France est entrée en surendettement.

Les dégâts économiques sont déjà là avant les présidentielles. Les messages d'inquiétude se multiplient sur la scène internationale, y compris le FMI. Nos disputes façon télé réalité, de primaires en fuites, et de faveurs en scandales people, ont éclairé le monde entier sur notre mode ringard de gestion du pays, totalement obsolète et inefficace. Notre endettement "officiel" fin 2016 est à 100 % du PIB, environ 2 000 milliards. Mais notre véritable endettement avec les organismes dans le sillage de l'État non officiellement inscrits dans les critères de Maastricht est de 3 200 milliards, et le cumul des engagements « hors bilan » (pensions, long terme...) certifiés par la Cour des comptes (Rapport 30/5/2013) porte notre dette réelle à 5 200 milliards soit en réalité 250 % du PIB. La remontée d'un seul point sur les taux tuerait littéralement notre économie en supprimant toute croissance possible.

L'Agence France Trésor ne gère que la dette stricte de l'État (1 600 milliards) qui est mise en avant pour faire oublier le reste. Ce reste, on y trouve par exemple les garanties à des organismes publics en déficit ou en faillite, les défaisances, ou les emprunts toxiques de Dexia etc.... La dette cachée a été multipliée par 3 en dix ans, mais elle ne peut plus l'être car les échéances arrivent à terme avec les élections présidentielles. De dramatiques remises en question vont tomber dès le lendemain des élections. Nous ne pourrons maintenir le fastueux train de vie de nos dirigeants. Aucune promesse ne pourra être tenue, quel que soit le candidat élu. Nous sommes la prochaine Grèce puisque nous avons procédé aux même manipulations comptables. Nous sommes deux fois plus bas que les plus pessimistes n'osent le dire !...

Dans de nombreuses préfectures et autres services, les personnages du pouvoir  bénéficient de locaux immenses d’un luxe inouï. Une polémique vient d’éclater à Lyon : le département vient d’être divisé par deux mais le préfet voudrait doubler les locaux de réception, au moment où les Conseils généraux ont les plus grandes difficultés à financer l’aide sociale. L’hebdomadaire Lyon Mag nous apprend qu’il dispose en ville d’un « appartement » de 1 000 mètres carrés aux salons sans fin, et en plus un « pavillon de la Lanterne », discrète villa avec piscine sur un immense parc, dotée d’une vingtaine de chambres, utilisée quelques jours par an pour de mystérieux usages. Ceci n’empêche pas le préfet de parquer debout tous les jours dans la rue une file de 200 citoyens entre froid et pluie, pour avoir le droit de retirer un permis ou une carte grise.

La plupart des organes centraux sont logés dans des bâtiments historiques inadaptés. L’entretien de ces édifices coute une fortune en travaux, en chauffage, en personnel. Les services y fonctionnent comme en 1930 dans des rituels antiques. Chacun veut son palais, son hôtel particulier, qu'on refait à chaque nouvel arrivant. Des réceptions fastueuses ont souvent lieu au profit de personnalités des plus douteuses, de petites fêtes entre amis. Les regroupements d’hôpitaux ont couté plus cher qu’avant par la complexité de monstres ingérables comme par exemple l’hôpital Pompidou et des millions de kilomètres pour les malades, l'épuisement des personnels soignants. Les nombreux désastres financiers dénoncés chaque année par la Cour des comptes ne sont quasiment jamais corrigés, ni sanctionnés. Dernier exemple:  les portiques écotaxe jetés neufs à la poubelle pour 1,5 milliard d'euros au lieu d'être récupérés pour la détection des véhicules volés et la ministre n'est même pas sanctionnée ni virée.

Les cabinets ministériels pléthoriques peuvent facilement être réduits à cinq collaborateurs tout compris. Ces effectifs étaient justifiés auparavant par les difficultés de déplacement ou de communication. Leur organisation est si compliquée qu'ils ne s'y retrouvent pas entre eux. Les attachés de presse s'y comptent par dizaines. N'importe quelle organisation serait ruinée en trois ans avec ces méthodes. L'Allemagne, pays plus complexe à diriger que la France, est gouvernée par un appareil beaucoup plus simple, et ses collectivités sont mieux contrôlées alors qu'elles ne le sont que très peu en France. Un seul exemple: 14 personnes, élus et fonctionnaires, dirigent le Ministère des Finances en Allemagne contre 30 en France, le double.

