Les vertus de l'égalité volontaire des rentabilités

3,2 millions
La France compte 3,2 millions de PME.

Les rentabilités dont la dispersion peut être volontairement réduite, jusqu’à les rendre très proches, sont directes et de même appartenance. Ces rentabilités comparables étant toutes des retours sur investissement, on peut utiliser aussi cette dernière expression pour les désigner exactement.

Les rentabilités dont il s’agit sont exclusivement des ratios de type M / I, avec le M de marge et le I d’investissement ; la marge et l’investissement considérés sont à la fois directs et de même appartenance, par bouquet de résultats comparables. Dans ces résultats, il y a les ventes V, à leur valeur hors tva, qui ont procuré la marge M au moyen des investissements I. Il y a donc aussi des productivités V / I et des profitabilités M / V. Chaque rentabilité M / I est toujours égale au produit d’une productivité V / I par une profitabilité M / V : avec R pour rentabilité, P pour productivité, P’ pour profitabilité, c’est l’inaltérable et cardinale relation RPP – celle-là même dont la théorie économique aujourd’hui dominante minimise l’importance alors que de façon certaine elle participe, pays par pays, à la répartition du revenu global (Economie Matin du 22 juin), et par elle au niveau du salaire moyen.

Les rentabilités des entreprises contractuelles

Les entreprises contractuelles, qui sont celles juridiquement constituées soit en nom personnel soit en société, ont pour contrainte de devoir être rentables, et non pas forcément pour but de l’être le plus possible comme Peter F. Drucker l’a détecté (Economie Matin du 2 mars). Concrètement, il faut qu’aussitôt que possible après leur création ou leur restructuration, le retour sur investissement dans leur capital devienne positif puis le reste hors transitions exceptionnelles.

Mais ce retour sur investissement sous quelle forme et à quelle hauteur ? Cette décision de gestion prévisionnelle devient mieux instruite lorsque la normalisation du taux de profit sur capital n’est plus en souffrance (Economie Matin du 11 mai). Grâce au comblement de cette lacune, le législateur se met en mesure d’obliger : 1) les entreprises contractuelles à faire figurer dans leurs comptes de clôture d’exercice et, si elles sont en société dans leurs distributions de dividendes, leur taux normalisé de profit sur capital ; 2) l’organe officiel de statistique économique à publier périodiquement un taux moyen national de profit sur capital (TMNP). Les objectifs de résultats finaux deviennent alors pris par les gestionnaires et leurs conseils en meilleure connaissance de cause. Alors aussi le capitalisme de rendement gagne du terrain sur le capitalisme de plus-value, ce qui est un bienfait systémique parce que le capitalisme de rendement est par construction plus autorégulé que le capitalisme de plus-value.

Deux niches et un parti inné

L’obtention de ce bienfait suppose un législateur enfin convaincu des vertus de la comparaison des retours sur investissement dans le capital des entreprises contractuelles, quels que soient leurs statuts juridiques. Là où depuis cinq à sept ans ces taux de retour restent sensiblement supérieurs à leur moyenne nationale, il y a lieu de se demander si le niveau général des prix auxquels ces entreprises vendent est protégé par un dispositif d’entrave à la concurrence, avec ce que cette dernière impulse en changements d’offre là où soit la rentabilité est devenue trop faible, soit la compétitivité paraît pouvoir être plus grande grâce à un tel changement (soit dit en passant, l’inanité du la néoclassique « concurrence pure et parfaite » provient pour une bonne part de sa non prise en considération de ces changements). Et là où depuis trois à cinq ans ces mêmes taux de retour sont sensiblement inférieurs à leur moyenne nationale, il entre dans la responsabilité des directions d’entreprise concernées de prévenir des dépôts de bilan par des reconversions assorties de recapitalisations.

