Le produit normal des rentabilités comparables

3,2 millions
La France compte 3,2 millions de PME.

Le système économique est comme innervé par un réseau de rentabilités directes de même appartenance. Les dogmes qui tiennent lieu de science économique n’attirent pas l’attention sur cette réalité, afin de voiler la loi normale qui règle la plupart des prix finaux lorsque la concurrence n’est pas dévoyée pour bloquer l’application de cette loi.

Le réel économique modélisé par le tableau gigogne de formation des résultats des entreprises (Economie Matin du 2 novembre) ressemble à un immense verger. Les arbres y sont les entreprises qui juridiquement vendent les marchandises composées, à des prix qui peuvent être dits finaux pour les distinguer des prix des marchandises élémentaires (Economie Matin du 26 janvier). Pour les raisons que je vais commencer ci-après à situer, un produit naturel de cette plantation est : 1) systémiquement, la tendance à l’égalisation des rentabilités comparables ; 2) socialement, la tendance à l’équité des échanges entre les entreprises et leurs clients ; 3) politiquement, la défaillance de la concurrence lorsqu’elle ne réduit pas les écarts de rentabilités comparables, 4) commercialement, la répartition la plus compétitive des marges directes et ce faisant des coûts communs au prorata des investissements directs en règle générale. Didactiquement, ce fruit plus riche que ne le laisse attendre le parti pris de son inexploitation se décortique bien, mais pourvu que ce soit avec davantage de rigueur intellectuelle qu’en économie politique néoclassique et en comptabilité analytique dite d’exploitation.

L’illustration numérique du précédent article

Dans le tableau ci-dessous comme dans tous ceux du même modèle, les nombres sont en unité monétaire pour les uns (lignes 1 à 4) et en valeur relative pour les autres (lignes 5 à 7) :

Que les filles considérées soient des produits vendus ou des gammes de produits vendus, ou encore des filiales d’une maison mère ou d’un groupe qui contrôle leur gestion et consolide leurs résultats, cela ne change rien à ce que cette matrice élucide.

Dans les valeurs relatives ci-dessus, les profitabilités directes (ligne 7) sont égales alors que les productivités (ligne 6) et les rentabilités (ligne 5) sont très différentes. On peut s’attendre à ce que, de période en période, l’évolution des quantités vendues aient un effet sur les productivités (ligne 6) : les grandes hausses de ces quantités permettent souvent des augmentations de rendements, les grandes baisses de ces mêmes quantités mettent souvent dans l’incapacité de maintenir les précédents niveaux de rendements.

 

Au début sont les égalités de profitabilités de même appartenance

Le début considéré est celui de l’entrée en concurrence sur les prix. Bien des circonstances ajournent l’entrée en lice de la concurrence régulatrice des prix, avec bien sûr dans ces circonstances la volonté de l’offreur de repousser le plus loin possible dans le temps le verdict des acheteurs mis en mesure de bien comparer les rapports entre la qualité et le prix de ce que les offreurs de la même sorte de fourniture vendent.

Même hors d’un monopole, soit juridique soit élevé par d’autres barrières, l’égalisation et le niveau élevé des profitabilités de même appartenance est dans la durée souvent initiale pour bien des raisons. L’une est trivialement technique. En gestion d’entreprise, les profitabilités – par définition en économie objective des taux de marge sur chiffre d’affaires ou sur prix de revient des ventes, taux exprimables par des coefficients multiplicateurs pour la commodité du calcul de l’ordre de grandeur des prix de vente – les profitabilités sont plus faciles à budgéter et à constater que des rentabilités proprement dites.

 

La concurrence efficace égalise les rentabilités de même appartenance

En règle qui n’a pour exception que des entraves à l’entrée en concurrence et à la comparabilité des offres, par râteau de relations RPP’ (lignes 5 à 7 du tableau) les plus hautes productivités vont de pair avec les plus basses profitabilités et les plus basses productivités vont de pair avec les plus hautes profitabilités. Repérée par Smith, Say et Ricardo puis reléguée par les marginalistes dans l’accessoire, sous la férule de la concurrence la réduction de la dispersion des rentabilités des entreprises juridiquement constituées n’est que l’un des effets de la loi générale de réduction des rentabilités comparables parce que de même appartenance.

On ne le répétera jamais trop tant que cela ne sera pas couramment enseigné. Là où la comparabilité des offres des entreprises n’est pas obérée, l’économie de marché est régie par une loi naturelle (logique, systémique) de tendance à l’égalisation des rentabilités comparables. Les gestions des marges des entreprises dans l’entreprise, et ce faisant les décisions de prix de vente de marchandises composées qui se tiennent plus près de la moindre dispersion des profitabilités de même appartenance que des rentabilités correspondantes abaissent la compétitivité par rapport à ce qu’elle serait en prenant le parti contraire.

 

Moindre vulnérabilité au changement structure des ventes

Soit une entreprise contractuelle qui vend deux produits ou groupes de produits, à des prix tels que l’un des deux est de plus en plus rentable alors qu’il est le moins profitable. Ce produit ou groupe de produits va pouvoir subventionner l’autre, mais de moins en moins au fur et à mesure que sa sur rentabilité ouvrira une fenêtre à la concurrence.

Soit, maintenant, une entreprise contractuelle qui ajuste en permanence ses prix de vente de telle façon qu’il en résulte le moins possible d’inégalité des rentabilités directes de même appartenance. Pour la rentabilité finale de cette entreprise contractuelle, il devient négligeable que la structure des ventes change parce qu’il n’y a plus de subventionnements internes massifs.

 

La répartition des coûts communs et des contributions à la rentabilité finale

Dans la mesure où l’égalisation des rentabilités de même appartenance n’est pas entravée, notamment parce que les autorités de marché veillent à ce qu’elle s’applique d’abord aux rentabilités finales des entreprises contractuelles, la répartition la moins arbitraire des coûts communs et des contributions à ces rentabilités est en règle générale au prorata des investissements directs.

Le second lien ci-dessous donne accès à une argumentation qui en premier lieu montre comment le tableau gigogne est utilisable en gestions prévisionnelle. En deuxième lieu, cette argumentation indique comment, à partir d’un objectif de marge, une propriété purement mathématique permet de calculer des prix unitaires qui tendent à égaliser les rentabilités directes d’articles dont on connaît les quantités vendues et les coûts unitaires actuels – ce qui est l’un des moyens de vérifier l’existence de la tendance à l’égalisation des rentabilités comparables sous la pression de la concurrence.

Davantage d’arguments

11.9. La concurrence est défaillante quand elle ne réduit pas les inégalités des rentabilités directes de même appartenance.

11.10. La répartition la plus compétitive des marges directes, et ce faisant des coûts communs, est souvent au prorata des investissements directs.


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Dominique Michaut

Dominique Michaut a été directeur des études du Centre consulaire de formation de Metz puis conseiller de gestion, principalement auprès d’entreprises. Depuis 2014, il administre le site L’économie demain, dédié à la publication d’un précis d’économie objective (préface de Jacques Bichot).