Loi Santé : les vendredis noirs se succèdent

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Seulement 16 députés sur les 577 étaient présents pour voter le tiers
payant généralisé.

Le terme de BLACK FRIDAY nous vient des Etats-Unis, c’est un jour noir pour les prix théoriquement. La traduction de vendredi noir s’applique malheureusement dramatiquement à notre pays, les vendredis  se suivent, les mauvaises nouvelles aussi.


Tout a commencé le vendredi 13 novembre 2015, les syndicats de médecins avaient appelé leur grande mobilisation le « Black Friday » pour marquer les esprits. Un vendredi noir pour la médecine libérale car la loi santé revenait en force a l’assemblée nationale le lundi 16 Novembre. Après l’énorme succès de la mobilisation, les terribles attentats de la nuit ont fait basculer notre pays dans ce qu’il y a de plus sombre et de plus noir. Plus question de revendications, plus question de mobilisation sauf pour aller soigner les blessés. Ce terme de Black Friday devenait un terme maudit et surtout douloureux.


Passons les quelques épisodes pendant lesquels la ministre de la santé a continué sans broncher à mettre en place le vote de la loi au mépris du deuil national, au mépris des commémorations et surtout au mépris des médecins et de la santé. Le vendredi suivant fut aussi un vendredi noir, mais pour la démocratie, c’est le jour ou l’état d’urgence a été prolongé de trois mois par l’ensemble de l’assemblée nationale. Le vote étant intervenu la veille au soir, le jeudi 19. Jeudi et vendredi noir du fait des mesures de privation de libertés engendrées par cette décision. Donner la possibilité au gouvernement d’interdire toutes les manifestations ou bien celles « qui dérangent » est bien une atteinte a la démocratie. Nous avons d’ailleurs vu ensuite ce qui se passait, les bonnes manifestations autorisées et les mauvaises (celles des revendications) interdites.


Le temps passant, nous en arrivons au vendredi 27 Novembre, jour où François Hollande a décidé de commémorer aux invalides les attentats et honorer leurs victimes. Ce jour là l’ensemble de la France devait se retrouver autour du drapeau national dans un grand élan de fraternité et de recueillement. Pourtant ce fut aussi un autre Black Friday que personne n’avait véritablement prévu et a double titre. Tout d’abord le commerce, bien impacté en ce moment par l’état d’urgence  et la peur engendrée par les médias, a fêté « le black Friday » américain. Un jour de soldes exceptionnel des rabais, des prix bas, la grande foire aux réductions. On peut  se poser la question de  la justesse du terme un jour de recueillement national. Mais l’argent passe avant tout,  partout et tout le temps.


Comme si cela n’était pas suffisant, Marisol Touraine a profité de la désertification de l’assemblée nationale pour faire passer en douce les articles de la loi les plus controversés. En particulier l’article 18 sur le tiers payant généralisé obligatoire. Ceci le vendredi après midi à 15 heures 30 pendant que la majorité des députés étaient encore aux invalides ou bien rentrés dans leur circonscription. Ce sont donc 16 députés sur 577, 8 pour et 7 contre,  qui ont aidé la ministre à imposer son texte, sans aucune contestation des médecins réduits au silence par l’état d’urgence. L'assemblée nous annonce que ce vote a remporté l'unanimité, une dole de façon démocratiquede déclarer l'unanimité.  Et comme si cela ne suffisait pas l’assemblée nationale a aussi siégé dans une session à 21heures 30 le vendredi soir pour continuer à faire passer des textes. En particulier pour rétablir le conseil de l’ordre des infirmiers, texte refusé par plus de 450000 libéraux. Le pire étant que pour faire passer ce texte sur le conseil de l’ordre des  infirmiers, Marisol Touraine a été obligée de se faire « aider » par quelques députés de droite par manque de socialistes présents.


La guerre déclarée contre les professions de santé ne fait que se  développer, les médecins, les dentistes, les infirmières, les kinésithérapeutes et d’autres professions, tous sont a cran, le mépris  affiché par ceux qui ont aujourd’hui le pouvoir ne restera pas sans lendemain. Les Français comprennent bien que si un gouvernement en arrive à des extrémités pareilles, c’est qu’il est moribond. Des ministres qui font campagne électorale au lieu de s’occuper des ministères régaliens (comme celui de la défense) un président d’assemblée nationale plus préoccupé par sa campagne en ile de France que par les travaux de son assemblée, des députés  à qui on demande de regarder ailleurs quand on met en place une forme de dictature. Aujourd'hui mardi 12 décembre (ce n'est pas une vendredi mais il est noir pour la santé) la loi sante de marisol Touraine est votée à l'assemblée nationale à la majorité, pour ce vote la majeure partie des députés étaient présents. C'est donc maintenant un combat beaucoup plus rude que les médecins et cliniques vont être obligés de mener. Ils comptaient sur leur mobilisation et sur les manifestations pour faire reculer l'idéologie, les attentats et l'état d'urgence en ont décidé autrement.

En contact avec les syndicats après ce vote la seule chose que je puisse dire c'est que la concertation bat son plein sur les actions à mener. Première action les cabinets médicaux vont afficher le nom des députés qui ont voté ou non la loi afin d'informer les patients. Chaque médecins affichera le nom de celui de sa circonscription. Seconde action a l'étude un déconventionnement massif et national des médecins libéraux qui garderont leur liberté de travailler, de prescrire, mais ne seront plus remboursés. Si cette action voit le jour c'est la France entière qui deviendra un désert médical, il sera urgent pour les patients de s'assurer dans des assurances privées qui prennent en charge les soins et pas les conventions avec la sécurité sociale. Troisième action les cliniques privées qui a partir du 5 Janvier, du fait des modifications voulues par la loi,  ne seront plus conventionnées non plus.

Enfin et ce n'est pas neutre même le conseil de l'ordre affiche son opposition à cette loi en rappelant qu'elle va à l'encontre de la déontologie dont ils sont les garants. Les médecins eux, dans une grande proportion, n'appliqueront pas cette loi dont les décrets seront bien difficiles à mettre en place. Si en politique le cynisme n'a pas de limites, une profession toute entière contre une loi ne peut que gagner, en effet si  la ministre veut imposer sa loi contre les médecins,  la santé publique elle ne se fera pas sans ces mêmes médecins et autres professions de santé.Un combat qui ne fait que commencer, les députés se sont débarassés du problème, les patients en subiront les conséquences.


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.