Les surrentabilités et les sous-rentabilités dont il vient d’être question sont des niches. La première coûte du pouvoir d’achat aux ménages, la seconde coûte des pertes d’épargne placée en capital et des emplois à retrouver. L’opinion publique qui prête activement attention à l’évolution de ces niches manifeste son parti inné en matière de prix auxquels les entreprises vendent : elle désire que ces prix soient chaque fois que possible des sommes objectives de coûts, tant il est évident que de la manipulation de ses comportements s’en trouve réduite. De ce parti inné, véhiculé par les notions de juste prix et de commerce équitable, on peut aussi dire qu’il est celui de l’objectivité des prix finaux, laquelle objectivité se révèle d’autant plus laborieuse à élucider que l’égalité de l’échange marchand s’établit de façon différente par sorte de marchandise (Economie Matin du 9 février) et que pour la plus primordiale de ces sortes, celle qui a pour contreparties les revenus du travail, les subjectivités collectives nationales interviennent lorsque de la fausse science n’a pas conduit à leur retirer ce pouvoir (Economie Matin du 14 septembre).

 

Moins de subventions internes

Au sein des entreprises contractuelles, les inégalités persistantes de retour sur investissement des centres de production de marge directe de même appartenance – des rentabilités comparables – signalent des subventions internes, possiblement masquées par des profitabilités comparables trop proches car pas assez inversement proportionnelles aux productivités comparables correspondantes. Ce jeu de balançoire se conceptualise bien à partir de cas chiffrés, même à partir de valeurs imaginées mais bien sûr cohérentes entre elles. Dans ce jeu, l’égalité à laquelle il n’y a pas de subventionnement interne est celle des rentabilités comparables.

Bien que les subventionnements internes soient loin de pouvoir être toujours sensiblement et rapidement réduits, la concurrence les rend dangereux pour les entreprises qui s’y exposent. Lorsqu’il y a subvention massive des ventes les moins rentables – lesquelles sont souvent les plus profitables ! – par les ventes les plus rentables, lesquelles sont souvent les moins profitables ! –, la concurrence a tôt ou tard pour effet de tarir les vaches à lait. Ce tarissement une fois engagé, il peut se révéler être trop tard pour relever la rentabilité des ventes qui ont été subventionnées. Des pertes de débouchés sont évitables par la réduction volontaire des inégalités de rentabilité comparable.

Autre vertu du zéro subventionnement interne

L’évolution de la structure des ventes devient indifférente à une entreprise qui parvient à égaliser ses rentabilités directes de même appartenance, toutes à un niveau assez élevé pour que l’ensemble soit assez rentable. Que la clientèle d’une telle entreprise augmente ou réduise ses achats sur tel ou tel segment de l’offre de ce fournisseur devient sans effet sur la rentabilité de l’ensemble de l’offre. C’est l’une des conditions auxquelles les entreprises portent au plus haut leur contribution sociale. En son état natif et toujours actuel, le discours sur la RSE, la responsabilité sociale (ou sociétale) et sa législation (dont en France l’ordonnance du 19 juillet 2017) ignorent cette condition dont la satisfaction est nécessaire à l’évitement de la suppression d’emplois.

Une entreprise apparemment gérée pour dégager le plus possible de bénéfice peut en réalité l’être pour, exercice après exercice, atteindre au plus près l’objectif de résultat final mis par sa direction générale au départ de son processus budgétaire. Si dans cette entreprise l’égalité des rentabilités directes de même appartenance est sans cesse recherchée, alors sa gestion est susceptible de se révéler plus sécure et juste pour tous (clients, salariés, détenteurs de parts de capital) que là où les étendards de l’économie sociale et solidaire et du commerce équitable flottent à la proue et à la poupe du navire sans qu’au poste de pilotage et dans la salle des machines les vertus de l’égalité volontaire des rentabilités comparables soient prises en considération, à l’instar de ce qu’est hélas devenue sur ce point la règle la plus générale dans les manuels d’économie et de gestion néolibéraux.

Source

Proposition première de science économique 11.11


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Dominique Michaut

Dominique Michaut a été directeur des études du Centre consulaire de formation de Metz puis conseiller de gestion, principalement auprès d’entreprises. Depuis 2014, il administre le site L’économie demain, dédié à la publication d’un précis d’économie objective (préface de Jacques Bichot).