Le vélo à assistance électrique décolle, mais très doucement (le marché et quelques repères techniques)

1 000 euros
Un vélo à assistance électrique coûte environ 1 000 euros, dans sa
fourchette basse de prix.

Tous à vélo à assistance électrique dans 10 ans (ou à vélo classique !) ? Une utopie bien sûr. Il faut dire que le vélo à assistance électrique (VAE) est à la mode en ce moment.

Plusieurs facteurs y contribuent, notamment les nets progrès réalisés sur les batteries, lui offrant désormais des autonomies importantes de plus de 100 kms, la diversification de la gamme qui s’est étendue aux vélos de route, aux VTC, aux VTT, ou bien encore à un design avantageux qui parvient à concurrencer les vélos classiques. On est loin de l’image du vélo de ville équipé d’un affreux panier à l’avant et d’une batterie sur porte-bagages avec une autonomie réelle de 20 ou 30 kms quand tout va bien. Aujourd’hui de nombreux marchands de cycles se sont convertis à ce nouveau marché, et commercialisent ce type de vélo dans une fourchette de prix allant de 1000 à plus de 3000 euros.

 

Quelques données statistiques de ventes

Il s’est vendu en France près de 3 millions de vélos en 2014, dont 78000 vélos à assistance électrique (soit 2,7% seulement). Le marché a progressé de plus de 30% sur un an, une progression certes très importante, mais sur un volume restant faible en comparaison de certains voisins. A titre de comparaison, la vente des VAE aux Pays-Bas représente plus de 20% du marché vélo (plus de 220000 unités  vendues). Il y a près de 3 fois plus de VAE vendus dans ce pays pour une population 4 fois moins nombreuse. Décidément, la France n’aime toujours pas le vélo !

Après cette introduction, je vous livre quelques éléments techniques et pratiques, mais auparavant, je m’aventure à une petite réflexion sur notre société qui trouve là l’occasion de s’emparer d’un nouveau modèle de vie.

 

Une ville où il fait bon vivre dès demain (enfin .. après-demain)

Il faut avoir à l’esprit que 50% des trajets en voiture font moins de 3 kms, c’est-à-dire l’équivalent de 10 minutes de vélo. Si ces parcours étaient réalisés en VAE (ou tout simplement en vélo classique), nous aurions évidemment beaucoup moins de voitures dans nos centres villes et environs. Et si on élargissait cet espoir à tous les trajets de moins de 10 kms, vous imaginez le nouveau visage de nos villes ! Il est inutile que j’insiste sur tous les effets positifs d’un tel changement. Nous rentrerions alors dans un nouveau modèle de société, presque un nouveau monde, où la voiture n’est plus reine, où elle cède volontiers sa place à un « véhicule » de 20 kgs seulement pour transporter un passager, en lieu et place d’un véhicule à 4 roues de plus d’une tonne, énergivore, bruyant, polluant, encombrant et coûteux, image typique d’une société fortement carbonée. Une société nouvelle, plus écologique et respectueuse des proportions !

Et maintenant, quelques aspects techniques et pratiques

 

Privilégier la qualité

Le prix est bien sûr important, mais à titre personnel, je ne vous conseillerais pas à vous laisser tenter par des prix trop bas, au risque de devoir essuyer quelques déconvenues assez rapidement. Le plus important est de savoir résoudre l’impossible équation combinant la bonne réponse à vos besoins, le respect du budget alloué, et une qualité suffisante pour éviter les mauvaises surprises. La qualité n’est jamais un surcoût sur le long terme, vu que la durée de vie du vélo sera au moins multipliée par 2 ou 3 face à un vélo de qualité médiocre. Il faut être conscient que ce qui fait la cherté du vélo à assistance électrique est bien entendu le moteur et la batterie. Il est donc fortement recommandé de disposer d’un bon matériel dès l’achat, vous laissant tranquille au moins 5 ans. C’est par exemple le cas des batteries de marque, garanties pour un nombre de cycles de rechargement suffisant (500 à 1000) pour emmener votre véhicule sur une distance d’au moins 30000 kms sans avoir à la changer.

 

Coût énergétique

Concernant le coût énergétique, il est tellement dérisoire qu’il est presque inutile d’en parler ; il faut compter au grand maximum 1,50 euro d’électricité pour parcourir 1000 kms, autant dire, rien du tout, en comparaison d’une voiture qui vous en coûte autour de 80 euros.

 

Autonomie et consommation énergétique:

Suivant le type de parcours effectué, les difficultés du terrain, l’état des routes, le poids du cycliste, la direction du vent, votre consentement à l’effort, etc., la consommation est sensiblement différente. Elle dépend également du type de motorisation (moteur avant, arrière ou pédalier). C’est avec les moteurs au pédalier qu’on observe les meilleures autonomies (entre 80 à 120 kms réels).

N’étant pas un adepte des procédés louchométriques, je vous livre en annexe des chiffres vrais, vérifiés par moi-même sur le terrain. L’évidence nous dit que plus le réservoir d’un véhicule est important, meilleure est l’autonomie. Par conséquent, il faudra vite oublier les batteries de capacité énergétique inférieure à 400 Watts-heure (36 Volts, 11 Ah) si l’intention est d’aller loin.

 

Hypothèse de gain économique pour la société

Prenons une simple hypothèse volontairement peu ambitieuse pour rester réaliste face à la société française marquée d’une préférence certaine pour la voiture. Imaginons que 5 millions de nos concitoyens s’équipent en VAE et que chaque vélo parcourt 5000 kms par an, en substitution de la voiture. Cela représente 25 milliards de kms en moins pour nos beaux véhicules à 4 roues. Certes, c’est encore bien peu au regard des 500 milliards de kms parcourus par le parc automobile français chaque année (chiffre à prendre comme un ordre de grandeur, car assez différent selon les sources !) , mais ce serait un début, un premier pas, ou un premier coup de pédale. Pour atteindre cet objectif, il faut vraiment passer à la vitesse supérieure, changer de braquet, et atteindre un niveau de ventes de plusieurs centaines de milliers de vélos par an, comme c’est le cas en Allemagne. Les nombreuses villes qui subventionnent un tel achat à hauteur de 300 ou 400 euros vont peut-être y contribuer.

 

Avantages, inconvénients et progrès réalisés

Avantages :

Il réduit considérablement votre effort, particulièrement en montée Il permet d’améliorer votre vitesse moyenne, surtout lorsqu’il y a quelques côtes à franchir. Le coût énergétique est totalement négligeable Il ne pollue pas et fait très peu de bruit Vous pouvez plus facilement transporter vos affaires ou vos courses sans souffrir dans l’effort Si vous avez un moteur pédalier, vous pouvez partir plus facilement en habit de ville sans risquer d’y laisser quelques traces noires bien désagréables. Se rendre au travail devient donc plus facile, sans se salir, et sans transpirer !

Inconvénients :

Le VAE reste cher dès que l’on vise un produit de bonne qualité Le moteur coupe au-delà de 25 km/h. Dommage ! C’est souvent très gênant sur le terrain plat. C’est pour cette raison que le VAE déploie vraiment ses atouts sur des parcours accidentés, ou pour des seniors qui ont abandonné le vélo classique. La durée de vie des batteries reste un peu aléatoire, car elles demandent quelques précautions d’usage. Il est donc impératif d’être équipé d’une batterie de grande marque. Le poids est encore important (plus de 20 kgs) Certains vélos ne se comportent pas vraiment comme des vélos classiques dès que l’on coupe l’assistance électrique. Il se produit des phénomènes de freinage électromagnétique (le moteur est entraîné), provoquant une grande résistance au pédalage (certains vendeurs se gardent bien de le signaler !)

Progrès réalisés :

Le VAE vous offre aujourd’hui avec les batteries Lithium-Ion une très bonne autonomie de 80 à 120 kms (je parle bien d’une autonomie réelle sur le terrain, et non pas des données constructeurs qui s’autorisent à vous embarquer sur des parcours de 180 kms !!) Les batteries Lithium-ion présentent beaucoup d’avantages (légèreté, grande capacité, pas d’effet mémoire, temps de recharge rapide, meilleure durée de vie) Le poids des VAE à tendance à diminuer grâce justement à ces batteries plus légères et également à l’amélioration des moteurs. Les VAE les plus légers pèsent environ 20 kgs.

 

Conclusion

La tendance à la hausse des ventes de VAE devrait se poursuivre, malgré l’augmentation déjà très perceptible des prix liée à la baisse de l’euro ; mais nous sommes encore très loin de nos amis Allemands et Hollandais. En France, l’usage du vélo qui a longtemps été réservé aux activités de sports et de loisirs, laisse aujourd’hui espérer que le VAE devienne un vrai moyen de déplacement, un substitut à nos voitures un peu encombrantes. Avec le VAE, on peut donc se déplacer sans trop d’efforts, faire de substantielles économies d’énergie et d’argent, réduire son empreinte carbone, aller en ville facilement, se garer gratuitement. Il peut donc devenir un véritable outil pour se déplacer sur des distances tout à fait respectables.

Et si nos maires laissaient tomber leurs schémas ou figures architecturales éculés, en arrêtant de construire des ronds-points inutiles au profit d’un aménagement de ville qui ferait une part belle à ces vélos du futur ! Alors, vous y croyez à ce changement de société ?

 

ANNEXE : autonomie et consommation énergétique:

Voici le résultat de mes tests effectués avec un VTC de marque, équipé d’un moteur pédalier et d’une batterie Li-Ion 400 Watts-heure. ATTENTION, les données seraient différentes pour un moteur roue arrière ou roue avant:

Parcours plat : autonomie supérieure à 100 kms pouvant aller jusqu’à 110 voire 120 kms. (inférieur à 3,8 Watts-heure par km) Parcours présentant un relief de petites côtes : autonomie d’environ 85 à 100 kms. (3,8 à 4.5 Watts-heure par km) Parcours assez accidenté (par exemple avec des montées de 4 à 7 kms à plus de 5% : Autonomie de 75 à 85 kms (4,5 à 5 Watts-heure par km)

Finalement, simplifions en disant que 100 watts-heure permettent de parcourir entre 20 et 30 kms selon le contexte.


Alain Desert

Ingénieur en informatique, Alain Desert a longtemps travaillé sur des plates-formes grands systèmes IBM où il a eu l'occasion de faire de nombreuses études de performances. Il est un adepte de l'approche systémique.