Jacques Attali, qui donne tant de conseils au plus haut niveau, avait apporté les habitudes françaises à la BERD. En seulement un an et demi, il a été viré pour sa gestion par une ministre scandinave effarée du gâchis et du niveau de dépenses entre bureau à 750 000 livres et nombreux déplacements opaques en jet privé. Un ministre peut mieux fonctionner dans des bureaux modernes et sobres, et donner l'exemple. Il n’existe aucune raison de disposer d’une voiture avec chauffeur en permanence, ni d'un personnel de maison, sans parler du coiffeur à 9 800 euros par mois. Les récentes polémiques sur les multiples attachés parlementaires  montrent que ces postes sont destinés à entretenir des petits cercles liés aux appareils ou aux personnes. La communication devient plus importante que l’administration, pour flatter l'ego, dans l'oubli total du citoyen qui est le grand absent des administrations parisiennes.

A l’heure d’Internet, la France peut très bien fonctionner avec cinq ministres, assistés d’une seule équipe d’une trentaine d’experts, et responsabilisant des directeurs généraux. Ils rapporteraient chacun à des conseils d’administration où siégeraient les associations d'utilité publique,  avec pouvoirs de sanction. Les budgets devraient être jugés conformes par la Cour des comptes avant et non après.

Les collectivités locales ont profité de la décentralisation pour recruter jusqu’au double du personnel antérieur, mais leur durée de travail effectif est tombée à 32 h, et parfois 25 h/semaine. Pourtant cette durée est très inégale au milieu de personnels d’exécution surchargés : guichets administratifs, hôpitaux, services techniques, transports, dont les moyens sont sans cesse restreints. Où passent ces heures perdues ? Au profit de qui ? de quels collaborateurs fantômes par milliers ?  En dix ans, les chiffres ont doublé pour moins de résultat qu'avant. L'absenteisme a progressé de 25 % en dix ans (étude Sofaxis).

Le problème est surtout de situer où sont réellement nos fonctionnaires, qu'ils soient effectivement sur le terrain près du citoyen, et de savoir à quoi ils servent. Nos lois sont inapplicables parce qu'elles sont faites par des personnes qui n'ont jamais travaillé, qui ignorent tout du terrain. Si des suppressions de poste surviennent, ce sont les plus nécessaires qui partent pour préserver les planqués. Le moment est venu pour l'appareil politique et administratif de mener les réformes que toutes les entreprises ont faites car c’est la tête qui est malade. L’appareil d’État vit sur une canopée archaïque et coupée des réalités du pays, dans une cour à la Louis XIV qui fait gronder le peuple français. L'exemple doit venir d'une direction de l'Etat à bout de souffle, hagarde, étourdie par sa communication. Jamais l'expression du "Hollandais Volant" ce vaisseau fantôme, n'aura autant été justifiée.


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Ludovic Grangeon

Ludovic Grangeon est expert conseil en assistance aux entreprises et services publics, partenaire de plusieurs réseaux d’expertise en management et innovation sociale de l'entreprise. Fondateur de l'axe «Entrepreneuriat de l'économie sociale» à l'ESDES Lyon, également membre du comité stratégique national Afnor management et services, il participe régulièrement aux Journées de l’Economie.

Il a successivement exercé dans l'aménagement du territoire, les collectivités locales, en France et auprès de gouvernements de pays émergents, Maghreb, Amérique Latine, Asie, puis à la Caisse des Dépôts et Consignations, direction générale Paris (affaires internationales et recherche) et en région, gérant de portefeuille industriel dans un groupe international de capital risque, ensuite Président et Directeur Général de sociétés Veolia/Dalkia énergie région Sud Est, expert inspecteur auditeur Afnor/Communauté Europénne, puis secrétaire Général du GIE Agirc Arrco.