Pas de trêve de Noël dans la santé

23 EUROS
La Sécurité Sociale rembourse 16,10 euros sur les 23 euros de la
consultation.

La France est secouée de toutes parts par le premier tour des élections régionales. Depuis dimanche soir on entend tout et n’importe quoi, des socialistes qui appellent à voter pour les républicains, des républicains qui n’ont rien compris au sujet, des hommes et femmes politiques qui veulent parler mais sans rien avoir à dire. La seule chose certaine c’est le résultat du front national, plus de six millions d’électeurs au premier tour, le mettant à la première place des partis de France.

Dans tout ce remue ménage médiatique, un seul absent du concert du grand orchestre, François Hollande. Bien caché dans sa tour d’ivoire, protégé par tous ceux qui se battent pour dire à sa place des choses définitives, il médite certainement. Ceux qui croient qu’il ne sait pas quoi faire se trompent, il attend son heure comme il a toujours su le faire, mais en attendant ses actions continuent. On apprend en particulier que le vote solennel de la loi santé serait prévu pour le jeudi 17 Décembre, en plein début des congés de Noël. Je sais que Noël est une fête chrétienne et qu’à ce titre la laïcité impose que rien ne change dans les fonctionnements de l’état, mais quand même.

Cette précipitation imposant aux députés (et aux sénateurs) des sessions parlementaires pendant que chacun dans les régions prépare Noël est étonnant. Surtout la semaine suivant le second tour des élections régionales, second tour qui ne manquera pas de faire parler plusieurs jours avant de penser les plaies béantes laissées par ce scrutin. Une stratégie devenue maintenant habituelle pour le président de la république, profiter d’un écran de fumée pour faire passer derrière tout ce que l’on ne veut pas montrer. Le décalage des élections régionales la semaine de la COP21 était une stratégie que l’opposition a très peu dénoncée. Le vote de la loi santé  en seconde lecture le jour de la commémoration nationale des attentats, ainsi que la désinformation liée à ces mêmes attentats. Tout ce qui peut cacher le vote au pas de course de cette loi santé et mis en pratique.

Donc la semaine prochaine on recommence, la loi aux bruits des bottes, la loi au pas de charge, mais pourquoi tant d’empressement ?  La raison paraît évidente, immédiatement après le second tour des élections nous serons dans la période de Noël, il serait étonnant que le président de la république ne parle avant les vœux. Rien ne changera d’ici là et le moment est opportun de faire passer la loi de Marisol Touraine avant de la muter dans le grand chambardement qui se prépare. Bruno Le Roux a déjà annoncé qu’il aimerait bien être ministre de la santé, lui qui n’y connait rien mais qui est un spécialistes de réseaux de soins. En fait mettre à la place de Marisol Touraine le plombier qui fera en sorte que tous les tuyaux des assurances privées fonctionnent avant même les décrets d’application. Ne pas oublier que Bruno Le Roux est un ancien président de la MNEF et que la « loi Le Roux » est celle qui à permis de mettre en place les réseaux de soins dentaires. De plus les Français (pour ne pas dire les patients) encore sous le choc des élections et la gueule de bois des fêtes n’y verront que du feu.

Tous ces stratagèmes sont en place, mais c’est sans compter sur la résistance des médecins et des patients. Marisol Touraine a bien essayé la division en recevant les syndicats de médecins le 4 Décembre, elle a presque gagné. En particulier les deux syndicats qui attendent leur chèque au 1 Janvier, à savoir la CSMF et MG France qui ont eu des paroles plus que mesurées et plus que modérées, cherchant surtout un petit bonus sur le prix des consultations pour le prix de leurs trahisons. Seulement les médecins sont mobilisés par la base, les coordinations départementales sous la conduite de l’UFML sont toutes sur le pied de guerre. Ces coordinations travaillent activement sur plusieurs actions qui feront a n’en pas douter grand bruit. Les dernières réunions montrent que l’union de tous, malgré quelques petites divergences,  est toujours d’actualité.

Première action sur le modèle du 13 Novembre (qui fut un succès) blocage sanitaire, les dates ne sont pas encore totalement définies. La période des fêtes serait annoncée mais beaucoup de médecins, pour qui l’honneur de soigner passe avant tout, risquent de rechigner tant les épidémies sont présentes partout en France (bronchiolites en particulier). Les cliniques privées avaient déjà anticipé un blocage début Janvier qui sera sans doute confirmé. Quoi qu’il en soit il faut s’attendre à une mobilisation forte tant l’exaspération est à son comble.

Mais les actions ne s’arrêtent pas là, on peut imaginer que le blocage sanitaire ne fasse pas reculer le gouvernement en plein désordre de Janvier, dans ce cas il ne restera plus aux médecins libéraux que le déconventionnement massif. Pour mettre en place cette action les syndicats sont au travail pour faire un « kit de déconventionnement » qui sera envoyé à tous les cabinets médicaux. Déconventionnement veut dire que chaque médecin individuellement ne sera plus en lien avec les assurances sociales, il fera son travail de médecins de la façon la meilleure, il fera payer le « juste de prix de son art » et les patients se débrouilleront avec leurs assurances. Bien sur il est difficile d’imaginer une France sans médecine libérale conventionnée, mais c’est cette loi qui le veut, les médecins eux ne feront que se mettre en conformité  avec leur ordre, leur serment, et le honneur.

Enfin des actions moins spectaculaires mais bien présentes sont déjà en place, grève de l’informatisation des cabinets pour mettre en péril le dossier médical partagé, mort annoncée du secret médical. Désobéissance civique soutenu par tous les syndicats et même le conseil national de l’Ordre des médecins pour le tiers payant.  Bien sur les actions d’affichages dans tous les cabinets des députés PS ayant voté la loi, cherchant avec cette action à les faire changer d’avis. On a bien vu cette semaine une tête de liste PS affirmer qu’il était capable de réfléchir sans les diktats de Paris, on peut imaginer la même chose pour la loi santé. Jean Pierre Masseret pour ne pas le citer a tenu tête au gouvernement on va pouvoir dire maintenant pour chaque député qui « réfléchit » qu’il fait une « Masseret »

Pendant ce temps là on peut en être certain, les médias  parleront du FN, ils feront des articles pour nous expliquer ce qui se passera en 2017, et comme d’habitude ils « oublieront » de parler de ce qui est le plus brulant pour notre pays.


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.