Manif pour tous : Pourquoi le 24 mars 2013 va entrer dans l'Histoire de France

Le 24 mars 2013, une date désormais inscrite dans l'Histoire de
France. Comme un tournant, ou le début de quelque chose...

OPINION

 

Non, ce n'est pas une incatation auto-suggestive, mais une analyse politique réflechie de la situation pré-révolutionnaire dans laquelle notre pays, la France, se trouve désormais, quatre jours après la manifestation historique du 24 mars 2013, et à quelques heures de l'intervention télévisée du président de la République dont personne n'attends rien. En particulier pas les 51 % de Français qui pensent que François Hollande est un mauvais président, selon un sondage CSA pour BFM TV.

Dimanche, 300 000 Français - selon l'estimation des commissaires politiques de la Stadt Sicherheit (Stasi) parisienne, 1,7 million selon les organisateurs bénévoles improvisés de la Manif pour tous - 1 million si l'on accepte le principe d'un compromis en faisant la moyenne des deux, sont "montés" à Paris pour défendre... non pas des intérêts catégoriels mais un principe, une vision de la Société.

Retenez bien ceci : pour la première fois, un mouvement populaire, assis sur une myriade de structures associatives embryonnaires, dont aucune n'a été conçue pour organiser et piloter un mouvement de cette ampleur, a su lever une armée d'hommes, accompagnés de leurs femmes, enfants et parents puisque la manifestation était prévue et présentée comme "familiale".

Une armée qui, jusqu'au 24 mars 15h00, était effectivement totalement pacifique, bien que déjà considérablement échauffée par le camouflet de Valls Mielke (Erich Mielke était ministre de la sécurité intérieure de la RDA en 1989, NDLR) qui a fait interdire les Champs-Elysées, mais aussi la moitié de la place de l'Etoile, pourtant promise par le préfet de police de Paris, moins de quatre jours avant la manifestation.

La suite ? vous la connaissez. On peut dire ce que l'on veut sur les médias, ils ont fait le job. En insistant lourdement sur les "débordements", les télévisions ont fait ce qu'elles savent le mieux faire, à savoir montrer des images en mouvement, plus attractives qu'une foule statique. Mais surtout, ils ont prouvé ce qu'était la Manif pour Tous, et ceux qui y ont participé : le Peuple. Le vrai peuple français. Des hommes, des femmes, des enfants, des personnes âgées, dont 9 sur 10 ne sont jamais allé manifester de leur vie dans la rue.

Compilation de scènes des forces de l'ordre, en pleine action de neutralisation de "casseurs"

Or, ce peuple n'est pas descendu dans la rue pour défendre l'universalité des allocations familales. Ni non plus les droits à la retraite des femmes au foyer ou la retraite à 55 ans pour les travails pénibles. Le jour de carence dans la fonction publique. La semaine de 4 jours à l'école. La prime de charbon. 

Ce peuple est descendu, entendez bien Messieurs Hollande Honecker et Vals Mielke, pour défendre un principe absolu : la liberté de penser différemment, et la liberté de pouvoir l'exprimer. Aujourd'hui, dire que le mariage pour tous n'est pas forcément la meilleure solution, tant pour les couples homosexuels que pour les enfants qu'ils souhaitent convevoir (ou qu'ils ont conçus parfois dans l'illégalité) n'obtient qu'une réponse : homophobes. Fachos. 

Nous sommes bien en RDA, nous sommes bien en octobre 1989, à Leipzig. Le 8 octobre, la Stasi attend tout au plus 25 000 personnes dans la deuxième ville du pays à la marche pour les droits totalement improvisée. Internet et le téléphone mobile n'existent pas. La police controle les moyens de transport. Et pourtant, 75 000 personnes se déplacent et inondent la ville. Les 5000 policiers (vopos), qui auraient pu contenir 25 000 manifestants (1 pour 5), ne peuvent rien contre 75 000 personnes, et les laissent passer et se répandre dans la ville.

 

Dimanche, Valls Mielke avait mobilisé, ou bien son préfet.... 2000 policiers et gendarmes. Face à 1 million de manifestants, ou plus, ou moins. Comprenez bien ce qui est en train de se passer ! La France compte en tout et pour tout 130 000 gendarmes, et autant de policiers. Qui sont répartis sur l'ensemble du territoire, et ont donc déjà de quoi faire. Si demain, un mouvement de plusieurs centaines de milliers de manifestants devait se radicaliser, comme c'est sans doute le cas depuis dimanche dernier, aucune force de maintien de l'ordre ne pourrait l'endiguer. (lire ici)

Ce qui est arrivé en Tunisie, en Egypte, en Lybie, dans des pays où la police et l'armée n'ont pas les états d'âme qu'auront forcément policiers et gendarmes français, est en train de se produire en France. Sur Facebook, un internaute m'a interpellé en me lançant "et la Syrie alors ?". Oui, en Syrie, le pouvoir fait tirer sur la foule. Assassine les femmes et les enfants. 

 

Le gouvernement en place depuis moins de 10 mois est face à un choix : laisser se cristalliser un mouvement radical et déterminé : C'est l'état d'urgence sous 15 jours, et plus personne ne pourra plus répondre de rien. Autant, en 2005, les heurts qui opposaient une "certaine France" aux forces de l'ordre se déroulaient loin de "La Ville", la capitale. Les forces de l'ordre n'avaient pas d'état d'âme à intervenir. Autant, en 2013, si l'état d'urgence est décrété, ce sera dans "La Ville". Dans chaque immeuble se cacheront un ou des résistants. Toutes les portes s'ouvriront pour accueillir les traqués. Le tout, sous les yeux du monde entier, comme en Tunisie, en Egypte, en Libye, même en Syrie.

 

Et les forces de l'ordre ? Quelle sera la limite à leur loyauté ? J'ai déjà la réponse. La plupart des manifestants que j'ai croisés dimanche ont le même "logiciel" que les officiers et sous-officiers qui leur faisaient face. La fraternisation sera facile.

 

Gendarmes et policiers : des réactions bien différentes face aux manifestants venus protester pacifiquement.

 

Ou bien, le gouvernement recule. Taubira et Valls démissionnent, ou sont limogés. Le projet de loi sur le mariage pour tous enterré. Cela suffira. Peut-être. Aujourd'hui, 28 mars 2013, à à quelques heures de l'intervention de François Hollande, je ne vois qu'une seule chose qui pourrait sauver sa tête (au figuré) : l'annonce d'une dissolution de l'Assemblée Nationale. Avec, si possible, l'appel à la constitution d'une Assemblée constituante pour poser les bases d'une VIe République.

 

Je n'ai pas parlé d'économie dans cet article. Quel besoin de refaire le tableau du pays ? Les journalistes d'Economiematin.fr le font tous les jours, malgré eux. Je vous assure que nous préfererions publier des articles annonçant 20 000 créations d'emplois par mois, une croissance à 2,5 %, une dette qui dégonfle, des régimes de retraite excédentaires et des entreprises françaises qui gagnent des part de marché à l'international.

 

Oui, la France de 2013 est dans la même situation que la France de 1789. Louis XVI, acculé à une situation économique catastrophique, se résoud à convoquer les Etats-Généraux les 4 et 5 mai 1789. On connaît la suite.


A découvrir

Jean-Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016.

Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time. 

En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007.

Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an.

En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier. 

Il a également été éditorialiste économique sur SUD RADIO de 2016 à 2018.

 

Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).