La loi santé ne passe pas

10 %
La part d'impayés de la Sécu, envers les médecins, est de l'ordre de
10 % aujourd'hui.

Depuis déjà plusieurs mois l’ensemble du corps médical est vent debout contre la « loi santé » dont le véritable nom est loi de modernisation de la santé. Cette soi disant modernisation, ressemblant plutôt à une marchandisation, les médecins libéraux n’en veulent pas.

J’ai essayé d’en savoir plus, en particulier parce que ce sujet est hautement sensible économiquement, mais aussi parce que je voulais me placer du côté des patients que nous sommes tous. Savoir exactement ce qu’il en est des vérités et des mensonges sur ce sujet. J’ai donc rencontré des professions de santé lors de réunions sur ce sujet, j’ai lu et relu la loi et j’ai écouté la communication d’état sur ce sujet brulant.

Suite à ce travail d’investigation, j’ai été obligé de faire plusieurs constats importants. Premier constat ce sujet est hautement politique, Marisol Touraine bras armé de Hollande ne lâchera rien. Le gouvernement et le chef d’état tiennent autant à cette loi qu’à celle sur le mariage pour tous. Une idéologie guide leurs réflexions, Brigitte Dormont (professeur d’économie) l’a avoué sur France culture « le projet de santé socialiste ne peut pas conserver de médecine libérale ». Suite à ce premier constat, nous sommes obligés d’en convenir, les médecins et autres professions de santé on raison : « l’Etat veut tuer la médecine libérale et avec le système de soins Français »

Constat alarmant, dont on peut se demander par quoi cette décision est motivée. La seule raison plausible n’est pas la qualité des soins, le monde entier nous envie, seul le système crée par l’assurance maladie en 1946 serait en cause. Ce système est en état de mort apparente, les politiciens énarques, depuis Alain Juppé ne savent pas comment faire pour en sortir. On nous parle de déficit de cette sécurité sociale, c’est totalement faux, ce n’est pas un déficit mais un manque d’argent lié à l’état. Quand le patronat a quitté la table de la parité pour la gestion de ce système, c’est l’état qui a mis la main dessus. Depuis cet état n’a jamais cessé d’augmenter les prises en charges « sociales » CMU, AME, sans jamais payer de cotisations à cette assurance (cotisations qui devraient être payées par l’impôt) Résultat une rentrée d’argent de plus en plus faible et un nombre d’assujettis de plus en plus grand, il est facile de comprendre ce que veut dire dans ce cas « Déficit »

Le think tank « terra nova » en particulier à trouvé les solutions que le PS est en train de mettre en place. Des solutions qui pourraient paraître aux yeux de certain très logiques, rembourser le moins possible, continuer a faire payer les salariés et les entreprises et donner la santé aux assurances privées appelée à tort « mutuelles ». Pour arriver à cette « arnaque sur la sécurité sociale » il est nécessaire d’en passer par une destruction de la médecine libérale et par d’autres artifices que je vais développer.

Jusqu’à ce jour les médecins de ville sont représentés en particulier par deux grands syndicats dit « représentatifs » que sont la CSMF et MG France. Ces deux syndicats monopolistiques ont toujours tout signé moyennant de grosses compensations financières, sans que les médecins, trop occupés à leurs patients, ne réfléchissent où se trouvait leur intérêt. Avec cette nouvelle loi des groupes importants de médecins se sont formés pour défendre la médecine libérale, ces groupes refusent d’être représentés par ces deux entités, d’autres syndicats qui n’avaient pas de représentativité auparavant montent actuellement en puissance. Marisol Touraine l’a bien compris, voulant s’appuyer encore une fois sur les instances « représentatives » toutes acquises, elle a avancé les élections des URPS (union régionale des professions de santé donnant la représentativité) seulement pour les médecins. Elle croit qu’en faisant cela les syndicats emporteront la majorité et l’aideront à faire accepter la loi santé.

Parallèlement à cela, la communication d’état relayée par les médias tend à faire croire que les médecins se battent pour quelques euros de prix de consultation. Je peux affirmer ici que c’est totalement faux, c’est un écran de fumée monté pour cacher le véritable combat. Pas une des réunions où j’ai assisté, le sujet n’a été abordé, sauf pour le dénoncer. Les médecins libéraux se battent et sont prêt a se battre jusqu’au bout pour sauver la médecine libérale de proximité, la relation singulière patient médecins hors de toute contrainte financière. Leur combat c’est en premier de refuser l’article 1 de la loi qui dit en substance que la santé sera dirigée par l’état. C’est de refuser que les ARS deviennent toutes puissantes avec les assurances complémentaires, interdisant toute liberté de soigner aux médecins (même chose pour les dentistes, les kinésithérapeutes etc.) Cet article 1 qui modifie totalement les relations entre l’état et la santé interdira aussi toute liberté au patients qui seront pieds et poings liés à la sécurité sociale (donc les ARS) et les assurances complémentaires toutes puissantes.

Les médias, sensibles aux communications du gouvernement sont figés sur les problèmes d’argent. Les médecins libéraux seraient des nantis qui veulent augmenter leur prix de consultation sur le dos des patients, refusent le tiers payant pour des raisons mercantiles. Tout un processus de destruction de l’image des médecins servant à faire passer ensuite la pilule de la loi. La vérité c’est que la moyenne Européenne du prix de consultations est de 45 Euros et si les médecins se battaient pour leurs revenus c’est pour ce prix là qu’ils se battraient. On pourrait aussi dans la même veine de communication dire que les assurances qui n’ont rien de mutualistes dépensent sans compter l’argent des patients pour leurs sponsoring (tour de France et AG2R, nombreux stades de football payés par les complémentaires) ce serait aussi malhonnête.

On entend aussi régulièrement que les médecins se battent contre le tiers payant généralisé, c’est vrais mais pas pour les raisons invoquées. Il faut savoir que le fameux tiers payant généralisé, disposition phare (en apparence) de la loi n’est motivé que par le besoin de donner la santé aux assurances mutuelles. Faire croire au bon peuple que la santé est gratuite, cacher les répartitions de remboursement, dire en conférence de presse que la santé sera gratuite (Hollande septembre 2015) relève aussi de la plus grande malhonnêteté intellectuelle. La part de remboursement des mutuelles augmentant régulièrement dans l’avenir, les patients ne s’en rendront compte qu’après les augmentations régulières de leurs cotisations (ce qui est déjà commencé depuis plusieurs années.) Sans ce tiers payant généralisé il sera impossible à l’état de faire croire que tout va bien.

Du côté des médecins, le tiers payant c’est être dans un rapport de subordination financière envers les ARS (du style si vous ne diminuez pas vos actes ou vos prescriptions on ne vous paye plus) C’est aussi être en rapport mercantile avec les assurances style « cette personne est trop vieille pour la soigner comme vous le faites » Enfin les médecins dont le nombre est en cruelle diminution travaillent déjà beaucoup trop et la charge de travail administratif pour récupérer leurs paiements auprès de plus de 450 assurances est tout bonnement impossible. La part d’impayés de tiers payant des CMU, AME ou autres est déjà d’environ 10% (source union française des médecins libéraux) Alors ils le refusent. Ils n’obéiront pas et demandent la compréhension des patients pour les aider dans cette lutte. Ajoutons que pour les patients le tiers payant sera aussi une façon de contraindre, c’est déjà le cas avec les génériques (si vous refusez un générique le pharmacien vous refuse le tiers payant) ce sera pareil dans l’avenir pour les soins, pour le choix du médecin, pour le choix du traitement.

Dans sa communication, ce que le ministère de la santé ne dit pas non plus, c’est que chaque patient devra donner son RIB et une autorisation de prélèvement à la sécurité sociale pour avoir le droit de bénéficier du tiers payant. Ceci pour que les franchises soient quand même prélevées automatiquement. Ne croyez pas que la sécurité sociale prélèvera 1 euros pour chaque franchise ce serait bien trop cher, ils prélèveront quand ils auront un solde assez important sans prévenir personne. Les patients très malades pourront se voir prélever d’un coup sans pouvoir dire quoi que ce soit des sommes pouvant atteindre 150 euros.

Alors les médecins se battent pour leurs patients mais cela personne ne le dit. A chalon sur Saône la semaine dernière, nombre de médecins ont marché contre la loi santé, pas ou peu de médias étaient sur place, mais les patients sur le bord des routes applaudissaient, c’est rassurant.

Un autre sujet gravement débattu et refusé, c’est la perte du secret médical. Cette loi de modernisation de la santé prévoit l’accès aux dossiers médicaux partagés entre tous les acteurs. Les assurances qui vous prêtent pour votre maison ou votre voiture(les mêmes qui remboursent la santé) auront accès à vos données médicales. Imaginez les résultats, et le pire c’est que l’état s’arroge le droit dans le texte de loi, de vendre ces données. Les médecins se battent aussi vent debout contre cette mesure, ils pensent avant tout a leurs patients.

Aujourd’hui les sénateurs travaillent sur cette loi, ils réécrivent tous les articles refusés par l’opposition et par une majorité de Français. Le sénat c’est connu ne sert a rien quand on a en face l’entêtement. Marisol Touraine a déjà annoncé que de retour au parlement elle remettrait en place toute ce que le sénat aura supprimé (une véritable leçon de démocratie) Une fois de retour au parlement les pressions socialistes pour que leur semblant de majorité vote le texte seront nombreuses. La seule pression du corps médical ne sera pas suffisante, sauf si aux élections du 12 Octobre aux URPS, les syndicats « bien pensants » sont désavoués, là les choses risquent bien de changer, la colère changera de camp. Il est important de signaler aussi que les conseils de l’ordre(médecins, dentistes, et autres) sont totalement contre ce projet, que d’autres instances scientifiques majeures ont aussi donné leur désaccord.

Enfin pour terminer et c’est un aveu de ce qui précède, le président de la république accompagné d’une cohorte de ministres s’est déplacé en campagne électorale cette semaine a Vesoul. Lors de ce déplacement « ruralité » le chef de l’état a fait des annonces inconsidérées sur la création de maisons médicales et de 1700 postes de médecins. Il faut savoir que toutes les maisons médicales crées à la hâte par Marisol Touraine depuis un an sont vides, les quelques médecins qui y travaillent sont ceux qui avaient déjà leur cabinet à côté. Il y a pénurie de médecins, et pénurie de médecins qui veulent s’installer tellement ils sont inquiets. Pénurie grave et pas seulement de généralistes il y a de moins en moins de pédiatres, plus de gynécologues médicaux, pénurie d’obstétriciens, d’anesthésistes etc. Qu’à cela ne tienne nos énarques s’apprêtent a « repêcher » ceux qui ont manqué le concours d’entrée en médecine et leur faire payer ce repêchage par une dizaine d’années comme médecin fonctionnaire dans ces « maisons médicales ». Vous le voyez tout est prêt pour tuer ce qui existe.

En imaginant que cette loi passe en force comme est passée la loi sur le mariage, c’est la totale destruction de notre système de soins qui est annoncée. Bien sur face à la pression nombre de médecins accepteront bon gré mal gré de « devenir fonctionnaires » mais la majeure partie sortira du système et là les patients n’auront plus d’autre choix que la médecine d’état soi disant gratuite, mais de plus en plus chère, ou la médecine libre non remboursée par l’état.  Le monopole de la sécurité sociale est tombé avec les accords Européens depuis longtemps, l’état ne veut pas l’accepter, ils seront bien obligés de constater que de plus en plus de patients chercheront a souscrire des assurances privées moins chères et hors du système technocratique Français. Une chose est certaine ils ne pourront plus les empêcher, ils n’auront pas le beurre et l’argent du beurre.

J’ai vu au cours de ces derniers mois en reportage des médecins convaincus de l’intérêt général. J’ai vu des médecins prêts à en découdre pour sauver ce qui reste de système de soins, j’ai vu des médecins fatigués par leur travail aller le soir en réunion pour se faire entendre. Je n’ai vu aucun médecin résigné, je n’ai pas vu de médecins prêt a baisser les bras, ils sont a notre service pour notre santé, nous nous devons de nous battre a leurs côtés si nous voulons préserver ce qui reste de notre liberté de nous faire soigner comme par le passé.


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.