Pourquoi les taxis vont disparaître en 2022

1922
Le dernier fiacre à cheval a disparu de Paris le 15 février 1922.
Seulement 17 ans après l'arrivée des premiers "taxis" à moteur....

Les taxis vont mourir. En écrivant cela, je vais me faire des amis ! C'est pourtant inéluctable. Les taxis sont des dinosaures à l'ère d'Uber, au même titre que les fiacres le sont rapidement devenus en un rien de temps, avec l'arrivée des voitures à moteur, voici tout juste cent ans.

Précision : le dinosaure n'est pas au volant ! Ce n'est pas non plus le véhicule, bien qu'il soit bien souvent vieux, sale et puant, quand le VTC est toujours beau, propre, récent. Non, le dinosaure, c'est le service, et le modèle économique qui l'accompagne. 


Pour illustrer mon propos, une anecdote vieille de quelques heures à l'instant où j'écris ces lignes. J'ai du mal à croire au hasard.... Lundi 25 janvier, à la descente du TGV, je monte dans un taxi, car il est tard et attendre le bus vingt minutes ne m'emballe pas plus que cela. Nous sommes en province, le nombre de VTC sur Uber n'est pas encore suffisant pour qu'une voiture puisse débouler en trois ou quatre minutes, la durée d'attente standard avec ce genre de service dans Paris... La première est à quatorze minutes, mais, rappelons le, son approche ne me serait facturé que un euro, si je choisissais de l'appeler quand même. Les concurrents d'Uber n'opérent pas encore ici.

Je monte donc dans mon taxi.

"- Vous prenez la carte bleue ?" "- Non, j'attends mon appareil !".

Va pour se faire déposer à un distributeur, et donc, payer pour tirer de l'argent. Bienveillant, mon chauffeur me prévient qu'ils seront en grève demain, de ne donc pas compter sur les taxis mardi 26 janvier. Il n'aura pas besoin de me le répéter deux fois, attendez la suite.

Arrivé à ma destination, le compteur affiche 10,60 euros. Je tends 21 euros à mon chauffeur.  "Ah, je suis désolé, je n'ai pas de monnaie, mais ce que je vous propose, je vous rends 15 euros, je vous fait une note à 20, et vous gagnerez encore de l'argent"


Je suis entré dans une colère noire. J'ai réclamé mon billet de 20 euros en menaçant d'appeler la police tellement l'escroquerie était énorme, et de prévenir les boers (la police des taxis). Je ne sais pas pourquoi je suis aussi rapidement monté en tours, ceux qui me connaissent bien louent ma patience, paraît-il légendaire, mais là, c'en était trop ! 

Non seulement ce taxi n'avait pas de terminal CB, bien que la loi l'y oblige depuis le 1er janvier, mais en prétendant ne pas avoir de monnaie, il était tout simplement en train de m'enfler de quatre euros, en me faisant miroiter une partie de son larcin, puisque j'aurai pu me faire rembourser "grâce à lui" une note de frais de 20 euros.. Et donc escroquer mon patron (moi). ! Agnès, si tu m'entends... 

Le pire, c'est que ma colère ne faiblissant pas, n'ayant toujours pas récupéré mon billet de 20 euros... voici que notre chauffeur trouve de la monnaie dans sa boîte à gants ! Soigneusement rangée dans un distributeur de pièces, intégré à la voiture, comme par hasard... Voleur.

Le dernier taxi disparaîtra en février 2022

Oui, les taxis vont mourir. Car ils sont d'un autre temps. Le service est médiocre, les véhicules bien souvent à bout de souffle, et le prix, excessif. Uber, pas rentable ? Je sais. Non seulement Uber n'est pas rentable, mais les VTC qui travaillent avec râlent, car les tarifs sont trop bas à leur goût. Mais voilà. Uber, et ses concurrents, c'est évidemment l'avenir. "Appeler" un Uber depuis son smartphone est tellement, tellement, tellement plus simple, que d'appeler une centrale de taxis ! Pouvoir faire une estimation du prix de la course, voir le véhicule approcher, connaître en temps réel le temps d'attente, pouvoir noter le chauffeur dont on a le nom et la photo, tout cela est totalement dans l'air du temps de notre économique numérique.... Révolutionnaire. Disruptif.

Pour démarrer cet édito, je me suis demandé quand les derniers fiacres hippomobiles ont disparu de la capitale. C'est édifiant ! Le "Mercure de France" relate dans un billet le retour à l'écurire du dernier fiacre à cheval, le 15 février 1922. Sachant que les fiacres hippomobiles sont arrivés en 1905, soit 17 ans plus tôt ! Dès 1907, Paris comptait 2359 fiacres automobiles, pour 9409 fiacres hippomobiles. Autrement dit, en moins d'une génération, les voitures à moteur ont déboulé dans la ville, et tué le cheval. 

A l'heure de la digitalisation de l'économie - pour ne pas employer le néologisme qui fera peut-être bientôt pourtant référence "ubérisation" - le grand remplacement des taxis ne prendra pas 17 ans, c'est inéluctable. Déjà, le prix des licences de taxi à Paris s'est effondré, passant de 220 000 euros à 160 000 euros en quelques mois. Je ne mettrai pas 1 000 euros dedans aujourd'hui, sauf pour spéculer et la revendre très vite à un gogo ! 

Oui, les taxis vont mourir, remplacés par les VTC aujourd'hui, des services d'autopartage aussi simples qu'Uber demain (du genre de Heetch), et... par des voitures en libre-service à tous les coins de rue après demain. Electriques, cela va sans dire. Mais surtout... sans chauffeur, c'est une évidence absolue aussi !

C'est ce que Uber prépare, fort probablement. Une fois que l'appel d'un VTC depuis son smartphone, et demain, sa montre, et pourquoi pas, après-demain, un objet connecté du genre broche ou porte-clef, sera aussi banal que de demander à Google le nombre de fonctionnaires en France, nous convertir à la voiture sans chauffeur ne sera qu'une formalité.


Voilà pourquoi le taxi va mourir, mais, conformément à l'axiome schumpeterien de la destruction créatrice, il va renaître sous une, ou plusieurs formes. Une chose est sûre : les emplois de chauffeur, aussi bien pour le transport de personnes, en ville, que pour le transport de fret, sur route, vivent leurs dernières années. L'automatisation inéluctable de la conduite automobile les condamne à disparaître, à plus ou moins court terme, d'ici à 2030,  donc d'ici à moins de... quinze ans. Autant dire que le conflit entre taxis et VTC est tout simplement dépassé pour ne pas dire stérile, autant que si les chevaux s'étaient rebellés contre les moteurs à explosion, au prétexte qu'elles allaient les condamner à l'abattoir ! 


A découvrir

Jean-Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016.

Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time. 

En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007.

Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an.

En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier. 

Il a également été éditorialiste économique sur SUD RADIO de 2016 à 2018.

 

Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).