Marchés : les dégâts de la régression

1,7 %
La production industrielle en Zone Euro a baissé sur un mois de 1,7%.

Les passions en cours (protectionnisme et sortie de l’UE) pèsent sur le tempo de l’activité économique ; mais comme il est difficile d’en mesurer l’ampleur.

Les dégâts de la régression au moment du Brexit

Peut-être que certains d’entre vous se souviennent du livre publié par la CFDT à la fin des années 70 : Les dégâts du progrès. Le sous-titre éclairait le contenu : les travailleurs face au changement techniqueOn a envie aujourd’hui, en regardant l’actualité du moment, de s’interroger sur les dégâts de la régression ; qu’il s’agisse de l’implication des mesures d’entrave au commerce international sur le rythme de la croissance économique ou de l’idée baroque des Britanniques de quitter l’UE, au titre des leçons mal comprises de l’histoire de leur pays.

Que retenir du newsflow des indicateurs conjoncturels publiés au cours de la journée d’hier ? D’abord, les mauvais chiffres du commerce extérieur chinois de décembre ; avec des reculs sur un an des exportations de 4,4% et des importations de 7,6% (les deux grandeurs sont exprimées en USD). L’inflexion sur une courte période est marquée : les évolutions en novembre étaient de respectivement +3,9% et +2,9% et en octobre de +14,3% et de +20,3%. Ensuite, la production industrielle en Zone Euro a baissé sur un mois de 1,7%, le glissement sur un an passant de +1,2% à -3,3%. Tant est si bien que le niveau moyen des deux derniers mois connu est de 0,7% en-deçà de celui du troisième trimestre. De quoi envoyer le message d’une croissance du PIB au mieux très ralenti au quatrième trimestre. Et peut-être même encore plus morose que cela, si on intègre le message envoyé par les chiffres de décembre du commerce extérieur chinois. Ne suggèrent-ils pas une activité manufacturière « souffreteuse » en Allemagne et, par extension, dans toute l’Europe en toute fin d’année dernière ?

Les entreprises ont commandé davantage et stocké plus

Reste à comprendre les raisons de cette faiblesse ? Affaiblissement de la croissance mondiale ou distorsion en lien avec les entraves mises au libre commerce (qu’elles soient observées ou redoutées) ? Les deux assurément, en sachant que la plus grande difficulté à commercer avec le reste du monde et la crainte que cela s’aggrave pèsent évidemment sur letempo des échanges et donc sur le rythme de la croissance économique. Cependant, comme rien n’est simple et que la logique action-réaction est souvent en place, une explication complémentaire peut sans doute être avancée. Et si, au plus fort de la montée des tensions commerciales, les entreprises avaient commandé davantage et stocké plus, au titre de la peur que les choses s’aggravent ?  Ce qui aurait dynamisé un temps le commerce et la production. Le comportement est assez ponctuel et une correction peut même intervenir si tant est que les anticipations en matière de mesures protectionnistes, prises par tel ou tel pays, refluent. 

Parlons une fois encore Brexit, puisqu’il le faut. N’est-ce pas aujourd’hui que la chambre des communes doit se prononcer sur le texte de sortie du Royaume-Uni de l’UE, présenté par la Première ministre ? Les résultats devraient être connus en fin de journée (vers 20h00, heure de Paris). Il est très peu probable que le texte soit approuvé. La question principale est de savoir ce que sera l’ampleur de la défaite. Simplement parce qu’elle conditionnera très probablement la suite des évènements. Rappelons que deux suites au vote du jour sont possibles : aménagement du texte ou crise politique menant à rendre la parole aux citoyens (élection générale ou référendum). Le schéma suivant, reprise de Bloomberg, illustre ces options.

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Si l’écart des votes, en faveur du rejet, est inférieur à une centaine, la perspective d’amendements au texte initial, acceptés par les MPs (Members of  Parliament), qui plus est avec une certaine bienveillance de Bruxelles, est crédible. C’est du moins ce que les commentateurs britanniques mettent en avant. Si l’écart est supérieur à la centaine de votes, alors la crise politique pointe. Le tout en sachant que l’option du No-Deal Brexit est très minoritaire, tant dans l’opinion qu’au Parlement.


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Hervé Goulletquer

Hervé Goulletquer est stratégiste de la Direction de la gestion de La Banque Postale Asset Management depuis 2014. Ses champs d’expertises couvrent l’économie mondiale, les marchés de capitaux et l’arbitrage entre classe d’actifs. Il produit une recherche quotidienne et hebdomadaire, et communique sur ces thèmes auprès des investisseurs français et internationaux.

Après des débuts chez Framatome, il a effectué toute sa carrière dans le secteur financier. Il était en dernier poste responsable mondial de la recherche marchés du Crédit Agricole CIB, où il gérait et animait un réseau d’une trentaine d’économistes et de stratégistes situés à Londres, Paris, New York, Hong Kong et Tokyo.

Il est titulaire d’une maîtrise d’économétrie, d’un DEA de conjoncture et politique économique et diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris.