La honte après l'Horreur

90 %
Vendredi 13 novembre 2015 avait lieu la grève des médecins et 90% des
cabinets étaient fermés

Vendredi soir au moment ou les parisiens commençaient le week-end, l’horreur absolue faisait irruption, les morts, les très nombreux blessés, prenaient  place dans l’information. La vie s’est arrêtée immédiatement sauf peut être pour le football qui a continué le match jusqu’au bout. L’importance de ce football dépassant tout puisqu’un de ses responsables s’est permis dans la nuit de vendredi a samedi de dire haut et fort que l’euro 2016 ne devait pas souffrir de ces attentats.


Du côté du mouvement des médecins libéraux, commencé le matin par une  mobilisation massive,  il était arrivé à son maximum le soir vers 20 heures. Presque 90% des cabinets fermés dans certaines régions, nombre de cliniques privées aussi, une opération escargot dans le calme sur toute la France et les médias qui commençaient à  donner raison à ce mouvement contre la loi santé. L’opération escargot avait conduit un très grand nombre de ces médecins, chirurgiens, anesthésistes à Paris où ils comptaient passer le week-end et manifester devant l’assemblée nationale le lundi 16.


Dès que les dirigeants des syndicats médicaux, réunis à Paris pour faire le point de la journée, ont été mis au courant  des attentats (par les renseignements généraux) leur réaction a été immédiate. L’ensemble des syndicats de médecins libéraux a envoyé un communiqué de presse informant   de l’arrêt total du mouvement dès 11 heures 30. Un SMS a été envoyé à tous les médecins sur place leur demandant de se mettre à la disposition des pouvoirs publics et des blessés, les cliniques de la région parisienne ont toutes repris leur activité et leurs services d’urgence se sont mis en alerte, SOS médecins a immédiatement repris le travail. Réaction d’un corps médical dont la vocation est avant tout d’être au service de la santé et pas de  la revendication. Beaucoup ont pensé que cette réaction était logique, cela va beaucoup mieux en le disant, les médecins se battent pour notre santé jamais contre.
Dès cet instant,  le corps médical dans son ensemble s’est mis en marche vers les hôpitaux, les services d’urgence les SAMU  dans une solidarité totale. Dimanche matin quand les choses se sont calmées un peu aux urgences le docteur CALVI,  directeur du SAMU de Paris a remercié  et félicité sur l’antenne de RTL les médecins libéraux et les IDE (infirmières) libérales de la spontanéité avec laquelle ils se sont tous mis à disposition des hôpitaux. Un bel hommage rendu à la médecine libérale par les médecins hospitaliers. Il est juste nécessaire de signaler que les cliniques privées qui avaient ouvert leurs blocs opératoires, mobilisé leur personnel  médical dans le cadre du plan blanc mis en place n’ont vu arriver aucun blessé en urgence grave. La régulation n’envoi pas dans le privé même en période de crise comme celle-ci,  c’est très  regrettable. Le docteur Marty,  président de l’union Française des médecins libéraux,  en tête de la mobilisation aussi bien contre la loi que pour appeler ses confrères à répondre a l’urgence trouve que cette attitude des hôpitaux publics est le résultat de la politique menée actuellement et  préfigure ce que sera notre pays après le passage en force de la loi santé. Politique qui veut effectivement effacer de la carte de santé tout ce qui pourrait être privé.


Face à cette solidarité nationale, devant l’ampleur de ces attentats, la France est en deuil national jusqu’à mardi inclus. Devant ce deuil et cette horreur  le cynisme des socialistes n’a pas de limites. En même temps que François Hollande demande à la nation toute entière d’être derrière lui dans un grand élan national, on apprend que le programme des travaux de l’assemblée nationale n’est remis que d’un jour. Dès mardi, profitant de la situation où personne ne peut plus ni manifester ni bouger, la ministre de la santé va tenter de faire passer sa loi santé dont personne ne veut. Une honte totale quand on sait comment les médecins ont fait face à l’urgence à Paris. Il n’y a pas de mots assez fort pour qualifier cette attitude des députés socialistes, alors que l’assemblée devrait être mobilisée sur bien d’autres sujets majeurs, en particulier modifier sur demande du chef du gouvernement la loi sur l’état d’urgence.
Comble de cynisme et d’affront, Marisol Touraine a visité Dimanche matin un service hospitalier d’urgence pour s’apitoyer (face au caméras) sur le sort des victimes, honorant le travail de l’hôpital public sans un mot pour ceux qui, faisant fi de leurs griefs, se sont montrés disponibles ( beaucoup étaient médecins libéraux)  quand un état veut se servir de la détresse humaine pour éviter un dialogue social nécessaire face à l’importance de cette loi, quand un état veut abattre un homme a terre, c’est un état sans honneur.


Les responsables des mouvements de médecins calment aujourd’hui leurs confrères car la colère gronde. Ils prônent la dignité et le recueillement face à ce coup bas porté par une ministre.  Renseignement pris la base gronde mais restera calme et respectera le deuil national sans utiliser les mêmes bassesses que le gouvernement et les députés. L’ensemble des médecins était dimanche encore mobilisé et nombre de ces médecins toujours a Paris auraient pu refuser de revenir en province et continuer le blocage sanitaire commencé. L’honneur des médecins en ces jours graves passera avant la réponse au gouvernement avec le même cynisme.


Par contre  il faut le savoir, si cette loi passe en force cette semaine  (ce qui serait étonnant car nombre de députés  trouvent le procédé indigne)  si les médecins sont  pris pour quantité négligeable par la ministre dans une période comme celle-ci,  leur colère et celle des patients qui se battent à leurs côtés sera terrible. On a vu vendredi dans la journée (bien avant les attentats) une mobilisation sans précédent, soit l’état l’a entendu et remet a plus tard dans le calme une analyse de cette loi, soit il n’en tient pas compte et là,  la réponse des professions de santé sera à la hauteur de la situation.


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.